“ Vous seriez... — Un bon génie, oui. Qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? — Oh ! rien !... Ou plutôt, si !... L’aventure n’est pas banale... fichtre ! — C’est toi qui m’as appelé, Pauvre Bougre ? — C’est moi. — Tu as bien fait, Pauvre Bougre, car je suis de ceux qu’on n’invoque jamais en vain. Qu’y a-t-il pour ton service ? — Tout à l’heure je disais à monsieur (il désigne le garçon) que, avec cent sous par jour, je serais le plus heureux des hommes. Le Bon Génie éclata de rire : — Cent sous par jour ! Ah ! Pauvre Bougre ! On ne peut pas t’accuser d’avoir la folie des richesses ! ”
Alphonse Allais
Élements biographiques
Alphonse Allais (1854-1905), journaliste, écrivain et humoriste français de la Belle Époque, est reconnu pour son style caustique, insolent et décalé, marqué par les calembours et les vers holorimes.
Lié aux mouvements des Arts incohérents et des Hydropathes, son œuvre, oscillant entre l'absurde et la critique sociale, dénonce avec ironie la bureaucratie et les absurdités du quotidien. Ses recueils emblématiques, tels À se tordre (1891) ou Vive la vie ! (1892), illustrent une pensée à la fois fantasque et percutante, où l’humour sert de miroir à une société en dérision.
Citations de Alphonse Allais
Alphonse Allais,
Ne nous frappons pas
“ Tout ce petit monde semblait fort gai et l’esprit loin du trépas ; Émile était devenu pâle effroyablement. D’un doigt tragique, il désignait la jeune chahuteuse : — Le spectre d’Irma !... Le spectre d’Irma ! — Mais non, m’efforçais-je à le rassurer, ce n’est pas le spectre d’Irma, c’est Irma elle-même, en chair et en os, en noce surtout, ajoutais-je spirituellement. Émile ne voulait rien entendre, et comme il ne consentait pas à mettre une sourdine à ses hurlements de mélo, il fut emmené au poste où, grâce à son tapage, il empêcha, toute la nuit, de dormir MM. les gardiens de la paix. ”
“ Sous le vitrail, c’était l’orgue. En face, de l’autre côté de l’autel, le banc de ma tante où j’assistais aux offices avec mes petites cousines. Un vieil aveugle tenait l’orgue et en tirait des sons d’une harmonie mélancolique que ne chasseront jamais de mon souvenir les plus fameux orchestres. Pauvre vieil organiste, j’adorais sa musique et, pour moi, ses grands morceaux n’étaient jamais trop longs. Un dimanche, — oh ! je me le rappelle comme si j’y étais encore, — quand retentit la sonnette de l’enfant de chœur pour l’élévation, tous les fidèles s’agenouillèrent, la tête dans les mains. ”
