“ Véra avait à ce moment-là quarante-deux ans ; pour le croire, on était forcé de faire le calcul des années écoulées. Superbe de santé, elle défiait la lumière éblouissante du salon ; elle était admirablement mise, quoiqu’arrivant de voyage ; — sans doute par coquetterie, le trajet de ce jour-là n’avait pas été long. Sa robe de drap foncé la moulait absolument, dessinant chaque ligne de sa belle personne ; la mode du jour le voulait, et Véra forçait un peu la mode. ”
Véra
Définition et enjeux
Le terme « Véra » désigne une figure centrale dans plusieurs œuvres littéraires, souvent incarnée par une femme au cœur complexe et aux relations troublantes. Mary Healy la présente comme une créature de société, élégante et séductrice, tandis que Sofia Kovalevskaïa explore ses émotions profondes et ses dilemmes moraux.
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, lui, la place dans des récits oniriques, où son image devient un symbole de passion et de fragilité. Irène Hillel-Erlanger, enfin, la positionne comme une mécène visionnaire. Ces approches variées révèlent une Véra à la fois iconique et ambiguë, liée à des thèmes comme l’art, la jeunesse ou les tensions sociales.
Citations sur “Véra”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ Véra veut répondre, mais les paroles ne sortent pas de sa bouche. La main de Wassiltzew se pose sur la sienne et ce contact leur fait perdre la respiration ; ils ne peuvent parler et craignent de faire le moindre mouvement. — Stiépane Mikhaïlovitch ! Véra ! Êtes-vous ici ? crie la voix sonore de Lise dans le corridor. Wassiltzew s’éloigne rapidement. — Véra, à demain ! dit-il, en enjambant la fenêtre du jardin, et disparaît dans l’obscurité. ⁂ Une vraie nuit de printemps, troublante et parfumée, pleine de passion et d’un charme mystérieux est descendue sur la terre. ”
Irène Hillel-Erlanger, Voyages en Kaléidoscope (1919)
“ La Comtesse Véra attire généreusement dans l'orbe rayonnant de sa propre gloire, les talents nouveaux, en quelque branche qu'ils se révèlent. D'un génie audacieux, vaste et varié jusqu'au miracle, elle embrasse avec ardeur les connaissances les plus diverses. ”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ Véra n’a jamais rien entendu de pareil. — Mais tout cela, c’est grand-papa qui l’a fait ; papa et maman sont bons ! dit Véra, ne criant plus, mais d’une voix timide et les yeux voilés de larmes de honte. Tout le monde se tait. — C’est vrai, les jeunes maîtres ne sont pas méchants ! Cette conclusion est adoptée, mais à contre-cœur, ce semble. — Oui, mais c’est depuis peu seulement que notre maître est devenu plus raisonnable ; au temps où il était garçon, il en a fait de belles avec nous autres, les filles ! ajoute la vieille économe qui elle aussi a goûté à l’eau-de-vie. ”
“ Véra avait tressailli un instant quand la comtesse de Vignon avait fait irruption dans la serre, mais elle s’était remise sans que celle-ci, un peu myope, et surtout très occupée d’elle-même, de sa prodigieuse toilette, de sa petite fille, de son mari qui suivait à la distance imposée par une traine de robe, eût remarqué autre chose qu’une consultation artistique ; elle était du reste au courant du projet de tableau. ”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ Wassiltzew lâcha ses mains comme si un serpent l’eût mordu. — Véra, Véra ! Vous ne valez pas mieux que les autres ! cria-t-il d’un ton de reproche en quittant la chambre. Véra resta seule, anéantie. — Quelle honte ! comment vivre après cela ? fut sa première pensée quand le lendemain matin elle se réveilla après quelques heures d’un sommeil fiévreux. Le jour commençait à peine. Ses sœurs dormaient encore d’un profond sommeil. ”
Robert de Nervo, Les mémoires de mon coupé (1881)
“ La vie continua ainsi, un peu attristée et cette tristesse s'accrut bientôt d'une sorte d'inquiétude qui vint tout à coup s'emparer de Vera. Son amant, le jeune officier, n'était plus le même. – Comme grisé par la vie de Paris, il sortait souvent, rentrait à des heures défendues, et plus taciturne que jamais il ne rapportait au logis qu'une certaine tristesse et un silence glacial. Vera s'en alarma. – Où allait-il ainsi ? – Où dépensait-il ses matinées ? – Où passait-il ses soirées ? ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Contes cruels
“ Il se leva, et, dans la glace bleuâtre, il se vit plus pâle qu’à l’ordinaire. Il prit un bracelet de perles dans une coupe et regarda les perles attentivement. Véra ne les avait-elle pas ôtées de son bras, tout à l’heure, avant de se dévêtir ? Les perles étaient encore tièdes et leur orient plus adouci, comme par la chaleur de sa chair. Et l’opale de ce collier sibérien, qui aimait aussi le beau sein de Véra jusqu’à pâlir, maladivement, dans son treillis d’or, lorsque la jeune femme l’oubliait pendant quelque temps ! Autrefois, la comtesse aimait pour cela cette pierrerie fidèle !... ”
“ Meyrin était trop artiste pour ne pas rendre hommage à la beauté de Véra, que la princesse avait tendrement embrassée, et pensant qu’il ne pouvait que lui faire plaisir, il lui dit en se rapprochant d’elle : — Quelle jolie jeune fille ! Je croyais que dans ce pays, seules les femmes de votre monde pouvaient être aussi complètement belles. — Vous voyez que vous vous trompiez, monsieur, fit Lise d’un ton un peu sec. Véra est, en effet, fort jolie. Elle n’est ni moins sage, ni moins modeste, et je l’aime beaucoup. ”
“ Néanmoins, au milieu de ce luxe qui l’entourait, aux prises avec cette existence nouvelle qui, parfois, lui causait encore un peu d’effroi, une chose semblait incompréhensible à Véra ; c’était l’attitude étrange que son maître avait auprès d’elle. Si complète que fût son ignorance de la vie et des passions, cela la frappait à chaque instant davantage, en ouvrant son esprit à des pensées qui troublaient le calme et la virginité de son âme. ”
“ Oui, ma chère Véra, à demain. J’ai promis au prince de venir prendre ses instructions dans la matinée. Je retourne à Elva ; toi, passe une bonne nuit et tu seras vaillante en te réveillant comme si tu n’avais fait quatre cents lieues. Et l’excellent homme, après avoir tendrement embrassé sa fille, se retira. ”
“ La petite se laissait faire sans même songer à remercier ; seulement elle ouvrait de grands yeux ; la voiture lui semblait bien belle ; elle avait été prise de faiblesse, mais elle se sentait mieux maintenant, et ne demandait qu’à bavarder. Les fourrures de Véra semblaient surtout l’attirer ; à la dérobée elle passait sa main sur la manche qui était de son côté, et Véra en la surprenant se mit à sourire ; elle se rappelait que, du temps où elle était une « aventurière », elle avait eu une passion pour les belles fourrures bien chaudes, bien douces. ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Contes cruels
“ Véra, lassée des fadeurs cérémonieuses de son entourage, était venue vers lui dès la première circonstance contrariante, simplifiant ainsi, d’auguste façon, les démarches banales où se perd le temps précieux de la vie. Oh ! comme, aux premières paroles, les vaines appréciations des indifférents à leur égard leur semblèrent une volée d’oiseaux de nuit rentrant dans les ténèbres ! Quel sourire ils échangèrent ! Quel ineffable embrassement ! ”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ L’émotion coupa la parole à Wassiltzew, Véra sanglotait amèrement. Après quelques minutes, Wassiltzew lui montra le portrait de sa fiancée avant sa maladie : un visage beau et intelligent aux yeux sombres et rêveurs. Il sembla à Véra que jamais elle n’avait vu des traits plus nobles ; elle appliqua ses lèvres sur le portrait comme sur une image de martyre, et les larmes aux yeux elle répéta son vœu d’enfance : conquérir une couronne de martyre ! Seulement ce n’était pas en Chine qu’elle irait la chercher ; elle savait maintenant qu’en Russie le sort réserve cette couronne à plus d’une. ”
Pauline Craven, Fleurange. Edition 20,Tome 2 (1878)
“ La comtesse Vera est une belle et noble personne, susceptible jusqu'à un certain point de dévouement, mais orgueilleuse, emportée et jalouse au plus haut degré. En épousant Georges dans la situation où il se trouvait, elle croyait, par ce grand sacrifice, s'assurer ce cœur volage et se l'attacher fidèlement et à jamais par la reconnaissance. ”
“ Pendant que la baronne donnait ce bon conseil à son fils, Véra se trouvait aux prises avec le baron Jean ; il lui avait demandé un instant d’entretien, pendant que les autres se groupaient autour du samovar. — Oui, ma chère Véra, comme je vous le disais, c’est une période pleine d’angoisses pour des parents ; j’en perds le sommeil : marier une fille est chose si grave ! — Et si coûteuse.... ajouta Yéra en cherchant à fixer le regard fuyant de son beau-frère. ”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ Lise se retourne dans son lit. Les deux sœurs commencent à s’éveiller. — Pourvu qu’elles ne remarquent rien ! Cette pensée sèche les larmes de Véra ; elle se lève comme si de rien n’était, s’habille, cause tout le jour comme à l’ordinaire ; elle rit même. Parfois elle parvient à oublier ce qui s’est passé ; mais elle continue à éprouver au cœur cette même douleur sourde, lancinante et inconnue jusqu’alors. Enfin arrive le jour de la leçon. — Que va-t-il se passer ? pense Véra et elle se sent glacée à l’idée de revoir Wassiltzew. ”
Joseph Bard,
100 Têtes sous un bonnet, par Joseph Bard
(1836)
“ Mais VÉRA s'était éveillée aussi ; car elle dormait, la belle VÉRA. — Annéantie d'horreur, de surprise, elle tomba morte sur le pavé. VÉRA. 181 VÉRA, c'était cette célèbre polonaise qui fut, pendant deux ans, à Saint-Pétesbourg, la maîtresse du Prince Wladimir Minski avec qui elle dansait toujours la quatrième mazourka, quelle aima à la folie, et dont elle perdit, sans retour, la tendresse, pour avoir accepté une glissade avec un noble et magnifique étranger. ”
“ On l’élèverait, on lui donnerait une éducation quelconque, une petite dot, on lui trouverait un mari parmi les employés de la banque — et voilà. Somme toute, il faut faire un peu de bien dans ce monde, quand cela ne dérange pas trop ; on ne sait pas après tout — cela peut être un placement à vingt pour cent pour l’autre vie ! Le résultat des réflexions de Véra fut que l’enfant reparut dans la belle calèche de la baronne ; elle était si gentille dans son joli costume que Véra se prit d’une espèce d’affection pour elle, et lui acheta la plus belle poupée de la rue de Rivoli. ”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ Elle n’a rien dit et pourtant ses sœurs soupçonnent quelque chose et la persécutent de questions blessantes. Véra évite leur société le plus possible. Ainsi passe une semaine, et une autre commence. Wassiltzew ne vient toujours pas. — Il ne viendra plus jamais, se disait Véra chagrine et presque irritée. Cependant, un jour où seule dans la chambre d’études elle feuilletait distraitement ses livres, elle entendit dans le corridor un bruit de pas bien connus. Le sang lui afflua au cœur ; un instant il lui sembla qu’il avait cessé de battre. ”
“ Là, le bébé devint superbe ; il y avait d’autres enfants, ceux du gardien de la loge ; avec ceux-ci Marca fraternisa ; une fois, Véra l’ayant vue qui se roulait sur le gazon avec ces marmots mal lavés, fut assez tentée de la laisser avec les paysans, et d’en faire une fille de ferme. — C’est peut-être ce qu’il y aurait de plus heureux pour elle, lui dit son mari qui n’avait jamais pris au sérieux son rôle de père adoptif : mieux vaut être une bonne fermière qu’une déclassée. Véra lui jeta un regard oblique ; elle crut démêler dans les paroles de son mari l’influence de sa famille ”
Irène Hillel-Erlanger, Voyages en Kaléidoscope (1919)
“ Joël Joze, Inventeur; passe de préférence dans les rues où passe la Comtesse Véra. C'est ainsi qu'il peut la voir. De loin. De loin en loin. Elle descend de son auto. Quel juste luxe. Perfection du rythme. Elégance supérieure. Est-ce quelque cocaïne qui lui donne cet éclat froid? cet élancé; ce mince; ce désincarné implacable? Plutôt, n'est-ce pas son impériale égolâtrie? Comtesse Véra, vous ne dispenserez pas une parcelle de sourire à qui vous est inutile. Vous répudiez ce qui vous gêne. Et ce qui vous augmente, vous le gardez jalousement. ”
“ La jeunesse, en costumes de bain fort coquets, se jouait dans la rivière ; ce n’était que cris, rires, éclaboussements d’eau ; on se taquinait tout en nageant. Ivan était assis auprès de Véra, un peu à l’écart ; il était très pâle, mais calmé et tranquille ; il écoutait Véra et lui répondait à voix basse ; l’orage de la nuit avait passé, sans rien laisser qu’un grand étonnement et beaucoup de lassitude ; ce n’avait été qu’un vilain rêve, venu comme tous les rêves, sans raison aucune. Ivan était de nouveau sous le charme. Véra était belle ce jour-là, et très douce ”
“ Au pied d’un arbre, elle vit une femme étendue ; la figure était cachée, et toute la personne enveloppée d’un grand châle noir ; sans le gémissement de la malheureuse, la baronne Véra, absorbée comme elle l’était, aurait bien pu passer à côté et ne pas la voir. — Que faites-vous là ? Véra avait d’abord songé à continuer son chemin ; — en somme, cela ne la regardait pas ; puis, un second mouvement plus humain fit qu’elle s’arrêta. La pauvre créature se redressa vivement, et la baronne vit que ce n’était qu’une fillette, une enfant de seize ans au plus ”
“ Véra, qui se trouvait à ses côtés, lui parla et il se détourna brusquement ; il ne voulait pas l’entendre, sa vie se concentrait dans le regard intense qu’il fixait sur Marca. Véra s’arrêta un instant, étourdie : non, ce n’était pas possible, elle avait mal vu ; Ivan était ému du danger passé, et en effet, une jeune fille qui meurt dans un éclat de rire est un sujet d’attendrissement. ”
Brada,
Leurs Excellences
(1879)
“ Vera ne disait rien et arriva toute souriante, modeste et blonde, chez le ministre qui les attendait et reçut sa compagnie avec sa courtoisie des bons jours. Madame de Santa-Pierra parlait pour tous ; elle embrassa madame Michaïloff, puis Vera, et fit mine de mettre par erreur son bras autour du cou de Glouskine, offrit ses deux mains à ses adorateurs et déclara qu'elle était la personne du monde à qui le bonheur d'autrui faisait le plus de plaisir. Ce bon Lynjoice, cet excellent Lynjoice, pourquoi n'arrivait-il pas ? ”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ Le plus souvent c’est un juge de paix ou un commissaire de police qui arrive au village pour dresser un procès-verbal. Cela n’empêche pas que le cœur ne commence à battre plus rapidement dès qu’on entend ces grelots argentins sur la grand’route. Quelque chose semble vous appeler, vous attirer vers des contrées lointaines et inconnues. — Que la vie est donc belle ! pense Véra, et d’un geste involontaire, elle joint les mains comme pour une prière. Wassiltzew se dit matérialiste, et Véra connaît ces nouvelles théories ; aussi croit-elle en toute sincérité, ne plus avoir la foi. ”
“ Vera faisait un petit ménage devant la table à thé.—Mais oui, c'est une idée. Avez-vous pensé à quelqu'un?—Que diriez-vous de Lynjoice?—Parfait; mais c'est un garçon à passion; rendez-le amoureux de vous, et puis faites-lui épouser Vera; il doit aimer à s'immoler. ”
Sofia Kovalevskaïa,
La Société nouvelle
“ Véra sut tout de suite par cœur la lettre de Wassiltzew et pourtant il ne se passait pas de jour sans qu’elle lût et relût le précieux papier. Toute une semaine elle vécut de cette joie, puis elle vécut de l’attente d’une prochaine lettre. Comme tous ceux qui n’ont qu’une pensée, qu’un intérêt unique, et qui, de plus, doivent se contenter d’un rôle passif, elle devint superstitieuse. ”
“ Véra, ma chère Véra, répétait Alexeï en couvrant son front de baisers ; notre seigneur m’a tout raconté ; je n’ai aucun reproche à t’adresser. Dieu te récompensera de ton dévouement. Nous ne nous quitterons plus ; tu seras heureuse comme tu es toujours digne de l’être. À ces mots, la fille du fermier tourna ses regards vers le prince qui assistait à cette scène, et elle fut à ce point frappée du bouleversement de ses traits qu’elle courut à lui. Mais Pierre Olsdorf, effrayé de son mouvement, ne lui laissa pas le temps de prononcer une seule parole. ”
“ Et passant affectueusement son bras sous le sien, il la conduisit jusqu’à la table, où là elle se laissa tomber, plutôt qu’elle ne s’assit, sur le siège que lui présentait Yvan. Jamais Véra n’avait été aussi belle dans son costume national. L’émotion rendait encore plus brillant l’éclat de son teint ; ses lèvres de pourpre avaient un sourire enfantin rempli de charme, et ses grands yeux aux longs cils noirs semblaient interroger avec une inquiétude naïve tout ce qui l’entourait. ”
