“ Lors Le Briquetier, goguenard : — Il est donc parfaitement établi que tu n’as pas perdu, cette nuit, une somme importante ; et tu ne songes pas du tout à te brûler la cervelle ? — Où veux-tu en venir ? clame Guillaume. — Je puis donc te parler librement. Sache, mon vieux La Renforcerie, que je l’ai gagné ce pari, ce fameux pari de vingt-cinq louis. Là, tout à l’heure, tu vas la voir s’abouler, la belle galette. — Ton argent, cher ami, fait Guillaume très digne, garde-le. Gagné de la sorte, il me fait horreur ! Non, je viens en simple témoin, avec un cœur ulcéré, constater ton triomphe... ”
Alphonse Allais
Résumé
Le Boomerang, roman d’Alphonse Allais publié en 1912, explore les caprices du hasard et des paris à travers des personnages comme Népomucène Le Briquetier ou Guillaume de la Renforcerie. Dans un cadre cafétéria et lyrique, l’œuvre mêle humour absurde et satire sociale, illustrée par des dialogues acérés et des situations farfelues.
Les thèmes de la vanité, des relations amoureuses et des dilemmes financiers s’entrelacent, tandis que des objets symboliques (feutre, redingote) et des lieux (guéridon, Berg-op-Zoom) structurent une narration à la fois précieuse et ironique.
Citations de Le Boomerang (Alphonse Allais)
“ Népomucène Le Briquetier vida son verre, ou tout au moins un verre plein qui se trouvait sur la table à la portée de sa main. Ce n’était heureusement que de la bière. Il tira de sa pipe trois longues bouffées, et, sur un ton solennel, s’adressa dans ces termes à l’arrogant étranger : — Ô marécageux fils de la Hollande ! Sachez que ce n’est pas huit jours de délai que je vous accorde, mais quinze... là, vrai, quinze jours, pour faire choir dans l’abîme de la trahison la fidélité abrupte de celle que j’aime et qui m’aime. — À combien se monte le pari ? demanda simplement le riche Hollandais. ”
“ Mais sans doute !... J’ai la prétention d’être un gentilhomme dans toute la force du terme. — Alors, savez-vous, en pareil cas, comment se comportent les gentilshommes de nos contrées ? — Je ne sais pas, Marie-Blanche, mais si la chose vous intéresse, je ferai comme eux... J’ai toujours pris les mœurs des peuplades où m’a conduit la destinée. — La France n’est pas une peuplade, Berg-op-Zoom, mais en qualité d’étranger, je vous pardonne cette injure... Eh bien ! Berg-op-Zoom, en pareil cas, un gentilhomme français éviterait soigneusement de se vanter. ”
