Jules Renard,
Nos frères farouches
(1921)
“ Tout à coup, un fermier passe devant Émile et s’arrête.— Est-il loué, ce petit gars-là, dit-il ?Émile, malade d’émotion, baisse la tête. Philippe répond pour lui :— Non, il n’est pas loué et il n’est pas à louer.Le fermier s’éloigne. Les lèvres d’Émile tremblent, grimacent et il se met à pleurer. On rit de son chagrin, autour de lui, moi le premier.— Écoute, lui dis-je, si tu veux, je te loue à mon service. J’achèterai un cochon, et chaque jour, après la classe, tu viendras le prendre pour le mener au champ. Tiens, mets dans ton porte-monnaie tes quarante sous d’arrhes. ”
