“ Ses yeux se remplirent d’éclairs, ses lèvres s’entrouvrirent, une sorte de cri guttural, passionné, presque sauvage, s’en échappa, et elle tomba dans les bras de celui qui s’était rapproché d’elle pour la soutenir. Avec un mouvement de fauve, Paul la pressa contre sa poitrine, à la briser, ses lèvres rivées aux siennes. Il n’y avait plus sous l’ombre épaisse des grandes allées de Pampeln ni épouse irréprochable, ni princesse Olsdorf si fière de son nom : il n’y restait qu’une femme qui se donnait, domptée par le désir jusqu’alors inassouvi. L’autre était vainqueur ; la bête tuait l’âme ! ”
Résumé
“Divorcée”, est une œuvre de René de Pont-Jest. Des thèmes tels que Lise, Mme Daubrel ou Pampeln y sont abordés.
Citations de Divorcée (René de Pont-Jest)
“ Lise Olsdorf ne connaissait Paris que par les récits de ses compatriotes ; elle avait hâte de le visiter au bras de l’artiste. Puis elle lui tiendrait compagnie à son atelier, car il fallait qu’il travaillât, qu’il devînt célèbre. Il avait d’ailleurs à faire d’elle ce fameux portrait auquel ils avaient dû renoncer à Pampeln et elle n’y pensait pas sans frissons de volupté. Ce qui lui avait semblé impossible en Russie n’était-il pas tout simple en France ! À Paris, n’était-elle pas à lui tout entière ! Maintenant, que lui importait le monde ! Qu’avait-elle à craindre ? ”
“ Mon affection pour lui est morte tout entière. Aussi longtemps qu’il le voudra, nous habiterons sous le même toit, mais étrangers l’un à l’autre. Une femme comme moi n’oublie ni l’humiliation ni l’outrage. Il ne me reste plus que vous et Marthe pour m’aimer. Trop ému pour prononcer un seul mot, Dumesnil mit un respectueux et tendre baiser sur la main fiévreuse que la pauvre trahie lui tendait. — Et même, poursuivit-elle, bientôt je n’aurai plus que vous et ma fille, car, dans quelques mois, dans quelques semaines peut-être, Mme Daubrel quittera la France pour rejoindre son mari. ”
“ Jure-moi donc que tu n’es pas l’amant de cette femme ! Sarah, les yeux chargés d’éclairs, la voix menaçante, avait saisi les deux mains de l’artiste. — Tu m’ennuies, fit-il, en se dégageant brusquement. — Alors j’ai deviné juste ! Eh bien ! je me vengerai d’elle et de toi. Ah ! les femmes du monde nous prennent nos amants ; elle les achètent. Nous verrons ! Elle à quelque part un mari cette princesse-là. — Tu te trompes ; elle est veuve. — Tu mens ! Dans tes lettres, tu m’as souvent parlé d’un prince Olsdorf. Il est sans doute en Russie, pendant que sa femme le trompe ici. L’imbécile ! ”
“ Pour les Meyrin, les succès n’étaient réels que s’ils rapportaient beaucoup. Peu importait à Mme Meyrin que son mari eût enlevé d’une façon magistrale tel ou tel morceau, ou que Paul eût réussi telle ou telle toile. Combien cela avait-il été payé ? Tout était là, aussi bien, hélas ! pour Frantz et son frère que pour la maîtresse de maison. Tout à leur œuvre, bien certainement, pendant qu’ils l’exécutaient, le musicien et le peintre ne demeuraient pas longtemps dans les hautes régions de l’art dès qu’ils avaient quitté, l’un son violon, l’autres ses pinceaux. ”
“ Elle n’était plus princesse Olsdorf et on n’osait l’appeler Mme Paul Meyrin. Par ordre de Véra Soublaïeff, on lui avait rendu son nom de jeune fille : comtesse Lise Barineff, afin que, pour les gens appelés à la servir, elle ne parût pas être descendue de son rang social. Le respect même dont elle était constamment entourée par chacun devenait pour elle une douloureuse humiliation. De plus, elle avait là-bas, à Paris, des devoirs à remplir envers cet autre enfant qui n’était pas moins qu’Alexandre et Tekla la chair de sa chair et l’objet de seul amour permis désormais à son cœur. ”
“ Elle ne pouvait plus se le dissimuler : elle aimait d’un amour timide et chaste, mais sincère, profond, celui qui depuis plusieurs semaines, partageait sa vie. Elle ne se demandait plus ce qu’il voulait faire d’elle. Peu lui importait ! Elle le voyait chaque jour, pour ainsi dire à chaque heure, et elle n’avait plus qu’un seule crainte : celle de sortir de ce beau rêve pour retomber dans la réalité. Quant au prince, il semblait inquiet, préoccupé, impatient. Lorsqu’il furent rentrés dans leur appartement, Véra, comme de coutume, se retira dans sa chambre, où Julie la suivit. ”
“ Le petit prince et sa sœur étaient sortis avec Mme Daubrel. — Que vous êtes belle ! Et vous êtes aussi bonne que belle, dit Lise à la jeune fille qui, sans qu’elle eût eu le temps de s’y opposer, lui avait baisé la main, comme autrefois. Que vous êtes bien digne d’être aimée ! — Madame la comtesse, fit Véra en rougissant. — Oh ! je ne suis pas jalouse, reprit Mme Meyrin avec un douloureux sourire. Vous les aimerez toujours, n’est-ce pas, lorsque je serai morte ? Car je vais mourir, je le sais, je le sens ! ”
“ En attendant, installez-vous ici, au château, où vous demeurerez désormais ; mon brave Alexeï y consent. Je vous laisse avec lui. À demain ! Sans attendre qu’elle ait eu le temps de lui répondre, après l’avoir rassurée par une affectueuse étreinte, il s’éloigna rapidement. — Pauvre prince, dit Soublaïeff à sa fille, en se rapprochant d’elle, comme il est malheureux ! Qui aurait pu prévoir ce qui est arrivé. Maintenant, il veut s’éloigner de Pampeln qui lui rappelle de si tristes souvenirs ! — S’éloigner, s’écria Véra, ne pouvant rester maîtresse d’elle-même ; s’éloigner ! ”
“ Oh ! dans un mois, nous verrons, dit-elle à Paul, après lui avoir communiqué cette dépêche. C’est la santé de Tekla qui s’opposera à ce voyage, et nous n’irons à Pampeln qu’à la belle saison. Je dis « nous », car tu viendras bien vite m’y rejoindre, n’est-ce pas ? Sinon, je ne partirai pas. Et jetant ses deux bras au cou de son amant, l’accouchée l’attira vers elle d’un mouvement presque sauvage, comme si la passion endormie quelques mois par la maternité se fût de nouveau subitement emparée d’elle. ”
“ C’est ainsi que vivait Pierre Olsdorf depuis son départ de Pampeln, depuis qu’il avait acquis la certitude que Véra l’aimait et qu’il était obligé de s’avouer que, lui, il l’adorait avec passion. Ceux-là seuls qui n’ont point aimé disent : loin des yeux, loin du cœur. C’est le contraire qui se produit ; lorsqu’il s’agit d’affections vraies, qui ne sont pas nées seulement d’appétits sensuels que d’autres objets peuvent apaiser ; car, à la douleur de la séparation et à l’amour, se joignent bientôt les inquiétudes et la jalousie. On ne sait plus rien des imperfections de l’être aimé ”
“ Lise Olsdorf et Paul Meyrin subissaient à leur insu ce phénomène absolument physiologique. Le soir même, lorsque le dîner les rapprocha de nouveau, il y eut entre eux un échange de regards qui les troublèrent, et le peintre, un peu gâté déjà par ses succès féminins, n’hésita plus un instant à penser qu’il plaisait à la princesse. L’amour-propre aussitôt s’en mêla. Jusqu’alors ses conquêtes n’avaient pas été d’un ordre aussi élevé, et il s’imagina bientôt qu’il adorait Lise Olsdorf. Il la désirait tout simplement, autant par orgueil que par passion. ”
“ Mais n’ayez nulle crainte. Si un instant, là-bas, lorsque la nouvelle de votre inconduite m’est arrivée comme un coup de foudre, j’ai songé à vous punir, c’est que le souvenir du passé avait soulevé ma colère. Aujourd’hui, le calme s’étant fait en mon cœur et dans mon esprit, je viens vous imposer le seul moyen de mettre un terme au scandale de votre existence actuelle. À ces mots seulement, la princesse leva les yeux. Jusqu’à ce moment, elle était restée le visage caché dans ses deux mains, ce qui lui avait permis de dissimuler l’humiliation que lui faisait éprouver le ton de son mari. ”
“ Ce fut Paul qui vint lui ouvrir. — Ainsi, mon enfant, lui dit la pauvre femme, en se laissant tomber sur le divan près duquel le peintre l’avait conduite, tu veux me quitter. Entre ta vieille mère et une étrangère, tu n’hésites pas, ton choix est fait. Ah ! maudit soit le jour où tu es parti pour la Russie ! Mais si je consentais à ton mariage, comment vivrais-je auprès de ta belle-sœur ? Elle ne me pardonnerait jamais cette faiblesse. — Vous viendrez demeurer avec nous, répondit Paul, en s’agenouillant devant Mme Meyrin. Soyez-en certaine, Lise et moi, nous vous aimerons pour tous. ”
“ Lise Olsdorf était superbe d’énergie en s’exprimant de la sorte. Paul la contemplait avec admiration. Jamais il ne l’avait vue plus belle, plus désirable ! — Vous ne répondez rien, reprit-elle ; je ne me trompe donc pas ! — Oh ! si, vous vous trompez, madame, vous vous trompez entièrement. Oui, certes, je vous aime follement, cela est vrai, mais cet amour est une de ces passions fiévreuses qui naissent aux seuls cœurs des artistes amants du beau. Il est en moi un concert de toutes les sensations. Vous n’êtes pas seulement, pour l’homme épris, la femme désirée ”
“ C’est que tout s’était enchaîné avec une logique fatale dans les actes du mari de Lise Barineff. Il n’avait pu songer un instant, lui, l’époux irréprochable jusque-là, à passer pour l’amant de la première fille venue, qu’il aurait si aisément trouvée à Paris, pour jouer dans cette étrange aventure le rôle qu’on lui eût offert. S’il s’était arrêté au choix d’une complice aussi indigne, personne, peut-être, n’aurait cru à sa faute, qui eût été d’ailleurs trop excusable aux yeux du monde. ”
“ C’était un événement dont la noblesse de Saint-Pétersbourg avait dû se préoccuper, en se livrant à tous les commentaires imaginables, pour s’expliquer comment le divorce avait été prononcé contre le mari et non contre la femme, dont tout le monde connaissait la faute. Alors pourquoi Pierre avait-il voulu paraître coupable, coupable pour elle et par elle, s’il ne l’aimait pas ? C’est ce que Véra ne pouvait saisir, dans son ignorance de la loi et des conséquences qu’avait eues la conduite de celui qui s’était si complètement emparé de son âme. ”
“ J’ignorais tout ce que vous venez de me dire et je vous crois comme si Dieu lui-même me parlait, mais si, moi, son père, je ne doute pas de sa pureté, les autres, ceux qui savent tout ce qui s’est passé là-bas, dans ce Paris maudit, croiront-ils encore que Véra Soublaïeff est toujours une fille sage ? Que deviendra-t-elle ? Quel homme soucieux de son honneur voudra désormais en faire sa femme ! Ah ! Pierre Alexandrowitch, tout en respectant ma pauvre enfant, vous ne l’avez pas moins perdue ! Pierre Olsdorf avait baissé la tête. ”
“ Marthe m’a appris une chose que j’ignorais : la séparation de corps ne dure qu’autant que le veulent les deux époux ; elle est révocable à leur gré et cesse par le seul fait de leur réunion volontaire, sans l’intervention d’un juge, ni l’accomplissement d’aucune formalité. — Je trouve cela fort juste ! — Oui, poursuivit Mme Meyrin avec amertume, le mari trompé a le droit, s’il pardonne à sa femme, de lui rouvrir sa maison, de lui rendre ses enfants. Il n’a pas besoin de l’autoriser à porter de nouveau son nom, puisqu’elle ne l’a jamais quitté. Par un seul baiser, tout est effacé. ”
“ Rassuré sur le sort de sa fille, il ne vit plus que les souffrances du maître qui s’humiliait devant lui. Il était loin de supposer que Pierre Olsdorf fût épris de Véra, et moins encore que celle-ci l’aimât. Une semblable idée n’aurait jamais pu naître dans son esprit. Il ne songeait qu’au malheur qui venait de fondre sur la maison Olsdorf, si universellement respectée. La faute commise par la princesse, que tout le monde aimait à Pampeln, lui semblait inexplicable, et il plaignait du fond de son âme ce grand seigneur si indignement trompé par celle qu’il avait élevée jusqu’à lui. ”
“ Mon fils ! mon fils ! s’écria Mme Meyrin en s’élançant vers le peintre qu’elle saisit entre ses bras. Te battre, toi ! Et c’est mon refus qui te pousserait en face de cet homme ! De l’encre, une plume ! Ce consentement, je te le donne. Dicte, dicte bien vite ! Te battre, toi ! Et c’est moi, ta mère... La brave créature, entremêlant ses paroles de baisers, entraînait son fils vers une table placée dans un des angles de l’atelier. C’est immédiatement qu’elle voulait rédiger son autorisation. L’artiste se conforma à ses désirs et lui dicta les quelques lignes nécessaires. ”
“ Il vous restera la honte d’avoir accepté un vieillard pour adversaire, et vous serez bien forcé ensuite de quitter Pampeln. Le brave Podoï ne se doutait guère qu’en ce moment celle qui portait son nom disposait si facilement de sa vie. Il est vrai que la générale savait qu’elle n’avait besoin de consulter son mari dans aucun cas, et qu’en cette circonstance délicate elle le trouverait, comme toujours, disposé à tout ce qu’elle ordonnerait. Fort embarrassé, ne sachant comme se tirer de ce véritable guet-apens, Paul Meyrin gardait le silence. ”
“ Mais Sarah, jalouse autant qu’envieuse, se douta bientôt de ces infidélités légitimes ; sa haine pour Mme Meyrin s’en accrut et, ne songeant plus qu’à brouiller les deux époux, elle envoya un matin, rue d’Assas, le billet anonyme qui ne pouvait manquer de lui faire atteindre son but. Après cet acte aussi lâche qu’infâme, elle s’en vint gaiement à l’atelier, où par un machiavélisme bien féminin, elle fut plus tendre que jamais. Il fallait que le soir même, au moment où sa femme lui ferait la scène qu’elle espérait, Paul fût encore sous le charme des caresses ardentes de sa maîtresse. ”
“ Il semblait du reste qu’il était bien qu’il en fût ainsi, car Lise restait la femme que le général Podoï lui avait dépeinte : douce, aimante, sans inquiétudes, sans jalousie. Son mari était surtout pour elle un ami ; ni son cœur ni ses sens ne paraissaient en demander davantage. Donc tout était pour le mieux, et la comtesse Barineff, justement fière de son œuvre, en jouissait avec orgueil, lorsqu’un jour le brave Podoï vint lui rappeler la promesse qu’elle lui avait faite d’accepter son nom après le mariage de sa fille. ”
“ Prétextant qu’il exécutait un panorama avec deux de ses confrères dans un atelier du boulevard Monceau, il était forcé, disait-il, de consacrer à cette œuvre la plus grande partie de ses journées. Lise le croyait, mais, pour elle, les heures se faisaient interminables, malgré la présence de la fillette ; et comme, lorsque le soir, elle questionnait Paul sur la marche de ses travaux, il lui répondait à peine, elle cessa bientôt de l’interroger et accepta ce douloureux isolement, tout en sentant naître en elle les révoltes de l’orgueil, en même temps que la jalousie la mordait au cœur. ”
“ C’est de la folie ! Que tu aies trompé ton mari, cela te regarde seule peut-être, mais que tu deviennes Mme Paul Meyrin après avoir été princesse Olsdorf, voilà ce qui ne sera pas ! Comment, j’aurai vécu vingt ans avec cet objectif unique : faire de toi une grande dame, et je te verrai transformée en une bourgeoise ! Jamais ! M. Meyrin est un misérable qui, après t’avoir aimée par vanité, ne veut t’épouser que par spéculation. Tu peux compter sur moi pour le lui dire ! La princesse s’efforça vainement de calmer sa mère. ”
“ Monsieur, lui dit-elle froidement, en dirigeant son arme vers lui, un article du Code français excuse, à ce qu’il paraît le meurtre, par le mari, de l’épouse surprise en flagrant délit d’adultère ; peut-être excuserait-il également, dans le même cas, le meurtre de l’époux par sa femme légitime. Je vous défends de m’adresser la parole avant que cette fille soit partie. Le Roumain n’était point un lâche : néanmoins il s’arrêta brusquement. La physionomie de Lise trahissait une implacable résolution. Elle était bien l’expression vivante de cette race slave indomptée dont il la croyait issue. ”
“ Elle savait que c’était là le seul point vulnérable de la jeune femme, qui, malgré son fol amour pour Paul, ne parlait de son fils qu’avec tendresse et les yeux remplis de larmes. Elle ne se pardonnait pas d’être séparée de lui, lorsque la passion, en absorbant son être, ne lui faisait pas tout oublier. Grâce à ces confidences, l’intimité de Lise Olsdorf et de Mme Marthe Daubrel se resserra de jour en jour, et bientôt la princesse, épouse adultère, heureuse de sa faute, eut pour amie dévouée cette petite bourgeoise séparée de son mari et qui se repentait. ”
“ Dès le lendemain de cette rencontre qui avait fixé leur sort, le peintre avait commencé le portrait de Lise, et tout le monde, Pierre Olsdorf le premier, s’intéressait à cette œuvre qui promit bientôt d’être remarquable. Sous l’empire de sa passion, Paul Meyrin avait d’abord voulu peindre la princesse en Diane chasseresse, les cheveux relevés à la grecque, les épaules nues, les seins à peine voilés ; mais à la vue de l’esquisse de cette toile, la jeune femme eut peur ; il lui sembla que tout y trahissait déjà l’amour de l’artiste, et elle le supplia de ne pas poursuivre ce travail. ”
“ Meyrin était trop artiste pour ne pas rendre hommage à la beauté de Véra, que la princesse avait tendrement embrassée, et pensant qu’il ne pouvait que lui faire plaisir, il lui dit en se rapprochant d’elle : — Quelle jolie jeune fille ! Je croyais que dans ce pays, seules les femmes de votre monde pouvaient être aussi complètement belles. — Vous voyez que vous vous trompiez, monsieur, fit Lise d’un ton un peu sec. Véra est, en effet, fort jolie. Elle n’est ni moins sage, ni moins modeste, et je l’aime beaucoup. ”
“ Véra dit un geste énergique d’affirmation. — Oh ! je sais qu’il en a toujours été ainsi, continua Mme Meyrin. Vous êtes une noble fille et une sainte créature. Dieu ne pouvait mettre auprès des miens un plus digne protectrice. Je lui demanderai dans mes plus ardentes prières de ne jamais les séparer de vous. Jurez-moi de me remplacer toujours, non pas parce que je m’éloigne, mais parce que je ne vivrai pas longtemps. — Madame la comtesse ! s’écria la fille du fermier, en couvrant de baisers les mains de Lise qui serrait convulsivement les siennes. ”
“ Les renseignements que Mme Daubrel avait obtenus de Véra Soublaïeff ainsi qu’à l’ambassade de Russie sur le prince Olsdorf étaient exacts, autant du moins qu’il est possible de savoir où se trouve un voyageur dont on ne reçoit des nouvelles que de loin en loin, qui va et vient sans but bien déterminé, n’ayant qu’un guide : sa fantaisie, qu’un désir : oublier. Comme si, lorsqu’on s’éloigne, on n’emportait pas tout avec soi : haine, amour, souvenirs, remords ! ”
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