Résumé

Portrait de F. Brunetière F. Brunetière Revue littéraire - A propos de Charles Dickens

Ce qui n’est guère moins caractéristique des romans et du tempérament littéraires de Dickens que l’art de provoquer le rire, c’est le don de faire couler les larmes. Rien de plus rare, on le sait, ni de plus particulier qu’une telle alliance. Ceux qui nous font rire ne nous font point pleurer ; et, pour ne pas sortir d’Angleterre, si Thackeray, si Sterne, si Fielding, si Swift, si Addison et généralement tous les grands humoristes ont excellé dans la caricature, on pourrait avancer que, généralement aussi, le plaisir de railler a tari en eux jusqu’aux sources de celui de sentir.
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Dickens l’est toujours demeuré. Dans une société très aristocratique, ni ses succès n’ont adouci l’amertume des souvenirs qu’il a toujours gardés de sa misérable enfance, ni son talent ou son génie, si l’on préfère ce mot, n’ont jamais triomphé d’une ; certaine vulgarité de son éducation première. Il aimait du mélodrame les émotions fortes, comme il aimait du roman d’aventures jusqu’aux invraisemblances. Faut-il être Anglais pour cela ?
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Nous sommes en effet les esclaves des formes verbales où, de génération en génération, la race, définie par son histoire plutôt que par sa physiologie, a consigné le dépôt de ses expériences, de ses sensations, et de ses idées. Mais, la langue mise à part, Dickens est surtout un romancier européen, et, comme nous le disions, la fortune qu’il a faite, que n’ont point faite Bulwer, ni Thackeray, ni Disraeli, ni même George Eliot, c’est justement qu’étant moins Anglais qu’eux, la nature de son art s’est trouvée répondre à quelque chose de moins national, et de plus universel.
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