Lucien Biart

Résumé

Lucien Biart Un voyage involontaire (1879)

Brave navire! brave navire! répéta joyeusement le commodore en frappant le porit du pied. Qu'en dites-vous, monsieur Pinson?
— Je déplore, répondit l'ingénieur, la conduite de ce Davis; à sa place, un capitaine français eût depuis longtemps livré bataille.
— Et il l'eût perdue, monsieur, répondit le commodore, car toutes les chances sont en notre faveur. C'est un défaut de vos compatriotes de ne jamais compter leurs ennemis.
Certes, les coups de tête réussissent quelquefois; mais que diriez-vous d'un joueur d'échecs qui, se fiant au hasard, pousserait ses pièces à tort et à travers?
Source : Gallica

Lucien Biart Un voyage involontaire (1879)

Vous savez, monsieur, lui dit un matin Vif-Argent, que vous voilà en pleine convalescence, et que vous allez manger aujourd'hui un œuf.
— Je te dois la vie, petit, dit l'ingénieur d'une voix éteinte. Je ne pouvais parler tous ces jours-ci, mais j'avais ma tête et j'observais; tu t'es conduit comme un homme.
— Comme quelqu'un qui vous aime, monsieur, et qui doit rendre compte de vous à M. Boisjoli.
— Boisjoli! s'écria M. Pinson, qui essaya de se redresser; n'est-ce pas lui,.. ?
— Chut! chut! dit Vif-Argent. Ne parlons pas de ce qui vous fâche; le médecin vous défend les émotions.
Source : Gallica

Lucien Biart Un voyage involontaire (1879)

M. Pinson, en proie à la fièvre, ne répondit pas ; un flot de sang noir s'échappa de ses lèvres, et Vif-Argent poussa un cri. L'enfant se savait en route pour fuir Vera-Cruz, où régnait le vomito negro, ou fièvre jaune, et son compagnon, à n'en pas douter, était en proie à la terrible maladie.
Durant un quart d'heure, Vif-Argent, effrayé et pleurant, essaya de décider M. Pinson à se lever et à marcher. Vains efforts : ou l'ingénieur délirait, ou il se tenait immobile, inerte. Soudain l'enfant secoua la tête avec énergie.
« C'est bête de pleurer, dit-il, et ça n'avance à rien. »
Source : Gallica

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