André Baillon, Moi quelque part
“ Le matin, c’est le plus dur. Marie, déjà prête, me réveille : c’est moi qui porterai les œufs jusqu’à la gare sur ma brouette. L’été, un petit soleil bâille, des nuages de sommeil plein les yeux ; l’hiver, nous marchons dans le noir : il gèle ou bien il neige : un peu de lune traîne encore comme un morceau de fromage oublié sur une table. Marie grelotte, moi, je me réchauffe à pousser la brouette. Je ne dis plus : « Ils sont lourds. » Je pense à Marie qui devra les traîner tout à l’heure, sans brouette, avec ses bras. ”
