André Baillon

Résumé

André Baillon,  Moi quelque part (1920)

“ Eh bien, bonsoir, Benooi.
Tant pis, s'il me voit courir. Bientôt, je perçois devant moi le craquement d'une charrette qui roule, puis je la devine tout près dans le noir. Attention! Je m'avance à sa hauteur, et avec tout ce que je puis de ma lanterne, je la tire hors de l'ombre. C'est bien une roulotte, peinte en rouge; derrière, la femme qui pousse ; devant, l'homme qui fait le cheval et courant de l'un à l'autre, quelque chose d'obscur, un chien, grand comme Spitz, qui pourrait être Spitz, mais qui n'est pas Spitz puisque Spitz est noir et celui-ci tout jaune.
”
Source : Gallica

André Baillon,  Moi quelque part

“ Les crêpes
— Eh bien, Marie, qu’est-ce que tu as ?
— Moi... ? rien.
Elle ne se retourne même pas. Le front à la vitre, elle regarde vers le champ où Gille le boiteux s’acharne si fort, sur sa bêche, qu’il en paraît presque droit.
Il fait un matin maussade de printemps qui hésite à venir : sans neige, sans pluie, mais aussi sans lumière. La brume stagne autour des choses qui n’ont pas de couleurs ; on ne voit que du gris et la vie semble un peu triste, parce qu’après ce long hiver, le soleil ferait bien de sortir et que d’un matin à l’autre ce n’est jamais lui.
”
Source : Wikisource

André Baillon,  Moi quelque part

“ N’approchez pas de Fons le matin quand il sort de son armoire. Si amis que l’on soit, il vous regardera de travers. Laissez-le d’abord déplier ses jambes, aller jusqu’au bout des champs refaire connaissance avec le soleil, les nuages et la terre.
Après il reviendra de lui-même vous sourire :
— Bonjour.
Comme on pourrait, la nuit, leur voler un cochon, une vache ou des poules, ils ont dissimulé dans les étables, à la grange, à l’auberge, des contacts électriques. Il y en a partout, aux fenêtres, aux portes, aux guichets, à tout ce qui dans une ferme peut s’ouvrir ou basculer.
”
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature