“ Écarte de ton cœur cette folle chimère ; Ne t’abandonne pas en aveugle au danger... C’est ton mari qui t’aime et non cet étranger ! Tu n’es qu’un passe-temps pour l’un, si, par miracle, Tu ne lui deviens pas un péril, un obstacle ; L’autre respecte en toi l’intime compagnon Qui garde ses enfants, sa fortune et son nom ; C’est le seul dont l’amour soit certain, car il t’aime Peut-être encore moins pour toi que pour lui-même, Et, selon ce beau mot que l’on a décrié, C’est le seul qui te puisse appeler sa moitié. ”
Émile Augier
Élements biographiques
Émile Augier (1820-1889), poète et dramaturge français, représente une figure centrale du théâtre du Second Empire. Né à Valence et élu à l’Académie française en 1857, il dénonce avec acuité les excès de la bourgeoisie, le cléricalisme et l’hypocrisie sociale, tout en défendant un idéal de moralité et de bon sens.
Son œuvre, marquée par des pièces comme La Ciguë (1844), Gabrielle (1849) ou Les Fourchambault (1878), combine satire et analyse des mœurs, révélant une maîtrise de la versification et une critique percutante des travers de son époque. À travers ses textes, Augier incarne une dramaturgie engagée, à la fois critique et représentative des tensions sociales de la France du XIXe siècle.
Citations de Émile Augier
Émile Augier,
Gabrielle : comédie en cinq actes et en vers
(1850)
“ Quel ennui ! — Pauvre femme, as-tu donc des ennuis ? GABRIELLE. J'en ai. — Si tu savais dans quel vide je suis, Dans quel désœuvrement et quelle solitude! Tout me manque à la fois, tout, jusqu'à l'habitude, Ce triste bonheur fait de paresse et d'oubli Où j'ai cru quelque temps mon cœur enseveli. Ah ! pourquoi sommes-nous venus à la campagne ! C'est le réveil des cieux et des champs qui me gagne; C'est le tiède printemps, c'est la verte saison Qui m'ont mis cette sève au cœur, — ou ce poison! Je sens dans ma poitrine une fureur de vivre, Une rébellion qui m'effraie et m'enivre ”
Émile Augier,
Rimes et raison
(1886)
“ Car tu les oublieras à ce bruit de Paris; Si tu reviens à la chaumière, Qui te reconnaîtra? Plus d'amis au retour; Peut-être, loin d'ici, ta sœur mère à son tour, Et ma croix dans le cimetière. L'absence et le chagrin, mon fils, doublent le temps. Tu ne saurais partir, tu vas avoir vingt ans ; Voilà ta jeunesse passée. La petite Thérèse est plus riche que toi; Mais je connais son père, et je peux. Réponds-moi, La voudrais-tu pour fiancée?. Vite, mon tablier, mon bonnet le plus blanc, Mon vieux bâton de houx : le corps est chancelant, Mais le cœur joyeux est à l'aise ! ”
