“ «Vous faites bien les choses, mon cher des Étrivrières, s'écria le baron, qui vint au devant de Bouchot; seulement, vous auriez dû me prévenir. Mais permettez-moi de vous présenter à votre modèle, à qui j'annonçais que vous consentiez enfin à l'immortaliser.»Une jeune femme d'une grande beauté se leva de la causeuse sur laquelle elle reposait et vint tendre à l'artiste une petite main chargée de bagues.«Nous sommes de vieux amis, lui dit-elle; voyons, regardez-moi bien en face, ici, près de la lampe; me reconnaissez-vous?»Bouchot contempla la jeune femme d'un air indécis. ”
Citations sur “Bouchot”
“ Voilà un brave cultivateur qui comprend ma joie, dit Bouchot; est-il heureux, cet homme des champs! Ce doit être sa femme, cette grosse joufflue qui se cache derrière lui comme si je lui faisais peur. Le gredin manie bien sa trique. Allons, en route! Si je rencontre un monsieur assez hardi pour me soutenir que le soleil, la lune, les étoiles et les vers luisants n'ont pas été faits pour moi, je lui casse les reins. ”
“ Je puis vous rassurer, mon cher Faruc, votre réputation n'a plus rien à redouter de la calomnie.—Encore votre plaisanterie! Quel plaisir trouvez-vous donc à me donner ce nom arabe, quand vous savez que je me nomme Beauchesne?—C'est que nous avons tous besoin d'être rebaptisés et qu'à l'occasion je m'en charge pour mes amis, répondit Bouchot. Tenez, voyez M. de Champlâtreux, il se nomme René. Vous figurez-vous, dans vingt ans, lorsque ce beau jeune homme sera fardé, teint, plâtré, comme vous... ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Le fait est qu'elle passait la jeunesse, et solidement, au galop des verrées, dans les caboulots, dans le jeu, avec les filles, partout. Vous me croirez à peine, et c'est pourtant la vérité vraie, l'huissier flanqua Palmyre sur le pavé. La robe noire était bien compromise, et, à moins que de revêtir celle des chantres de St Jean ou de St-Pierre, jamais le fils de la mère Emonnot n'aurait réalisé le rêve. Les grapçons cuisaient mal au milieu de tout cela, et les pensionnaires partaient ailleurs, chez un voisin plus habile et plus jeune. ”
Centenaire, 1804-1904 : recueil de mémoires publiés par les membres de la Société (1904)
“ Il faut dire que les hypothèses de notre confrère à cet égard ont trouvé des opposants, tels par exemple que MM. Paul Le Prieur et G. Lafenestre. Il y a là un cercle vicieux, dans lequel on risque de tourner indéfiniment. Les petites miniatures du ms. français 166 signalées par M. Bouchot peuvent, en effet, par certains côtés, faire penser à Jean Fouquet; mais en même temps elles présentent des parties bien faibles; les types des têtes n'y sont pas fixés tels qu'on les retrouvera plus tard sous le pinceau du maître. Pareil disparate peut s'expliquer de deux manières. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Gare ! que cria le relieur de seilles — vous savez le bossu de la rue de Glères, pas l'autre — gare ! et avec seulement sa culotte il saute depuis le bord dedans en nageant de sa bonne jambe et des bras. Ils sont perdus tous deux ! que cria l'éclusier en rejetant ses cordes. Alors voilà qu'on ne voit plus le bossu, mais au dessus de l'eau ça faisait comme quand il y a de gros poissons au fond. On se pensait déjà que le pauvre diable n'avait pas duré trop longtemps, on courait quérir une grande échelle, des hommes se pendaient à une corde les gens disaient quel malheur ! ”
Anatole France,
La Révolte des anges
(1914)
“ Le prince Istar s’alla laver à la cuisine et plongea son visage ensanglanté dans une terrine où trempaient des haricots de Soissons, puis il se retira sans colère ni ressentiment, car il avait l’âme haute. À peine était-il dehors, que la sonnette de la porte tinta. Bouchotte appela vainement la bonne absente, passa une robe de chambre et ouvrit elle-même. Un jeune homme très correct et assez joli salua avec politesse, s’excusa d’être forcé de se présenter lui-même et se nomma. C’était Maurice d’Esparvieu. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Dans la matinée, ils entraient à Moncey, en grandes bandes noires roulant des canons, et précédées d'un long général, tout sec et tout blanc, avec une casquette de chemin de fer. Les paysans avaient soigneusement barricadé leurs portes, et la maison même de Tabourot ne laissait qu'une lucarne ouverte par laquelle émergeait sa tête de vieux maréchal de France. — Pandours ! Choucroutes ! criait-il. Mais le bruit des canons et des chevaux, les commandements sonores faisaient sa voix se perdre dans un tourbillon de bruits confus. ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ L'ancien compagnon des Bohémiens avait la conscience moins pointilleuse que les juges de Nancy, et j'imagine que cet amoncellement immodéré d'horreurs visait à un autre but qu'à celui de faire détester le crime seulement. Quoi qu'il en soit, Callot ne fut jamais plus extraordinaire. L'effroi, l'horreur, la curiosité sont peints sur les visages ; les attitudes des personnages plus éloignés ont une allure incroyable de vérité et de vie. ”
“ Tout ce qui peut faire d’un livre soigné, poli sur l’ongle, une besogne manquée, et comme on dit, mal d’aplomb. J’allais en nommer une, et non des moindres, de ces années dernières, mais il ne faut blesser personne, car ceux-là seuls qui travaillent peuvent se tromper. C’est affaire au bon sens de se garder en pareil cas, et de ne donner point un manteau de cour au bossu Lagardère. Les perfections de l’habit trahiraient cruellement les mécomptes intérieurs ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ Sans avoir voulu se dégager complètement de ces errements, Callot cherchait à reprendre pour son compte les légendes bibliques, à les décrire dans une note plus personnelle. Peut-être s'attardait-il parfois, dans les soirées d'hiver, à parcourir les estampes des primitifs italiens ou flamands dont les épreuves étaient demeurées dans les cartons de Parigi ou de Canta Gallina. C'étaient là des vieilleries bien extraordinaires, où les Hébreux portaient la toque des bourgeois du seizième siècle, où Jephté ou Josué semblaient des chevaliers bardés de fer. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Les deux autres femmes peuvent être au cimetière si bon leur semble, ce n'est pas moi qui les pleurerai. Je vais, je vais. Je passe un bouquet de bois un champ de betteraves, un petit bout de vigne de rien du tout. Je rencontre un gros homme avec un chapeau de paille qui m'indique la maison Vergerot, là bas au bout du grand mur blanc. Le grand mur blanc ! ce n'est déjà plus la haie d'autrefois avec ses aubépines, ni le chemin bordé de fumiers, qui conduisait tout droit à la porte ; maintenant il n'y a de matras que plus bas, bien plus bas, dans les endroits où M. Vergerot n'est pas maître. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Il y a les mémés qui ont vu le foulletot sur leurs cheminées, comme la mère Labrousse à qui il est apparu en casavec rouge ; elles racontent longuement l'histoire, avec des exclamations sorties de leurs bouches ratatinées et sans dents, en lissant des fois leurs cheveux sous leur caule, et en piquant leurs aiguilles de bas dans leurs chignons. Il y a les jeunes femmes qui se disent les histoires de leurs petits, lesquels mangent comme quatre, de leurs génisses, de leurs nourrins, pis que des gens ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Il arriva une chose pénible ; au bout d'un certain nombre de jours passés à soigner Chéreau, on mit Palmyre à la porte de l'officine ministérielle, sans tambour ni trompette, sans vacarme, en lui retenant je ne sais quoi pour des objets égarés. Chéreau eut le temps de guérir alors, vous pouvez croire, et Gaillon put griser tout à son saoûl le pauvre expulsé. A eux trois ils s'amusaient comme quatre, voire mieux, et rentraient sur le matin le gosier sec, les cheveux trempés et la bourse vide. ”
Jean Jaurès,
Histoire socialiste de la France contemporaine
“ Bouchotte, ancien ministre de la guerre, républicain sincère qui vécut par la suite loin des honneurs, adhéra aussi à la Constitution et, selon le terme si juste de M. Aulard [32] , c’est un véritable « annuaire du Tout Paris d’alors » que l’on a sous les yeux en feuilletant les registres d’acceptation de la capitale où, d’après le Moniteur [33] , il y aurait eu 10 non contre 12 440 oui. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Les cautaines baragouinent en même temps, on ne s'entend plus. Je le sais moi, qui suis sous le porche à attendre. Voyons voir encore une fois la montre ! Il sont pourtant assez pressés, les mâtins! — Allons ! Monsieur Jean-Claude, faites reculer les gamins. Et le bedeau les repousse de son bâton plat comme une férule. — Hiche ! Hiche ! les gosses ! Il faut ce pourtant bien qu'ils voient ! Ils affirment ce droit tout en se bousquignant, en reniflant, en chusant les uns entremi les autres. ”
Henri Bouchot,
L'exposition des primitifs français…
(1904)
“ Le peintre du petit Orland qui est un Français indiscutable, un gothique, un pur fruit de terroir, paraît d'une vigueur et d'un talent plus robustes que n'est le Peintre des Bourbons plus gracieux et plus tendre. En composant ce portrait qui est une page d'histoire splendide, où l'on sent toutes les dégénérescences d'une race, toutes les menaces de mort sous une insouciance de bébé, l'artiste en était resté à Jean Fouquet, avec peut-être un peu plus d'âme et plus de philosophie. ”
Arthur Chuquet, Les Guerres de la Révolution..… (1893)
“ Saint-Just et Le Bas entrèrent avec ardeur dans les idées de Bouchotte et de Carnot. Ils : voyaient déjà les armées françaises marcher de tous côtés « comme le tonnerre », sans s'arrêter, sans laisser à l'adversaire le temps de respirer ; ils les voyaient se grossir des garnisons de Bitche et de Landau, dévorer le Palatinat; ils voyaient se jeter sur l'Allemagne cent mille hommes qui « étaient nuls maintenant par la bassesse de ceux qui avaient régi les affaires 1 ». 1 Bouchotte à Saint-Just et Le Bas, 23 oct. ; Carnot à Saint-Just et Le Bas, 27 et 29 oct., 2, 7, 14 nov. (A. G.) ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ Il est alors plein de fougue et de hardiesse; il exécute d'instinct, avec une énergie toute juvénile, les eaux-fortes préparées. Plus tard les conseils de La Belle lui enlèveront quelque peu de cette audace ; il se contiendra, poussera davantage ses travaux, il aura perdu la fine fleur de son esprit. Toute son oeuvre tient de Callot; on y retrouve l'aisance, le brio et l'élégance du Lorrain. Il le suit jusque dans ses défauts, et s'amuse parfois comme lui à arranger ses modèles, ce qui rend ses paysages Vue du Louvre. — Gravure d'Israël Silveslre. ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ Toute la crânerie qu'il savait jeter dans les groupes, la furia des mêlées ne trouvait point à se produire dans les rencontres de galères. L'oeuvre est habile, elle est attachante, mais elle n'a plus cette physionomie particulière que l'artiste donnait ailleurs avec tant de justesse. Pour la mieux résumer il eût fallu vivre sur mer, pénétrer la vie curieuse des matelots d'alors; Jacques Callot ne les connaissait pas, il parlait sur des ouï-dire et il n'osait se livrer. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Moi qui affecte de la parler je le fais devenir jaune. En haut du village, dans une vieille cassine à claire-voie, avec la soue aux gouris devant et le bûcher derrière, je trouve les deux vieilles. La bossue a maintenant des rides comme une pomme raintrie, et sa voie ressemble une charrue mal graissée. Aussi bien suis-je venu tout seul là, sous prétexte que le notaire avait à expédier encore un tas d'affaires avant le dîner. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Le père Emonnot ne comprenait plus très bien cette conduite d'un homme instruit, et il se demandait dans sa tête de Saônier, si des fois rosa la rose n'aurait pas tourné la caboule au gamin. Celui-ci cherchait une nouvelle position sociale, et il la trouva finalement chez un pauvre diable d'huissier minable, où, ma foi, le papier timbré restait comme chez lui; sans compter d'ailleurs que si les loups se fussent mangés, les confrères du malheureux homme n'eussent point manqué de parler souvent à sa personne en lui faisant des politesses. ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ Jacques Callot a vingt-quatre ans, l'âge où la carrière se dessine définitivement; il a fait oeuvre personnelle dans la Guerre d'amour, il a élargi sa manière, il est à son tour un maître écouté. Une chose le gêne pourtant dans l'exécution ténue de ses gravures à l'eau-forte, c'est le vernis mou dont les Italiens couvraient leurs planches de cuivre et sur lequel ils dessinaient à la pointe avant de baigner le métal dans l'acide. ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ En dépit des errements immuables de l'invention, Callot évite les redites; il reste toujours le même et pourtant il sait tirer de son motif, invariable dans l'agencement, les variations les plus inattendues. L'enthousiasme pour ces tableaux de la vie journalière fut extrême; les princes lorrains craignirent de voir quelque jour ce puissant génie leur échapper, comme tant d'autres qui n'étaient point revenus. Le duc Henri II s'était ému de celle possibilité, et pour y pourvoir de prompt remède, comme on disait alors, il comblait l'artiste de présents, d'octrois gracieux. ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ Mais tels que les voilà, surpris par un artiste habile, ils accusent la tendance nouvelle de Callot, le caprice de mettre en scène les déshérités et les pauvres, les gueux et les estropiés de la vie. Une évolution se fait en lui qui sera la plus féconde sinon la plus méritante. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ Chélidoine, lui disais-je en pensée, à quoi songez-vous à cette heure, dites ? Et elle devenait rouge, rouge : elle pensait au temps où elle courait les prés avec moi, moi quasi son père alors, et à ses demandes innocentes. Du haut de la côte — toujours en rêve, hélas ! — nous écoutions les lointaines écluses du Doubs, le tic tac des moulins d'Avanne. nous voyons les prés étendus au bas de nous, où des gens passaient ; on entendait encore de ce temps là le marteau pilon de Gouille, qui battait moins vite que nos tempes et notre jeunesse. ”
Henri Bouchot,
Revue des Deux Mondes
“ Le but que poursuit Gaignières, — la volonté qu’il a de réunir les élémens authentiques d’une histoire des usages et des mœurs chez les vieux Français, — échappe à la majeure partie de ses contemporains. Lorsqu’il écrit gravement, au bas de portraits acquis par lui à grands frais, et qui semblent si étrangement bouffons, le nom de peintres tels que Jehan Fouquet, Corneille, Janet, il n’a, pour le comprendre, que de rares bénédictins, ou d’audacieux correspondans de province. ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ Une équerre de maçon est un bras posé sur la hanche; une pioche terminée par une truelle est l'autre bras étendu; les jambes sont un pic de carrière et une pelle. Le pauvre diable qui concevait ces chimères mourait de faim; élève de Paggi, il cherchait à forcer l'attention par des farces plus lugubres qu'elles n'étaient drôles. Callot avait mieux à faire qu'à le suivre dans ses divagations saugrenues, et s'il s'en fût tenu aux transalpins, il eût rencontré chez Léonard de Vinci quelques modèles de visages grotesques dont il eût pu faire profit. ”
Henri Bouchot,
Contes francs-comtois... édition unique
(1887)
“ La mémé Jacoulet, parce que la Bâbet était la fille d'une vieille ennemie, la maman Vergerot pour le même motif, et la Jeanne parce que la gaillarde était droite comme un i, dure au soleil et à la pluie, et que les garçons lui disaient déjà des mécaniques qu'on ne lui disait pas à elle. Le pis de tout ça, c'était la pauvre Bâbet qui s'était fourrée dans la cervelle de n'avoir d'yeux et d'idée que pour le bel Al- cide, le collégien, le monsieur, depuis surtout la casquette d'orphéon du Catho et la houp- pelande à galons dorés dont on l'avait harnaché. ”
Henri Bouchot,
Jacques Callot, sa vie, son oeuvre et ses continuateurs
(1889)
“ Ces dessins sont au crayon, lavés au bistre et touchés avec un esprit infini. Mais comme il n'y a que l'âme, et que rien n'est digéré, il fallait être Callot pour trouver de si jolies choses au bout de sa pointe. Il est pourtant vrai que pour ces petits dessins, il avait fait de chaque figure des études comme s'il eût dû les graver en plus grand. J'en ai plusieurs , et qui font voir combien il était curieux de bien faire. Il ne reparaîtra pas de sitôt un tel homme. ”
