Jehan de Kellec

À Lesbos (1891)

Résumé

Jehan de Kellec À Lesbos (1891)

Le parfum des bouquets humides de rosée se mêlait aux senteurs capiteuses de l’atelier.
Laurence s’affaissa au milieu de ce lit odorant.
Andrée s’agenouilla.
Au loin, l’orage grondait.
Tout près, chez un voisin, on entendait les sons mélodieux d’un orgue.
Les éclairs partaient du haut des buttes, passaient à travers le vitrage et mettaient leurs reflets multicolores sur les vieux bahuts ou sur les antiques tentures.
Quelquefois, ils se jouaient dans les cheveux des deux femmes, inclinées l’une vers l’autre.
Elles n’avaient pas peur.
Le monde ne comptait plus pour elles.
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Jehan de Kellec À Lesbos

Au fond de l’atelier, le bruissement de voix, entremêlées de baisers, semblait un souffle aérien.
Et le duo d’amour reprenait, en un poème toujours nouveau.
Laurence, saisie d’une douce langueur, se laissait lutiner par Andrée, qu’aucun exploit ne pouvait lasser.
Entre les caresses brûlantes des instants d’abandon, on formait mille projets pour l’avenir.
Et ces deux femmes, des désespérées, aux bras l’une de l’autre exposant leur luxuriante nudité, en des poses lascives, à la fraîcheur du soir, oubliaient, dans le fiévreux délire des sens, non encore apaisés, la déception du passé.
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Jehan de Kellec À Lesbos (1891)

Si Andrée ne souffrait pas de la misère, c’était au dévouement maternel qu’elle le devait.
Si elle parvenait à s’instruire, c’était grâce aux efforts incessants de madame Fernez.
Mais la lutte devenait de plus en plus difficile.
L’homme, cet être soi-disant fort, n’était plus qu’une inutilité dans son existence.
Quoique d’un caractère très gai, Andrée était parfois pensive ; le chagrin la mûrissait avant l’heure ; aussi préférait-elle se mêler à la conversation des grandes personnes, surtout à celle des femmes, qu’à la compagnie bruyante des enfants de son âge.
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