“ Je joue un rôle ridicule... — Ivan !... — C’est la vérité. Laissez-moi partir, Véra, laissez-moi aller travailler sérieusement ; mon talent même s’amollit dans cette atmosphère de serre chaude ; il me vient des tentations de me laisser aller, d’oublier ma fierté, de faire comme les autres, qui ne demandent à la vie que ses plaisirs. Tenez, tout à l’heure, quand je jouais avec cette enfant, quand je sentais sa petite joue fraîche contre ma joue, j’ai vu, comme dans une vision, un idéal de vie tout différent de ce que notre idéal à nous est devenu. ”
Mary Healy
Résumé
"Marca", de Mary Healy, explore les tensions entre amour, ambition et classe sociale à travers les destins de Véra, une femme riche et ambitieuse, et Ivan Nariskine, un peintre solitaire. Les thèmes du mariage, de la rivalité familiale et de l'idéalisation de la vie artistique s'inscrivent dans un cadre aristocratique imprégné de rivalités.
Les relations complexes entre les personnages, notamment la marraine et le beau-frère, mettent en lumière des conflits de valeurs et de pouvoir. L'œuvre, marquée par des dialogues percutants, interroge la place de la femme dans une société hiérarchisée, tout en portant une attention particulière aux codes de l'élégance et des liens amoureux.
Citations de Marca (Mary Healy)
“ Ivan passa une nuit atroce. Vingt fois il fut sur le point de fuir, de prétexter n’importe quoi pour expliquer un départ subit ; vingt fois il commença une lettre où il disait à Véra que cette vie, où à chaque instant il fallait s’observer, était au-dessus de ses forces, une lettre où, entre les lignes, la malheureuse eût pu lire ces mots : « Je ne vous aime plus... » — et vingt fois il déchira le papier. Le soleil se leva, et il n’avait encore rien résolu. Il se jeta sur son lit et dormit quelques heures ; il se leva mécontent, plus irrésolu que jamais, accablé, à moitié malade. ”
“ La grosse Amélie, sa belle-sœur ne s’était mariée, elle, que grâce à sa fortune ; ce n’était qu’une sotte, lourdement ambitieuse, qui avait compté sur les millions du grand beau-frère pour ses enfants, et qui se vengeait comme elle le pouvait : sottement, par des gros mots. Véra n’avait pas d’enfants ; après deux années de mariage, elle n’en espérait plus guère, mais elle se demandait, étant fort curieuse de sa nature, si réellement l’amour maternel était bien ce que l’on prétendait ; s’il valait la peine qu’on le ressentit. ”
