“ L'ignoble Blanchote valait mieux que cette coquette, se disait-il; elle ne frappait que le corps, au moins.—À toutes ces douleurs, dont Hélène m'abreuve sans paraître en avoir conscience, s'écria Gaston, elle est prête à en joindre une dernière, celle du ridicule et du déshonneur.—Tu vas trop loin, dit l'artiste avec gravité; voyons, si tu es jaloux, c'est que tu aimes encore ta femme; l'avenir peut tout réparer.—Je ne l'aime plus, répondit Gaston; l'incroyable sécheresse de cette âme dont l'enveloppe est si charmante, a tué l'amour dans mon cœur. ”
Lucien Biart
Élements biographiques
Lucien Biart (1828-1897), écrivain et naturaliste français, s’illustre par ses écrits sur les mœurs et la nature de l’Amérique latine, notamment le Mexique. Botaniste et zoologiste, ses déplacements et ses études scientifiques nourrissent ses œuvres, telles que La Terre Chaude (1862) ou Les Mexicaines (1853), où s’entrelacent observations ethnographiques et récits romanesques.
Auteur de romans, de chroniques de voyage et de textes destinés à la jeunesse, il explore les tensions entre tradition et modernité, entre désir et moralité, dans un style à la fois poétique et documentaire. Son héritage, marqué par des collaborations avec des revues prestigieuses comme la Revue des Deux-Mondes, témoigne d’une œuvre riche en nuances culturelles et sociales.
Citations de Lucien Biart
Lucien Biart, Le pensativo : scènes de moeurs mexicaines (1884)
“ Tu me demandes sa grâce, à moi, pour partir avec lui! — Je ne suis pas sa femme, Cayétano, et je ne quitterai jamais notre mère. - Tu l'aimes? - Pourquoi fouiller mon cœur? dit la créole dont les yeux se remplirent de larmes ? Pourquoi le blesser et chercher à blesser le tien en essayant de m'arracher un aveu pénible ? — C'est que je t'aime et que je suis jaloux. — Mais tu as l'âme noble ; je te connais aussi. Tu as toujours vanté les héros, ceux qui savent se sacrifier. Tu veux venger ton père ; à quoi bon te dire que la plus noble des vengeances, c'est le pardon? ”
Lucien Biart, Les ailes brûlées (1881)
“ Je sens le besoin de changer de vie ; on dirait que je suis lasse de tout ce qui a fait mon bonheur passé. Tante Annette prit la tête de sa nièce entre les mains et la regarda dans les yeux. – Tu m'inquiètes, lui dit-elle, tu ne m'as jamais parlé ainsi. Es-tu malade ? Quelle cause a ton chagrin ? D'où viennent tes appréhensions ? – Je n'en sais rien, répondit Marthe avec candeur ; par moments je me sens triste jusqu'à pleurer, et, une heure après, sans plus de motifs pour expliquer ma joie que ma tristesse, je deviens gaie à ne pouvoir m'empêcher de rire. ”
