“ Pourtant, c’est plus que de l’amitié qui palpite en mon cœur. C’est véritablement, réellement l’amour ! J’aime Riquette, de toutes les forces, de toutes les puissances de mon âme. Ainsi l’ai-je aimée, dès le premier jour de notre rencontre ! Mais, depuis quelque temps, mon corps aussi est tout ému par elle et désire sa chair... Et pourtant, je reste toujours simplement son ami... Je pourrais être son amant. Pourquoi n’ai-je pas cueilli sur la bouche de l’adorée le victorieux baiser ; pourquoi n’ai-je pas, dans une étreinte heureuse, cueilli tout le parfum et tout le régal de sa beauté ? ”
René Emery
Élements biographiques
René Emery, né en 1861 et décédé en 2000, figure emblématique de la littérature française, examine avec acuité les tensions entre l’âme et le corps, l’amour et la sensualité. Son œuvre, marquée par une prose lyrique et introspective, se distingue par des récits où les relations humaines basculent entre le désir et la répression.
Dans Douces amies et Vierges en fleur, il présente des personnages confrontés à des dilemmes émotionnels, oscillant entre l’idéalisation et la réalité des sentiments. Ses textes, riches en symbolisme et en tension psychologique, révèlent une préoccupation constante pour la complexité de l’existence humaine.
Citations de René Emery
“ Sous la longue robe noire, par instants, le corps se dessinait et révélait des lignes d’une beauté superbe. Philbert prit Mopsius par le bras, et tout bas murmura : — Voyez-vous... là, là, sur la terrasse proche, l’astre que vous m’avez prédit, il s’est levé ! Mopsius répondit : — L’étoile que je vois est une jeune femme... d’autres soirs, je l’ai vue, déjà... Peut-être en elle revit la douce reine morte que vous aimez. — C’est elle ! C’est Marie ! Le frisson de mon cœur ne peut pas me tromper. Oh ! venez avec moi. Je veux aller vers elle, tomber à ses genoux. ”
“ Oui, sa voix est la voix qu’on n’entend qu’en songe, le murmure délicieux qui s’échappe en frémissant des lèvres roses d’une fée... Sa voix est lente et douce ainsi qu’une caresse... Lorsque je viens près d’elle, las des luttes de la vie, l’esprit tout martelé par les voix dures, les voix aiguës, les voix lourdes et malfaisantes, elle m’accueille, l’aimée, avec son doux sourire et ses paroles douces. Et tout s’apaise en moi... les détresses d’hier et d’aujourd’hui s’effacent ; je me sens transporté dans l’azur, dans la lumière ; je retrouve le ciel que sa présence me crée. ”
