“ La messe commence. Je suis assis sur mon tabouret d’enfant de chœur. J’ai beau rêver : mes yeux clignotent nerveusement. Mais ce ne peut être que la faute des bougies et des lustres. Je vais bientôt avoir douze ans : je suis de taille à passer une nuit blanche. C’est une tradition que, tous les ans, du haut de la tribune où pendent les cordes des cloches, où dort un vieil harmonium que l’on ne réveille que lors des grandes fêtes, le menuisier chante Minuit, Chrétiens ! Il y a peut-être, dans la petite ville, de meilleurs chantres qui connaissent, si peu que ce soit, la musique. ”
Henri Bachelin
Résumé
Publié en 1918 et récompensé par le prix Femina, Le Serviteur d’Henri Bachelin est un récit autobiographique rédigé à la deuxième personne, rendant hommage à son père, un journalier et sacristain du Morvan. Ce texte, à la fois intime et poétique, explore la vie modeste et résignée d’un homme dont la force silencieuse incarne une spiritualité paysanne.
À travers des images de la campagne, des rites religieux et des souvenirs d’enfance, Bachelin célèbre une figure paternelle immortelle, façonnée par le travail et la foi. L’œuvre, publiée initialement par Flammarion, reste un témoignage rare de l’humilité et de la résilience rurale.
Citations de Le Serviteur (Henri Bachelin)
“ Tu savais que le jour est fait pour le travail, et la nuit pour le sommeil. Tu n’ignorais pas qu’il ne fût de bon ton, à Paris, de se coucher à cinq heures du matin, et que ceux-là seuls qui ont ainsi occupé leur jeunesse peuvent connaître ce qu’ils appellent la vie. Comme nous n’avions point d’âne, c’était toi qui sur ta brouette ramenais du champ à la maison l’avoine et les pommes de terre. Tu ne faisais pas qu’un voyage. Mais tu ne regardais pas plus à la fatigue de tes jambes qu’à la fatigue de tes bras. Il y avait toujours à faire. Et je ne parle même plus du jardin ni du champ. ”
“ Il y a le carré des pommes de terre pour nous, le carré du trèfle pour les lapins, les carrés de blé de Turquie et d’avoine pour les poules. Dans le jardin ce sont des poiriers et des pommiers, des choux, des carottes et des poireaux, du persil, du cerfeuil, de l’ail et de la salade. On n’a qu’à se baisser pour arracher, qu’à étendre le bras pour cueillir. Tu n’as, toi, qu’à te courber pour bêcher, qu’à tendre le bras pour arroser. Grâce au jardin et grâce au champ, grâce à toi qui les cultives, nous vivons sur nos propres ressources. ”
