“ Quand il s’était agi de Manuela, je m’étais confessé moi-même sans ménagement ; mais Jeanne n’était pas Manuela. Un être si pur et si grand, si longtemps enveloppé de mon respect et de ma religion, ne pouvait pas faire naître en moi des agitations du même genre, et effectivement mes angoisses ne partaient que d’un cœur profondément pénétré. ”
Manuela
Définition et enjeux
Citations sur “Manuela”
“ Je craignais de laisser voir à Manuela mes tourments intérieurs. — Il faut absolument que je fasse au moins une partie de mon courrier, dit M. Brudnel ; mais nous pouvons bien dîner tous les trois, n’est-ce pas, docteur ? — Dîner ? mais elle a la fièvre. — En êtes-vous sûr ? dit Manuela en me tendant son bras. Elle avait la main fraîche ; sous la bénigne influence de sir Richard, la fièvre s’était soudainement dissipée. Encore un coup de poignard pour moi. Ma passion tuait Manuela, la douce amitié de Richard lui rendait la vie. ”
Hugues Rebell,
Journal d'un valet de chambre…
(1907)
“ C'est ma sœur Manuela, me dit Felipa après mon Miramon, c'est elle que j'aime le plus au monde, et toi aussi tu m'aimes bien, chérie? Et ce furent de nouvelles embrassades. Manuela ressemblait beaucoup à Felipa, mais le visage, si fin chez ma maitresse, était lourd et un peu bouffi chez sa sœur; elle avait aussi plus de gravité, plus de tendresse dans le regard, quelque chose d'aussi passionné, mais de moins vif, de moins exubérant. Elle se tourna vers moi, et avec un peu d'effort et de difficulté, elle me parla en français. ”
“ Manuela est-elle une créature privilégiée ou un monstre, comme le disent tour à tour ses admirateurs enthousiastes ou ses détracteurs ? En vérité, elle n’est ni l’un ni l’autre. C’est une femme qui a vécu dans un monde étrange, en subissant les influences, en tempérant les rudesses et l’animant de sa grace. ”
“ Il s’assit, et parla ainsi : — Je sais, docteur, que Manuela, — il faut devant vous lui donner son vrai nom, — vous a raconté très-fidèlement toute son histoire. Je n’ai absolument rien à rectifier ; je dois seulement éclaircir un point resté douteux dans son esprit, dans le vôtre par conséquent. Elle a cru que par moments, dans le cours de notre longue et très-innocente intimité, j’avais subi en dépit de moi-même l’empire de sa beauté. Elle s’est absolument trompée ; je n’ai jamais été, je le dis à ma honte, je ne suis pas amoureux d’elle. ”
“ Rien ! répondit Manuela en lui baisant la main. Vous êtes un ange de bonté, et, comme toujours, mon âme se prosterne devant la vôtre. Vous vouliez me faire l’honneur ; sachant si bien le peu que je vaux, de m’élever jusqu’à vous. Je m’en étais follement flattée jusqu’au moment où l’amour véritable et complet a remplacé en moi l’amour filial. Alors, j’ai compris qu’il y avait eu de l’ambition dans mon dévouement pour vous, non pas de l’ambition cupide, vous savez bien que je ne connais pas ce sentiment-là, mais l’amour-propre de fixer un homme tel que vous... ”
“ La même injustice a atteint malgré moi la pauvre Manuela. Eh bien, il fallait empêcher un de ces malheurs et réparer l’autre. En épousant Manuela très-ostensiblement, j’assurais la considération qui lui est due ; j’offrais pour amie à ma fille une compagne légitime. Ma maison était purifiée à tous les yeux par ce mariage, et le bonheur pouvait nous réunir tous. ”
“ Manuela ignore trop le monde et la vie pour qu’elle puisse se passer d’un conseil sain et sévère. Elle m’a donc consulté sans me rien cacher des niaiseries et des légèretés de sa vie, que du reste je savais déjà. ”
“ Je pensais que Manuela était partie pour échapper à ce mariage sans amour qui était tour à tour son ambition et son épouvante. — Qui sait, me disais-je, si elle n’a pas menti pour dégager généreusement M. Brudnel de sa parole ? Ne se faisant plus d’illusion sur la possibilité de le passionner, elle a eu du courage, du désintéressement et de la fierté. Étrange nature, capable de s’être fait engager comme danseuse à quelque théâtre, tout aussi bien que d’aller s’enfermer dans un couvent ; il m’a semblé que la prière et la danse remplissaient ses journées avec la Dolorès. ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ Je vous quitte , recevez mes adieux et pardonnez à Manuela . Elle n' est pas coupable , elle vous aimait , c' est moi qui lui ai fait répudier cet amour comme une honte ; oui , c' est moi , avec cette perversité d' égoïsme que le désir aveugle suggère aux meilleures consciences ; c' est moi qui l' ai fait rougir de sa situation , et qui , en affectant de la dédaigner , lui ai laissé voir la jalousie , par conséquent la passion qui me dévorait . Et puis cette Dolorès , qui la gouverne et que je hais , nous a poussés malgré nous dans l' abîme . ”
Flora Tristan,
Pérégrinations d’une paria
“ Manuela n’a rien du sérieux espagnol, elle est d’une gaîté folle, étourdie, légère et d’un enfantillage dont la candeur contraste avec cette politique rampante et dissimulée de la société péruvienne. Elle recherche les amusements avec passion ; elle les aime tous ”
“ Cela est dans la nature ; on peut rire de ce que la nature a de comiquement fatal, mais il n’y a point à s’en fâcher. Croyez-moi, mon amie, tout ici est pour le mieux. Votre fils eût épousé Manuela par point d’honneur. Il eut été victime d’une velléité ; Vianne agit plus résolûment ; il enlève à la veille du mariage, il obéit à une passion véritable d’autant plus violente qu’il a plus refoulé et raillé la passion en lui-même. C’est un très-honnête homme ; il n’y a pas de raison pour que Manuela ne soit pas heureuse, n’y songeons plus. ”
Alexandre Dumas,
Mémoires de Garibaldi, tome 1/2
“ Elle gouvernait la maison, soignait son père, et, chargée de toutes les relations diplomatiques, elle était le véritable ministre des affaires étrangères de Buenos-Ayres.En somme, de même que Rosas était un être à part, qui ne touchait à rien et ne se confondait avec personne dans la société, Manuelita, devenue plus tard Manuela, était une créature non-seulement étrange au milieu de tous, mais même étrangère à tous, et qui passa solitaire en ce monde, loin de l’amour des hommes, hors de la sympathie des femmes. ”
“ C’est vrai, profondément vrai, me dis-je, et, si Manuela m’a ému si vivement hier, c’est qu’elle aussi est mon passé ; mais ce n’est pas celui dont parle ma sœur, ce n’est pas la sainte tendresse, la sollicitude, l’expansion de tous les jours, la confiance calme et sacrée : c’est l’insomnie, la curiosité, le dépit, le dégoût. J’ai passé par ces tourments-là, et je voudrais recommencer pour arriver à quoi ? L’avenir de cette fille appartient à M. Brudnel, et ce qu’elle a mis dans ma vie écoulée n’est certes pas digne de regret. ”
“ Eh bien, reprit sir Richard, voilà de quoi il faut me parler, quelque délicat que soit le sujet. Nous sommes tous trois des personnes chastes et bien intentionnées. Il n’est rien que nous ne puissions nous dire, n’ayant pas de reproches sérieux à nous faire les uns aux autres. Je sais, Manuela, que vous aimez sans calcul et que vous l’avouez sans conditions. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes mystérieux
“ Mais la danse de Manuela captiva toute son attention. Jamais on n’avait vu rien de pareil. Pendant qu’Euchar, un peu tourné, attachait sur la danseuse un profond regard, Ludovic se laissait aller à l’élan de son enthousiasme, qu’il exprimait par de bruyantes exclamations. Alors Victorine, placée près de lui, lui dit tout bas : — Hypocrite ! vous osez me parler d’amour, et vous vous amourachez de cette petite drôlesse, une danseuse de corde espagnole ! Ne vous hasardez pas à la regarder plus longtemps. ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ Je trouvai Manuela plus pâle que de coutume , enveloppée de son peignoir de cachemire blanc , les cheveux à peine noués ; elle était vraiment séduisante avec son air abattu et ses yeux chargés de langueur . Je me livrai résolûment aux périls de l' auscultation . Le médecin sauva le jeune homme , je fus attentif et lucide , je constatai un commencement apparent d' hypertrophie du cœur . Je défendis la danse , je prescrivis un régime , je me retirai en disant que ce n' était rien , et qu' il fallait cependant m' obéir . ”
Ferdinand Bac,
Souvenirs de Compiègne : second Empire
(1946)
“ En tous cas celui qu'il professait dans le décor de Compiègne n'était que l'effet d'une adaptation aux circonstances. Comment eût-on pu lui demander davantage, à lui qui avait si bien connu Manuela, ses débuts dans le monde européen, les mille intimités dont il était le discret porteur de mystère. ”
“ L’homme sent alors le besoin de diviniser et d’adorer la faiblesse qui se réfugie dans son sein. Jusque-là, j’avais été à la fois enfiévré et honteux de la soif d’amour si ingénument avouée par ma jeune malade. Je m’étais senti brûlé en même temps qu’humilié à l’idée de ces flammes que le premier venu pouvait éteindre... Ravie et calme entre mes bras, Manuela réhabilitait ma défaite : elle ne se livrait pas au démon, elle me faisait monter avec elle à la région des anges. Pauvre fille inconsciente comme la colombe, mais comme elle ardente et douce ! ”
“ Je m’arrêtai involontairement ; je n’eusse jamais cru que cette petite femme menue, si gauche en amazone, eût tant de tournure, de souplesse et de majesté en dansant. Chaque pays a sa grâce, l’Anglaise est centauresse, l’Espagnole Manuela était le type idéal de l’oiseau qui s’envole. ”
“ Le petit nègre entra aussitôt, et, sans rien dire, prit une guitare posée sur un fauteuil et se mit à jouer la jota. Dolorès passa rapidement dans ses doigts les cordons de soie d’une paire de castagnettes d’ivoire. Celles de Manuela étaient en ébène et faisaient moins de bruit. Le négrillon jouait avec feu. Le son aigre de l’instrument ainsi manié et le vacarme enragé des castagnettes portaient sur les nerfs. En un instant, les deux femmes devinrent commes folles. Manuela voltigeait comme une colombe ou se tordait comme une couleuvre ; la Dolorès, plus nerveuse encore, s’était transfigurée. ”
Édouard Dujardin,
Les Lauriers sont coupés
“ Je ne comprends pas qu’on veuille paraître à tous les actes quand on n’a pas les premiers rôles. L’année dernière, la petite Manuela a réussi avec ses couplets du dernier acte ; voyez au contraire Darvilly qui a beaucoup plus de talent et est beaucoup plus jolie que Manuela ; car enfin elle n’a rien de bien extraordinaire, Manuela ; la façon dont elle joue cette année le prouve ; il est vrai que la pièce est si bête ! ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ Je t' ai suivi en ami et en médecin : or , le médecin te déclare que tu dois rompre à jamais avec Manuela parce que l' effusion la tuera ; l' ami te prescrit la même chose , parce que la position est impossible . Tu ne peux supporter la rivalité avec M. Brudnel . Quelque innocente que son intimité avec Manuela puisse paraître aux gens désintéressés , pour un amant comme pour un mari , il n' y a pas d' intimité absolument innocente entre personnes qui ont eu le désir involontaire ou consenti de s' appartenir . ”
“ Ah ! cela !... dit Manuela en portant la main à son cœur comme si elle eût éprouvé un déchirement... Oui, oui, je ne peux pas parler de cela ! je n’ai jamais osé y songer. Une fois j’y ai pensé passionnément, je voulais adopter, élever quelque petit malheureux, cela m’aurait mieux valu que des singes et des perroquets. Richard n’a pas voulu. ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ J' adoptai intérieurement cette conclusion , qui était la plus vraisemblable et qui m' expliquait pourquoi M. Brudnel avait sans doute voulu amener Manuela , par son genre de vie , à se contenter pour l' avenir d' une amitié paisible . Il l' avait quittée plongée dans l' indolence et rivée à l' existence facile et vide d' émotions qu' il lui avait faite . En son absence , j' avais apporté le trouble , la passion , la souffrance dans cette âme qu' il avait si habilement engourdie . ”
Flora Tristan,
Pérégrinations d’une paria
“ LIMA ET SES MŒURS. Ma tante Manuela me fut d’un grand secours ; elle me fit connaître la ville et la haute société ; elle me témoignait beaucoup d’amitié ; ce n’était pas ce sentiment que font naître des rapports sympathiques ; je ne pense pas qu’il en existât entre nous. Toute belle qu’elle est, ses yeux n’expriment pas la franchise et ne regardent jamais en face. Elle me recherchait par cet intérêt que devait naturellement inspirer une parente étrangère, née à trois mille lieues, dont on ignorait l’existence, et qui surgit tout à coup. ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ Manuela , sans être guérie , est hors de danger et reprend la petite santé qu' elle avait avant ces grands orages . Elle n' est plus sous le coup de la passion , et , quoi qu' elle en ait dit , elle tient à vivre ; elle s' effraye de la violence de son entraînement et se la reproche . Elle se prosterne devant M. Brudnel , et M. Brudnel ... l' épouse ! – Ah ! m' écriai -je en sautant comme un jeune cheval qu' on met en liberté , il a raison , le digne homme ; je recommence à l' aimer de toute mon âme . Ma joie était si naïve , que ma mère ne put se défendre d' en rire . ”
Amélie Chevalier, Madame Th. Bentzon
“ Si d’autres défaillent, volontés moins trempées, natures moins résistantes, elles puisent dans l’amertume d’avoir déchu de cet idéal, un héroïsme peut-être supérieur ; ainsi Manuela [17] qui expiera par une vie d’austère sacrifice l’erreur fugitive de son imagination romanesque et mourra regrettant l’amour vrai, apprécié trop tard. ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ Il faut que vous sauviez ma chère maîtresse ; il faut que vous engagiez M. Brudnel à dire la vérité . – Quelle vérité ? – C' est qu' il ne l' épousera pas ; il ne l' épousera jamais . – Il ne l' a donc pas réellement promis ? – Pas si réellement que Manuela se l' imagine . En tout cas , il a promis malgré lui , dans des moments de tendresse et de pitié . Au fond , il n' est pas amoureux de Manuela , il ne l' a jamais été . Il a bien été quelquefois ému auprès d' elle dans les commencements ; elle était si jolie et elle l' aimait tant ! Mais ces Anglais ! cela vous a une tête de fer . ”
Louise Alquié de Rieupeyroux, Anthologie féminine
“ Nous avons dû effleurer ce côté de sa vie privée pour faire ressortir la personnalité peu banale de « Manuela », qui trouve encore le moyen d’être un sculpteur de talent et un écrivain observateur dans ses heures de délassement, venant confirmer que la femme la plus haut placée ne dédaigna jamais la plume plus que les beaux-arts. ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ Manuela voyait certainement ma confusion . Je me mis à louer la Dolorès avec exagération , disant que cette danse était très-belle , mais qu' il y fallait une vigueur dont la duègne seule était capable . – C'est - à - dire, reprit Manuela , que Dolorès la danse mieux que moi ? – Beaucoup mieux , je suis forcé de l' avouer . – Ce n' est pas étonnant , et je le sais bien , dit Manuela sans aucun dépit , c' est elle la maîtresse , je ne suis que l' élève ; elle a la danse classique , la vraie . – Il faut dire aussi , observa Dolorès , que vous ne vous livrez pas quand un homme vous regarde ”
Flora Tristan,
Pérégrinations d’une paria
“ Elle réunit à tous ces avantages des qualités du cœur ; elle est très généreuse et d’une sensibilité qu’on rencontre rarement chez les Péruviennes. Manuela était faite pour vivre dans les sociétés d’élite qu’offrent les grandes capitales de l’Europe, elle y eut brillé d’un vif éclat ; mais hélas ! la pauvre cousine est réduite à user sa riche organisation au milieu d’un monde dont les petites menées ne vont pas à son caractère. Ses jolies toilettes, qui, dans les brillants salons de Paris, raviraient autour d’elle une foule charmée, sont perdues dans les réunions d’Aréquipa ”
George Sand,
Ma sœur Jeanne
(1874)
“ Oh ! ne parlons plus de cela , répondit -il en retrouvant sa vivacité enjouée , j' ai un but dans la vie à présent ! J' ai ma fille , je veux vivre et je vivrai ! Je le suivis à son appartement , mais il refusa mes soins et me congédia avec des paroles affectueuses et douces . Je retournai dire à Manuela en peu de mots que la parole donnée était sacrée pour moi , mais que , jusqu' à notre mariage , je ne voulais plus la revoir qu' en présence de M. Brudnel . – Tout ce que tu veux est bien , me répondit -elle ; va en paix et que Dieu te bénisse pour le bonheur que tu me donnes ! ”
