André Baillon

Élements biographiques

André Baillon Moi quelque part

Les crêpes
— Eh bien, Marie, qu’est-ce que tu as ?
— Moi... ? rien.
Elle ne se retourne même pas. Le front à la vitre, elle regarde vers le champ où Gille le boiteux s’acharne si fort, sur sa bêche, qu’il en paraît presque droit.
Il fait un matin maussade de printemps qui hésite à venir : sans neige, sans pluie, mais aussi sans lumière. La brume stagne autour des choses qui n’ont pas de couleurs ; on ne voit que du gris et la vie semble un peu triste, parce qu’après ce long hiver, le soleil ferait bien de sortir et que d’un matin à l’autre ce n’est jamais lui.
Source : Wikisource

André Baillon Histoire d’une Marie

Sauf quand ils meurent, c’est dur un homme. Mais Henry ! Henry, drôle de petit bonhomme, Henry : « Tu es maman », Henry, si bien entre les roses, celui-là, on t’aurait dit : « Bast, comme les autres... et tu pleureras », tu aurais répondu : « Ce n’est pas vrai » ; tu aurais pensé : « Henry autrefois malade, Henry que j’ai soigné, que la Mort vienne donc, la Mort même ne pourrait me le prendre... »
Pauvre Marie, n’étais-tu pas un peu comme cette autre Marie, dont le vrai Fils, parce qu’il voulait, avec de l’eau, faire du vin, répondit : « Femme, qu’y a-t-il de commun entre nous ? »
Source : Wikisource

André Baillon Le Perce-oreille du Luxembourg

Pourtant je me rendais compte de ma stupidité. J’étais infâme. Je profanais la douleur de mon meilleur ami. Je m’emparais d’un nom qui ne m’appartenait pas. Voilà où me menait le contact de Dupéché. De plus, je bâtissais avec deux morceaux de vérité une histoire qui ne tenait pas debout. Si l’autre s’en apercevait ! Je ne sais si je rougis de chagrin ou de honte. Mais ces costauds n’y regardent pas de si près.
— Bien vrai ! s’étonna-t-il. Bien vrai !
— Tu n’en reviens pas ? dis-je avec orgueil.
— Pour sûr.
Vaincu ! Je l’avais aplati comme un vulgaire perce-oreille.
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature