“ En semaine, Philippe ne va pas à l’auberge, et le soleil seul cuit ses joues ; mais chaque dimanche, après vêpres, le vin achève de les cuire. Non que Philippe se saoule ; il boit avec mesure, pour se récompenser, et il fait durer le plaisir. Ce n’est que très tard qu’il éprouve une espèce de joie enfantine et bruyante qu’il connaît bien. Aussitôt il s’arrête de boire et quitte l’auberge. Sur la route, il exagère un peu son ivresse ; il s’amuse à gesticuler, à briser sa ligne de marche et il ne perd pas la tête quand arrive une voiture. ”
Jules Renard
Résumé
« Bucoliques », de Jules Renard, est une collection de récits lyriques et tendres qui célèbrent la vie rustique et les petits bonheurs de l’enfance. À travers des personnages comme Philippe, Grelutot ou Nanette, l’auteur explore les échanges entre les enfants et leur environnement rural, enrichi de détails sensoriels et d’humour subtil.
Les thèmes de la famille, des animaux et des paysages naturels (rivière, pré, cabane) structurent une œuvre où les souvenirs d’enfance et les jeux simples prennent une dimension poétique. Publié en 1890, ce recueil mêle observations précises et mélancolie douce, illustrant la fragilité et la beauté des moments fugaces.
Citations de Bucoliques (Jules Renard)
“ Il va tremper ses doigts dans la marmite et goûte. Il revient tailler le pain de l’écuelle. Il a chaud et s’essuie, d’un tour de bras, avec sa manche où pendent des brins de racine. Et, peu à peu, je m’occupe moins de la soupe. Je suis distrait par l’éclosion d’une perle sur le front de Papot. D’abord modeste, elle ne brille que d’un faible éclat entre ses deux sourcils. Et je vois qu’elle se déplace et roule et suit la pente inévitable que lui offre la nature. Et bientôt elle miroite au bout du nez, ronde, claire et digne d’enrichir l’oreille d’une femme, car ce n’est pas une perle fausse. ”
“ Les petits Piccolin oublient de se sauver. Une tasse s’échappe et se brise, et la fermière, les bras levés, accourt, moins vite, elle le sent, que le malheur. Mais le plus stupide c’est encore le chien. Le bond dont il allait s’élancer, il ne le fait pas. Il tourne sur place. Il flaire sa chaîne qui ne le retient plus. Comme pris en faute, penaud, avec un grognement sourd, il rentre dans sa niche. Pompée et Sapho. Comme Pompée et Sapho reviennent crottés, sournois et la gueule pleine de plumes, je vois bien qu’ils ont encore tué des volailles. ”
