“ Sous le vitrail, c’était l’orgue. En face, de l’autre côté de l’autel, le banc de ma tante où j’assistais aux offices avec mes petites cousines. Un vieil aveugle tenait l’orgue et en tirait des sons d’une harmonie mélancolique que ne chasseront jamais de mon souvenir les plus fameux orchestres. Pauvre vieil organiste, j’adorais sa musique et, pour moi, ses grands morceaux n’étaient jamais trop longs. Un dimanche, — oh ! je me le rappelle comme si j’y étais encore, — quand retentit la sonnette de l’enfant de chœur pour l’élévation, tous les fidèles s’agenouillèrent, la tête dans les mains. ”
Alphonse Allais
Résumé
À l’œil, d’Alphonse Allais, est un recueil de textes qui mêle humour absurde, observations acérées et récits oniriques, illustrant la fascination de l’auteur pour les détails du quotidien et les dérives imaginaires. À travers des personnages comme Gallifet ou Marcel, et des lieux tels que Venise ou le mont Saint-Michel, Allais explore des thèmes variés — du grotesque au religieux, en passant par les relations familiales — avec une verve iconoclaste.
Les citations révèlent une prose oscillant entre le lyrisme et la dérision, où les épices, les chiens ou les enterrements deviennent des métaphores de la fragilité humaine. Publié dans un contexte où l’humour satirique connaissait un succès croissant, ce texte incarne la singularité de l’œuvre d’Allais, où le réel et l’irréel s’entrelacent sans cesse.
Citations de À l’œil (Alphonse Allais)
“ Quelquefois, malgré la défense formelle des chefs, il esquisse un petit temps de trot et, à ce moment, vous l’étonneriez beaucoup en lui affirmant qu’il n’est pas en grande tenue, accompagné d’un riche état-major, suivi d’escadrons innombrables de fringants chasseurs et de spahis graves. Et puis, voilà Pigalle ! La fin du rêve ! Hue, Gallifet ! Hue, Sidi ! Grimpez le rude calvaire de la réalité. L’imagination serait le plus grand bienfait de la vie, si elle n’avait l’inconvénient de faire perdre leur place à ceux qui la caressent. Gallifet n’est plus côtier. ”
“ Comme je dis, la vie est la vie, usons-en par tous les bouts et surtout par le bon. Et, pendant que je me livrais à cet abîme de réflexions, Saint-Malo approchait. Il approcha même de si près que le train pénétra dans la gare et que je pus descendre. Je n’avais jamais vu Saint-Malo, et je ne le regrette pas, car, si je l’avais vu déjà, j’aurais été moins frappé de son aspect que je ne le fus samedi soir en l’apercevant pour la première fois. Les géologues, qui sont parfois d’adorables poètes sans s’en douter, ont dit que Saint-Malo est bâti sur un terrain granitique. ”
