“ C’est que la parodie nous délivre d’admirer les autres, au lieu que la comédie nous délivre de nous admirer nous-mêmes ; et ajoutez que la parodie ne distingue point et livre au ridicule tout un homme, alors que la comédie sauve celui qui rit par le rire ; ainsi la comédie ne va point contre le respect, mais la parodie y va toujours, ce qui fait un rire trouble, et un plaisir de sacrilège. ”
Parodie
Définition et enjeux
La parodie désigne une forme d'humour qui imite un style ou un texte pour le détourner, souvent avec ironie ou critique. De nombreux auteurs l'ont analysée comme un miroir déformant de la réalité : Alain oppose la parodie à la comédie, soulignant son rôle de « rire sans liberté », tandis que Shakespeare la considère comme un outil pour ridiculiser les autorités.
Théophile Gautier, lui, en dénonce l'absence de divertissement, et Auguste Bussière la présente comme une « forme de la critique ». Ces approches révèlent la parodie comme un enjeu esthétique et sociétal, où le grotesque devient un levier de réflexion.
Citations sur “parodie”
“ Chacun reconnaît que l’artifice peut s’y faire voir et que les costumes d’un autre temps, et même fantaisistes, n’y nuisent point. Mais je dis bien plus, je dis qu’ils y sont nécessaires, comme pour rappeler à chaque instant que le vrai humain n’est pas sur cette scène, ni humilié par ces farces et ces coups de bâton. C’est l’importance vide qui y est, et nôtre, mais sans nous, et par nous jugée. Au lieu que dans la parodie, c’est l’importance encore, mais non pas nôtre ; victoire facile d’en rire, mais aussi c’est rire sans liberté. La parodie n’est donc que la moitié de la comédie. ”
F. Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Mais, quand la vie serait ainsi perpétuellement mêlée de comique et de tragique, ce serait affaire au roman de la représenter dans sa complexité, non pas au théâtre, qui en est bien moins une imitation, à vrai dire, ou une reproduction, qu’une interprétation : parodie, comme dans le vaudeville ; satire, comme dans la comédie ; idéalisation enfin comme dans le drame. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 décembre 1872
“ On voit bien ici, en passant tour à tour du texte aux dessins, comment le comique est une partie du grand art, combien il peut être profond, à quel point il diffère de l’esprit léger, qui n’en est que la parodie, tout ce qu’il comporte de poésie vraie. ”
Jules Coulet, Études sur l'ancien poème français du Voyage de Charlemagne en Orient (1907)
“ Ce qui nous empêche de le concevoir comme une parodie de l'épopée ou comme une satire de la société chevaleresque, c'est qu'il est impossible d'y reconnaître un parti pris constant et l'expression formelle des goûts, des sentiments et des idées, au nom desquels serait faite cette parodie ou cette satire. Il est impossible de démêler ce qu'attaque l'auteur et pourquoi il combat. ”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ La parodie, qui ne recule pas devant la majesté suprême et qui objecte Satan à Dieu même, a bien le droit d’attaquer les pompes et les dignités purement humaines. Tous ces représentants de l’autorité terrestre, le prince, le magistrat, l’homme de guerre, l’homme d’État, provoquent l’ironie par l’inanité de leur prestige et le néant de leur gloriole. Eh bien ! c’est cette ironie fatale qui continuellement oppose la partie bouffonne à la partie épique de Henry IV. Étudiez de près ce drame, et vous reconnaîtrez que la comédie y parodie sans cesse la tragédie. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ De là ressort un piquant contraste : l’assemblée de 1593 débute par des prétentions sérieuses et finit par le ridicule ; la Satire Ménippée commence au milieu des bouffonneries et s’achève par un morceau grave et entraînant. C’est la satire qui est une parodie pendant le prologue, c’est la réalité qui se trouve être une parodie au dénouement. Tel est le jeu et aussi la leçon de l’histoire. ”
Émile Montégut, Les nouveaux Romanciers - MM. Gustave Droz…
“ La plupart des sujets de ces légers croquis appelaient le trait sec du caricaturiste, le dessin outré de la charge, la rieuse insolence de la parodie, la pointe acérée de la satire, et voici, surprise charmante, que nous les trouvons revêtus des tendres couleurs de l’aquarelle et de la brillante poussière du pastel. Rarement l’ironie a été émoussée d’une main plus habile et transformée presque en son contraire par une plus heureuse hypocrisie du talent. ”
Auguste Bussière, Revue des Deux Mondes
“ Ce n’est pas d’harmonie, de pureté de lignes, d’ordre ni de continuité, qu’il s’agit dans une caricature. La parodie n’existe pas pour elle-même, ni par elle-même : elle est parasite. Elle n’a pas pour objet le relief de sa propre beauté, mais le relief du ridicule étranger qu’elle veut mettre en vue. Sa beauté à elle, c’est le laid, c’est la difformité qu’elle a empruntée (elle la prête quelquefois) à une création plus noble et plus régulière. Elle vit de caprices et de contrastes grotesques, d’accouplemens contre nature, de déviations et de monstruosités de tout genre. ”
“ Mais la parodie peut aller plus loin et présenter, de même que la comédie, le jeu naïf des passions sans hypocrisie ni frein ; elle est alors comme une satire gaie. Toutefois le vrai mouvement de la comédie ne s’y retrouve point, parce que le propre de la satire est d’attacher les travers, les vices et la sottise à un personnage véritable, ce qui nous réduit au plaisir mélangé de rire des puissants, et en tout cas de rire des autres. Or on peut bien se moquer d’un bouffon qui ne sait pas faire rire ; mais chacun comprend que ce rire n’est plus le rire ”
Théophile Gautier,
Les Grotesques
“ Nous avons vu la parodie de toutes les pièces représentées avec succès depuis une dizaine d’années, et bien qu’il y ait au fond de l’homme le moins envieux du monde un petit sentiment de malveillance qui lui fasse écouter avec une certaine satisfaction des plaisanteries sur une tragédie ou sur un drame en vogue, nous devons avouer n’y avoir jamais pris le moindre divertissement. ”
Alcide Darras, Traité théorique et pratique de la contrefaçon (1895)
“ Une parodie, du moment où elle se tient dans les limites que sa nature comporte, n'est qu'une forme de la critique, plus vivante et d'une portée plus grande que celle qui s'exerce par la voie de la presse et du livre ”
Daniel Stern, Dante et Goethe : dialogues
“ C'était le sentiment des inventeurs de la parodie, de ces Grecs si pleins de goût et de mesure, qui, dans leurs représentations théâtrales, exigeaient, après la trilogie du destin tragique, la comédie, la satire des héros et des dieux. ”
Émile Bayard, Le style moderne : l'art de reconnaître les styles (1919)
“ Toutes les réactions, comme toutes les expressions à contre-pied, sont aisément originales et non point forcément admirables. La parodie est un genre facile, et il faut pour réaliser une beauté définitive, laisser le temps d'évoluer à l'erreur et au tâtonnement, de la nuit au crépuscule, jusqu'à l'aube éblouissante de la trouvaille. La beauté doit gravir son cycle d'épreuve, depuis le geste initial d'anéantissement du chef-d'oeuvre passé jusqu'à la précision du chef-d'oeuvre nouveau. ”
Jules-Antoine Moilin, Paris en l’an 2000
“ D’un autre côté, quand la nouvelle ou le personnage du jour prêtent tant soit peu à la parodie, on les représente en charge, on les mime, on les chansonne en ajoutant des détails burlesques, des réflexions saugrenues, et l’on compose ainsi des scènes tellement bouffonnes, tellement désopilantes qu’elles excitent chez les plus moroses de longs éclats d’un rire inextinguible. ”
Paul Verlaine,
Œuvres complètes de Paul Verlaine…
“ La romance, déjà pas mal ridicule essentiellement, prend des proportions de parodie à perte de vue dans ces honnêtes bouches où les rogommes passés et les actuelles bronchites accumulent les notes les plus étonnantes. ”
Charles de Rémusat,
Revue des Deux Mondes
“ La satire, la fiction, la parodie, la moquerie qui essaie d’être légère, sont des moyens d’effet que l’écrivain ne s’interdit pas et que Junius dédaigne, et l’on pourrait douter de l’identité, si l’éditeur, qui en savait peut-être plus qu’il n’en dit, ne l’affirmait pas. ”
Népomucène-Louis Lemercier, Cours analytique de littérature générale… (1817)
“ Son épigramme est une arme de la critique, utile à la littérature, et doit à nos mœurs polies de piquer seulement les personnes sans les blesser, et de n'attaquer que le ridicule général. L'orgueil qui s'irrite de ses railleries les mérite d'autant plus qu'il lui prête le flanc par une vanité puérile. La parodie tue les mauvaises productions, et vivifie le succès des bonnes. ”
Pierre-Maxime Relave, Rodolphe Töpffer : biographie et extraits… (1899)
“ La parodie, en effet, fane ou déconsidère ce qu'elle traduit en charges piquantes, et si, à la vérité, elle est heureuse à faire toucher au doigt les fautes d'art, je ne sache point qu'elle recule devant les travestissements des caractères les plus grands, des passions les plus nobles ou des actions les plus vertueuses. ”
Léopold Laluyé, Poésies (1872)
“ D'abord, est-ce une comédie, Un drame que l'on voit jouer? C'est plutôt, il faut l'avouer, Une mauvaise parodie. Et quels acteurs ! de vrais pantins ! Les uns gonflés, les autres vides, Mais tous acharnés, tous avides A satisfaire leurs instincts. ”
Napoléon Fourgeaud-Lagrèze, La petite presse en province (1869)
“ La parodie, imitation burlesque, caricature en quelque sorte d'un ouvrage, par l'exagération qu'elle fait des défauts de cet ouvrage, se rapproche plutôt de la satire littéraire que de la critique. Cependant toutes les parodies n'ont pas pour but de ridiculiser les écrits parodiés: elles ne sont le plus souvent qu'un simple jeu d'esprit, un innocent badinage, très amusant lorsqu'il est bien réussi et qu'il n'est pas trop prolongé. Il convient tout-à-fait au petit journal. ”
Alphonse de Lamartine,
Méditations poétiques
(1907)
“ Qu'espérer de la poésie d'une nation qui ne donne pour modèle du beau dans les vers à sa jeunesse que des poèmes burlesques, et qui, au lieu de l'enthousiasme, enseigne la parodie à des cœurs et à des imaginations de quinze ans ? ”
Edmond de Goncourt,
La femme au dix-huitième siècle
“ Il fallait que l'amour devînt une tactique, la passion un art, l'attendrissement un piége, le désir même un masque, afin que ce qui restait de conscience dans le cœur du temps, de sincérité dans ses tendresses, s'éteignît sous la risée suprême de la parodie. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ La parodie trouva un élément inépuisable dans les invraisemblances et le ton trop souvent héroï-comique du théâtre classique, de même que dans les exagérations fougueuses du romantisme ; elle montra leurs ridicules. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ La parodie est une forme du burlesque. Tous deux sont de la satire, quand leur but est de critiquer, pour attirer l’attention sur une erreur, un travers quelconque, en soulignant ce qu’ils ont de ridicule. Mais le plus souvent, le but de la parodie n’est que d’amuser par une imitation bouffonne, un grossissement caricatural, et celui du burlesque, de faire rire par un comique exagéré et trivial. Il faut une tournure d’esprit particulière pour pratiquer le burlesque, et ses auteurs sont peu nombreux. ”
Jean-François Marmontel,
Mémoires
(1846)
“ « A l'égard de la parodie, il est de toute fausseté qu'elle ait été faite aux soupers ni dans la société de mademoiselle Clairon. J'atteste même que chez elle jamais je n'ai entendu dire un seul vers de cette parodie ; et si depuis qu'elle est connue on y en a parlé, comme il est très-possible, ce n'a pas été devant moi. II Voilà, monsieur le duc, quatre assertions que je vais écrire et signer sur votre bureau, si vous voulez bien me le permettre ; et soyez bien sûr qu'âme qui vive ne vous prouvera le contraire, ni n'osera me le soutenir en face et devant vous. » ”
Auguste Bussière, Revue des Deux Mondes
“ Ce qu’il faut dans un livre dont le commencement, le milieu et la fin prétendent à former un tout régulier, c’est que chaque chose ait sa raison et soit à sa place ; c’est que les parties soient liées et combinées entre elles, de manière à faire ressortir l’harmonie de l’ensemble, et viennent converger, suivant des courbes différentes, mais nettes, pures et bien proportionnées, vers le but que l’auteur s’est proposé. La parodie, au contraire, est affranchie de ce soin, de ce culte de soi-même. ”
Voltaire,
Correspondance, VIII (1759-1760…
“ Et sifflez en secret la pièce et les acteurs ; Mais de vos beaux esprits la cervelle étourdie En a joué la parodie. Vous imitez les rois : car vos fameux auteurs De se persécuter ont tous la maladie. ”
Pierre-Maxime Relave, Rodolphe Töpffer : biographie et extraits… (1899)
“ En effet, avec ses avantages propres de plus grande concision et de plus grande clarté relative, la littérature en estampes, toutes choses égales d'ailleurs, battrait l'autre, par cette raison qu'elle s'adresserait avec plus de vivacité à un plus grand nombre d'esprits, et par cette raison aussi que, dans toute lutte, celui qui frappe d'emblée l'emporte sur celui qui parle par chapitres. La parodie, que l'on tente quelquefois sous différentes formes, et que l'on peut tenter en estampes aussi, n'est pas cette arme dont nous disons ici que, bien maniée, elle serait victorieuse. ”
René Crevel, Le Clavecin de Diderot (1932)
“ Ainsi, tourne-t-elle en rond, nourrie de mythes les plus miteux, elle qui, active, pourrait enfin rendre possible une vie qui ne serait plus, en faits et gestes, paroles et pensées, la parodie grotesque de ce qui fut. ”
Bernard Jullien, Petit traité de rhétorique et de littérature (1853)
“ La parodie" en général, est une sorte d'allusion maligne aux expressions , aux phrases , aux discours d'un auteur Elle s'étend quelquefois à une pièce entière et devient ainsi une véritable comédie d'une certaine espèce. Le titre de l'original, les noms et les rangs des personnages sont conservés ou changés de manière à ce qu'on les reconnaisse; l'action, l'intrigue, la catastrophe reviennent aussi. Seulement on tourne en ridicule l'action la plus noble et les incidents les plus tragiques. ”
Gustave Kahn,
La Femme dans la caricature française…
(1911-1912)
“ Le rire philosophique que pourrait susciter la caricature d'un ordre élevé est encore incomplet, avec de belles ressources de parodie, avec des moyens sûrs d'exciter l'hilarité il serait réduit aux mêmes études, à l'expression des mêmes passions, et risquerait de devenir monotone, si le jeu des passions simples ne l'alimentait avec une abondance énorme. ”
Léon Escudier,
Dictionnaire de musique théorique et historique
(1872)
“ Le mot 'parodie en musique n'a aucun rapport avec la parodie qu'on représente au théâtre, et qui est l'imitation grotesque, bouffonne et critique d'un drame sérieux. PAROLIER. Ce mot, dont Castil-BIaze a fait le premier l'application, exprime parfaitement un auteur de paroles, de livret, un librettiste enfin, c'est-à-dire celui qui compose le poëme d'un ouvrage lyrique : opéra, opéracomique, oratorio, ode-symphonie, etc. ”
Henry Murger,
Propos de ville et propos de théâtre…
(1858)
“ L'époque est surtout propice aux exagérations du grotesque et aux extravagances de la parodie. De même que l'acteur qui a le plus de succès est celui-là qui sait le mieux faire subir au masque humain toutes les difformités de la grimace, les œuvres qui exercent sur la foule l'attraction la plus puissante sont celles où la vérité humaine est le plus violemment contorsionnée. Au théâtre, les ouvrages sérieux ou d'apparence sérieuse attirent bien le public., mais on pourrait croire qu'il y vient plutôt par curiosité, par désœuvrement, que par goût. ”
Théophile Gautier,
Les Grotesques
(1856)
“ Nous concevons la parodie dans le sens critique, c'est-à-dire au moyen d'une certaine exagération humoristique des défauts de l'œuvre qu'on travestit, qui en fait ressortir le ridicule ou le danger, comme le Don Quijote, quand il parle des Amadis de Gaule, des Galaor, des Agesilan de Colchos, des Lan-celot du Lac, des Esplandian et des autres romans de chevalerie. ”
Léonce de Lavergne,
Dictionnaire encyclopédique usuel…
(1858)
“ Ses Elégies sont des chefs-d'oeuvre de sentiment. On lui doit encore les Scandinaves, les Déguisements de Vénus, les Tableaux, les Fleurs, et trois poëmes, dont le plus célèbre est la Guerre des dieux. La licence de ces derniers ouvrages l'écarta longtemps de l'Institut. Il y fut reçu en 1803, et mourut en 1814. PARODIE (du grec parodia, composé de para, contre, et de ode, poëme, chaut, c'est-à-dire contre-chant) , imitation bouffonne d'un ouvrage sérieux que l'on veut tourner en ridicule. La parodie n'était pas étrangère aux Grecs. ”
“ Il aurait évité le reproche que tenteront de lui faire ses ennemis, d'avoir tiré un bénéfice matériel d'une situation à laquelle c'était seulement de la gloire qu'il y avait à demander,—reproche auquel il va sans doute répondre victorieusement, ne pouvant souffrir que l'histoire, au lieu d'une similitude, ait à enregistrer une parodie. ”
Du système des doctrinaires .… (1831)
“ Huit mille hommes tués ou blessés, c'est un fort beau dénouement. Il n'y a pas là de quoi perdre son aplomb. La leçon est un peu forte, mais dieu merci, la pièce est terminée, il n'y aura plus de leçon donnée. Peuple, retire-toi, tu en as pour ton argent. Une nouvelle direction est formée, les mêmes acteurs reparaissent, ils annoncent la même pièce, mais ils ne veulent pas de dénouement, le peuple y était de trop. Il leur faut des spectateurs qui applaudissent. Applaudissez-donc vous tous qui assistez à la parodie, aussi bien, c'est toujours par une parodie que finit une pièce curieuse. ”
