“ Allons, Bruckner, un de plus ! dit maître Chazelles, en versant à ses hôtes le joli vin rouge de sa vigne, qui pétillait dans les verres. Ça vaut mieux que votre bière d’Allemagne. — La pière d’Allemagne ! maître Chazelles, il n’en faut pas tire de mal ; je ne tis pas que le vin il ne me blaise pas plusse ; mais ça n’empêche bas que la pière d’Allemagne, c’est ce qu’il y a de mieux. — Parbleu ! dit Louis Brésy, comme l’Allemagne, comme les Allemands, comme tout ce qui est Deutsch et Teufel, n’est-ce pas, Bruckner ? ”
André Léo
Résumé
André Léo, dans Marie la Lorraine, aborde les enjeux politiques et sociaux de la France en 1870, période marquée par la guerre franco-prussienne. Ce roman met en lumière des paysans, tels que les Chazelles, confrontés à la défaite, à la perte de leur bétail et aux humiliations subies par les envahisseurs.
Les thèmes de la résistance, de l’amour contrarié et des dilemmes entre patriotisme et survie traversent l’œuvre, notamment à travers les personnages de Marie, Louis Brésy et Marcelin Varnaud. La narration, imprégnée de réalisme et de passion, reflète les souffrances d’un peuple déchiré par la guerre et les contradictions de l’Empire.
Citations de Marie la Lorraine (André Léo)
“ L’idée que Louis Brésy était congédié par son père lui brisait le cœur, et elle se jurait à elle-même que jamais elle n’épouserait Marcelin Varnaud, ni l’Allemand, ni aucun autre, dût son père la battre et la tuer. Au fond, elle savait bien que les choses n’iraient pas jusque-là ; car maitre Chazelles n’était point un brutal, et même il était tendre pour ses enfants, à part cette idée de vouloir un peu trop les marier à sa guise. Mais Marie avait la tête montée par l’amour et le chagrin, et se trouvait surement la plus malheureuse des filles de toute la Lorraine. ”
“ Napoléon III ne sait pas combattre ; mais il sait écrire, et comme il avait écrit aux paysans : L’empire, c’est la paix c’est la prospérité de la France ! il écrit au roi de Prusse : N’ayant pu mourir à la tête de mes troupes, je dépose mon épée aux pieds de Votre Majesté. Les pauvres soldats n’ont pas de papier ni de plume, eux ; ils ont seulement du cœur et l’amour de la patrie. Aussi, désolés, furieux, se voyant lâchement vendus, sachant qu’ils auront la honte de rendre leurs armes, et qu’ils vont être prisonniers, essaient-ils au moins d’enlever à l’ennemi ce qu’ils peuvent. ”
