Adelbert von Chamisso

Adelbert von Chamisso

Résumé

Portrait de Adelbert von Chamisso Adelbert von Chamisso L’Homme qui a perdu son ombre (1822)

Bendel, ne m’abandonne pas. Tu me vois riche, libéral, et tu penses que le monde devrait m’honorer et me rechercher. Cependant tu me vois fuir le monde ; tu me vois mettre entre lui et moi la barrière des portes et des verrous. Bendel, c’est que le monde m’a condamné ; il me repousse, me rejette ; et peut-être me fuiras-tu toi-même, lorsque tu sauras mon effroyable secret. Bendel, je suis riche, généreux, bon maître, bon ami, mais, hélas ! je n’ai plus...... Comment achever, grand Dieu !... Je n’ai plus... mon ombre. » — « Plus d’ombre ! s’écria-t-il avec terreur, plus d’ombre ! »
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Portrait de Adelbert von Chamisso Adelbert von Chamisso L’Homme qui a perdu son ombre (1822)

Le comte Pierre ne saurait m’appartenir ! il appartient au monde entier. Avec quel orgueil j’entendrai dire : Voilà où il a passé ; voilà ce qu’il a fait ; voilà ce qu’on lui doit ; là, on a béni son nom, et là on l’a adoré. Quand j’y songe, je pourrais t’en vouloir d’oublier tes grandes destinées auprès d’une pauvre enfant. Pars, mon ami, ou cette pensée détruira mon bonheur, moi qui suis par toi si heureuse. N’ai-je pas orné ta vie d’un bouton de rose comme j’en avais mêlé dans la couronne que je t’offris. Ne crains pas de me quitter, ô mon ami, je te possède tout entier dans mon cœur.
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Portrait de Adelbert von Chamisso Adelbert von Chamisso L’Homme qui a perdu son ombre (1822)

Bendel, pâle et tremblant, mais avec une présence d’esprit que je n’avais plus, me fit un signe, et j’eus recours à la puissance de mon or : il avait perdu sa vertu. Rascal jeta à mes pieds celui que je lui offris : « Je n’accepte rien d’un homme sans ombre. » Il me tourna le dos, enfonça son chapeau sur sa tête, et sortit lentement, en sifflant son air favori. Bendel et moi nous restâmes pétrifiés, et le regardâmes sortir, stupéfaits et immobiles.
Enfin, la mort dans le cœur, je me préparai à dégager ma parole et à paraître, dans le jardin de l’inspecteur, comme un criminel devant ses juges.
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