“ Et que Dieu juge un jour ceux qui jugent les hommes ! » Hop ! Hop ! L’aube teinta le bord des cieux blondis... — « Des murs, là-bas, vois-tu ? — Non, c’est un bois qui houle... — À qui le sauvera je rends mon paradis ! » Le jour montait. — « J’entends les clameurs de la foule, Des voix, des pas, le son des cloches au lointain ! — Madame, c’est le bruit d’un grand fleuve qui coule. » Ils vont, l’aurore, ouvrant ses tentes de satin, Pose à leurs cheveux froids des baisers de rosée, Et la ville apparaît dans l’air flou du matin. ”
Edmond Haraucourt
Résumé
L’Âme nue, poème d’Edmond Haraucourt, explore les thèmes de l’existentialisme, de la confrontation entre l’individu et la société, ainsi que la quête d’un sens profond dans un monde déshumanisé.
À travers des images de la nature, du mouvement et de la dualité entre vie et mort, l’œuvre questionne l’absurde du destin, le rôle des désirs et la recherche d’une vérité authentique. Les vers, imprégnés de lyrisme et de tension, conjuguent désespoir et espoir, tandis que des entités comme La Mort et Partout symbolisent les forces impersonnelles qui modelent l’âme humaine.
Citations de L’Âme nue (Edmond Haraucourt)
“ Courir les monts avec les fils des races mortes, Et, nu sous le plein ciel, n’avoir froid qu’à son corps, Et brute, n’avoir peur que des brutes plus fortes ! Encor, toujours, les loups errent sous les forêts ; Les tigres accroupis dans les roseaux des jungles Et les lions couchés au seuil des antres frais Lèchent leur large patte en regardant leurs ongles... Ceux que nous méprisons dorment au grand soleil ; Quand leur chair n’a plus faim leur âme est assouvie. Pas de chimère ! Ils ont l’amour et le sommeil : Dors, aime ! Et c’est assez pour leur bénir la vie ! ”
“ Ont desséché ton cœur jusqu’au mépris du doute ; Si tu n’as plus de vœux pour les bonheurs d’autrui, D’effroi pour tes dangers, de larmes pour tes peines ; Si le mal qu’on te fait glisse sur ton ennui Sans pouvoir secouer le sommeil de tes haines ; Si ton âme embrumée, ô fille d’Ossian, Par un dégoût dont rien ne doit plus la distraire S’est prise pour la mort d’un culte patient : Pourquoi donc as-tu peur de moi ? Je suis ton frère ! Hymen, Hymenæé ! C’est l’heure des baisers... Viens-nous-en : les corbeaux croassent sur les tombes. ”
