Jacques Garnier

Résumé

Jacques Garnier Revue des Deux Mondes

Une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, obéit à des lois de construction, d’harmonie et de perspective, qu’il n’est pas permis de rejeter si l’on veut que l’œuvre soit durable. Le roman en particulier exige une proportion dans les détails, une subordination des personnages secondaires aux personnages principaux, un enchaînement logique des situations, qui constituent l’unité et l’intérêt de l’action. Toute œuvre romanesque conçue en dehors de ces lois élémentaires pourra devoir un succès momentané à la mode, au scandale ou à la curiosité, mais elle ne vivra pas.
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Jacques Garnier Revue des Deux Mondes

Les héros imaginaires qu’un romancier tire de son cerveau comme des abstractions nous paraissent dépourvus de vie et ne nous plaisent plus. Nous estimons que dans les œuvres de l’esprit, comme en peinture, il faut en revenir à l’étude du modèle vivant ; les tableaux de convention et une nature de seconde main ne suffisent pas à nous contenter.
Est-ce à dire qu’ainsi compris, le roman soit condamné à n’être plus qu’une copie vulgaire de la réalité ? Non, car l’écrivain est toujours obligé de faire un choix parmi les matériaux que lui fournit l’étude de la nature
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Jacques Garnier Revue des Deux Mondes

Brouillard sur les marais d’Essex, brouillard sur les collines de Kent... Brouillard dans les yeux et la gorge des antiques pensionnaires de Greenwich, somnolens au coin du feu ; brouillard pinçant cruellement les orteils et les doigts du petit mousse qui grelotte là-bas sur le plat-bord du bateau... Les gens qui se hasardent sur les ponts et plongent un regard par-dessus le parapet dans le brouillard d’en bas sont enveloppés eux-mêmes de brume et apparaissent comme s’ils étaient en ballon, suspendus au beau milieu d’un nuage [2] ...
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