“ Ils sont, jour et nuit, attentifs à ses gestes. Personne ne parle. On ne doit élever la voix en présence du roi. Profondément inclinés, tous reçoivent ses ordres. Si le roi boit, les soronés se frottent bruyamment les mains, et la musique joue. S’il tousse, s’il se mouche, s’il éternue, s’il crache, si son estomac, remontant jusqu’à sa gorge, exprime le contentement d’un trop bon dîner, les soronés font claquer leurs doigts et les violons l’accompagnent ! Ainsi jusqu’au soir... Au coucher du soleil apparaît le Baloum Naba, grand intendant, porteur d’une calebasse. ”
Albert Londres
Résumé
Publié en 1929, Terre d’ébène d’Albert Londres dévoile avec force les réalités brutales du colonialisme français en Afrique. À partir de ses reportages de 1928, l’auteur dénonce la traite des Noirs, la ségrégation raciale et la détresse des populations colonisées, soulignant l’indifférence de la métropole.
À travers des descriptions percutantes et des exemples concrets comme le chemin de fer Congo-Océan, Londres révèle l’exploitation systématique, mettant en lumière l’absurdité des « coutumes » imposées. Ce texte, paru en feuilleton dans Le Petit Parisien, déclencha un scandale en raison de sa critique sans ambiguïté de l’administration coloniale.
Citations de Terre d’ébène (Albert Londres)
“ La métropole a sa part de responsabilité dans ce sommeil. Les colonies, chez nous, ne sont pas à l’honneur. Il faut avoir un parent dans la « partie » pour être sûr que la Côte d’Ivoire ne donne pas sur l’océan Indien ! L’ignorance serait pardonnable, l’indifférence ne l’est pas. Alors, la colonie vit toute seule. Elle se traîne comme elle peut le long des marigots. La France n’est jamais derrière ses administrateurs pour les féliciter quand ils font bien ou pour les encourager quand ils cherchent le vent. Un administrateur colonial est un enfant perdu. ”
“ Il cède les captifs. — Sauvazes ! crie le tirailleur, qui est aussi nègre qu’eux. En route, courir ! Chicotte ! Cela s’appelle les prestations. Chaque noir, en dehors de l’impôt, doit de sept à quinze jours de prestations par an. Ce sont les captifs qui les font. Au nom de la loi blanche, chacun ne doit que ses quinze jours ; au nom de la coutume noire, le captif doit quinze plus quinze plus quinze... tout ce que les autres ne font pas ! Ainsi tout le monde est content. La loi blanche est humaine et les coutumes d’Afrique sont respectées ! ”
