“ LES POULES — Je parie, dit madame Lepic, qu’Honorine a encore oublié de fermer les poules. C’est vrai. On peut s’en assurer par la fenêtre. Là-bas, tout au fond de la grande cour, le petit toit aux poules découpe, dans la nuit, le carré noir de sa porte ouverte. — Félix, si tu allais les fermer ? dit madame Lepic à l’aîné de ses trois enfants. — Je ne suis pas ici pour m’occuper des poules, dit Félix, garçon pâle, indolent et poltron. — Et toi, Ernestine ? — Oh ! moi, maman, j’aurais trop peur ! Grand frère Félix et sœur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre. ”
Jules Renard
Résumé
Poil de Carotte, comédie en un acte de Jules Renard, adaptée de son roman homonyme, révèle avec humour et tendresse les conflits familiaux dans un cadre rural. Première représentée en 1900 au Théâtre Antoine, cette pièce condense les rapports tendus entre Poil de Carotte, son père et sa mère, marqués par des tâches, des malentendus et une recherche de compréhension.
À travers des dialogues percutants et des situations absurdes, Renard explore la souffrance discrète d’un enfant mal aimé et la dégradation d’un foyer. Son succès, avec plus de 160 représentations, lui valut une place au répertoire de la Comédie-Française en 1912.
Citations de Poil de Carotte (Jules Renard)
“ Interrogez nos amis : ils vous jureront tous que ma sœur Ernestine a une douceur angélique, mon frère Félix, un cœur d’or, M. Lepic l’esprit droit, le jugement sûr, et madame Lepic un rare talent de cordon bleu. C’est peut-être à moi que vous trouverez le plus difficile caractère de la famille. Au fond j’en vaux un autre. Il suffit de savoir me prendre. Du reste, je me raisonne, je me corrige ; sans fausse modestie, je m’améliore et si vous y mettez un peu du vôtre, nous vivrons en bonne intelligence. Non, ne m’appelez plus monsieur, appelez-moi Poil de Carotte, comme tout le monde. ”
Jules Renard,
Poil de Carotte
(1900-1915)
“ Ils obéissent au roulis de la cuvette, et rapidement le vinaigre les fait mourir. MADAME LEPIC Vraiment, Poil de Carotte, nous ne te comprenons plus. A ton âge et grand garçon, tu devrais rougir. Je te passe tes pieds que peut-être tu ne vois qu'ici. Mais les poux te mangent, et tu ne réclames ni la surveillance de tes maîtres, ni les soins de ta famille. Explique-nous, je te prie, quel plaisir tu éprouves à te laisser ainsi dévorer tout vif. Il y a du sang dans ta tignasse. POIL DE CAROTTE C'est le peigne qui m'égratigne. MADAME LEPIC Ah ! c'est le peigne. ”
