“ Or, j’ai toléré que Riquette me trompât, sans aucune retenue, sans aucune mesure. Au gré de ses caprices, elle ouvre son lit aux uns et aux autres. Elle s’affiche partout en compagnie de cet acrobate qui est son amant de cœur. Que suis-je, moi ?... l’homme qui paie. Riquette me repousse, quand par hasard je m’abandonne à mon rêve, quand je prends un instant ses mains dans mes mains ; si je veux l’embrasser, elle me ravit les lèvres que je cherche, les dérobe à ma caresse, et ma bouche se perd dans le vide ou dans les ondes fuyantes de ses cheveux. ”
Citations sur “Riquette”
“ Mon amour pour Riquette a survécu à l’épreuve de l’étreinte, Je redoutais cette heure angoissante de la possession ; je la retardais, dans l’épouvante qu’elle sonnerait la mort de ma fraîche et délicieuse affection. Au contraire, il me semble que le lien est maintenant plus fort, plus tenace. Riquette, de son côté, est plus aimante, plus câline. Chaque jour, de deux à quatre heures, nous nous aimons, passionnément, comme des fous, J’aurais voulu vivre avec elle, chez elle, ne jamais plus la quitter. ”
“ Un costumier fameux a fait pour Riquette de vraies merveilles ; et sous les riches costumes, la chère mignonne est vraiment transfigurée, belle et tentante comme les plus somptueuses reines de Paris. Une subvention assez coûteuse que j’ai accordée au directeur, des réclames payées au Figaro, au Gaulois, à l’Écho de Paris, ont obtenu à Riquette, simple débutante, tous les honneurs, toutes les gloires qu’on attribue d’ordinaire aux très grandes artistes. On célèbre ses imaginaires succès anciens. On vante sa beauté, sa distinction, son talent : on exagère un peu. ”
“ Des larmes jaillirent de mes yeux, allèrent tomber dans les yeux de Riquette. Ses bras alors se resserrèrent sur moi avec fougue, m’enlacèrent plus étroitement. Et sa bouche m’accordait le plus affolant, le plus enchantant des baisers. Ce n’était pas une étreinte voluptueuse qui nous unissait en ce moment, non. C’était l’extase sublime, magnifique des cœurs qui se joignent enfin et palpitent dans la communion d’un tressaillement divin. ”
“ Oui, c’est bien cela qui enivre Riquette, c’est cela qui la surexcite. Moi qui connais sa petite âme vaniteuse et frivole, je sais que pour des bravos, des claquements de mains, elle se montrerait nue, sans un voile, sans une feuille de vigne, à l’Univers entier. Elle a l’orgueil de son corps, un orgueil immodéré, immense, insensé. ”
“ Son vice est une mine de diamants et de pierres précieuses... — On dit que ces choses-là ne s’usent pas, clama une voix grasse de cabot ; mais Riquette usera le sien... elle en abuse vraiment... Tout Paris y passera... Riquette revenait à ce moment, emmitouflée dans la soie d’un manteau que sa femme de chambre avait jeté sur ses épaules. J’aperçus les perles : c’était un ruissellement éblouissant sur la gorge rose. Je balbutiai : — Riquette, Riquette, qui donc t’a donné ce collier ?... Ses yeux s’assombrirent, son front se plissa. Un frémissement l’agita tout entière. ”
“ Et le soir, je retournai au concert, résigné, plus que jamais asservi, stupide. Mais, quand, après avoir chanté, Riquette entra dans sa loge, suivie d’un jeune homme qui, sans s’inquiéter de ma présence, se mit à s’emparer des seins de mon amie et à les couvrir de baisers, une folie furieuse s’empara de moi. Je jetai l’homme à la porte, je me précipitai sur Riquette et je m’écriai : — Ah ! j’en ai assez ! On se moque de moi ! Je ne veux plus être votre jouet, votre poire ! Riquette, sans la moindre émotion, murmura : — T’es bête, mon ami... Qu’est-ce qui te prend ? ”
“ Mais, aussitôt, les doigts de Riquette s’abattaient sur mon visage, violemment. Et malgré la douleur, assez vive, que je ressentis, malgré les quolibets de quelques gamins qui avaient été témoins de cette scène, je me sentis, au fond du cœur, ravi. Entre amants, une gifle, c’est la fin de l’orage ; l’instant de la réconciliation est proche. Une voiture passait. J’appelai le cocher : il s’arrêta. Je montai dans la voiture, assez lentement pour permettre à Riquette de m’y rejoindre. ”
“ À cinquante ans, je suis encore aussi robuste, aussi valide qu’à trente... Près de Riquette, je suis frémissant, piaffant : la torture que je m’impose pour ne pas succomber à la tentation est douloureuse. Plus d’une fois, en quittant ma petite Riquette chère, j’ai dû courir chez Mireille, une aimable fille qui a toujours à la disposition des membres de mon Cercle un lot de dix à douze mondaines, pour les cas urgents... ”
“ Il m’arrive parfois d’avouer à Riquette le malaise et la faiblesse que je ressens ainsi. Mais elle rit et me répond : — Pourquoi ne rentres-tu pas, bien tranquillement chez toi. Le souper ne t’amuse pas ; tu es bien bête de t’imposer cette corvée. Puis, je l’avoue, ça n’est pas folichon pour moi, ces tête-à-tête avec un bonhomme qui a l’air de mourir et prend des airs de martyrs qu’on fait cuire à l’huile. J’aimerais mieux venir ici avec des camarades du concert ! ”
“ VIII Riquette est devenue l’étoile des Ambassadeurs. Elle connaît chaque soir les ivresses mauvaises du triomphe, applaudie, acclamée par des forcenés que sa peau affole ; sa peau, ah ! si tentante et si troublante, elle la jette en pâture aux foules ! Elle est presque nue maintenant, lorsqu’elle apparaît devant le public de ce concert d’été. ”
“ Mon vieux, répondit Riquette, je m’assieds dessus, tiens, comme ça ! » Et détachant une rose de la corbeille, elle fit le geste et aplatit la fleur. « Voyons, mon cher, brisez cette liaison dégradante ; cela vous sera facile, puisque vous n’êtes même pas son amant ; du moins c’est elle qui le crie à ses amies, à ses camarades de concert... Je n’ose vous dire à quel point vous devenez ridicule, grotesque. Vous êtes une poire, en un mot !... » ”
“ Cependant je lui ai donné des maîtres de chant et de maintien renommés, qui ont la réputation de transformer rapidement une fille de cuisine ou une gardeuse de dindes en chanteuse de café-concert. Riquette sait qu’elle est très belle, et ne veut devoir son succès qu’à sa beauté : peut-être aussi est-elle paresseuse, nonchalante, sans vraie ambition artistique. ”
“ Depuis deux mois déjà, Riquette me refuse sa chair : elle est impitoyable. Un jeune freluquet de médecin m’a déclaré, avec un air ironique, méprisant, que ma petite amie a besoin d’un repos absolu, au point de vue de l’amour. J’ai rencontré cet individu chez Riquette. ”
“ Mais quelques jours plus tard, la jolie Lise Fleurie s’étant exhibée de la même façon, au concert voisin de l’Alcazar, subitement, tout le succès de Riquette s’évanouit. Le public, qui est absurde, porta ses ovations à sa rivale. ”
“ Riquette semblait inquiète, préoccupée. Quand nous traversions les foules qui, chaque jour, se coagulent à certains points des boulevards, elle me disait : — Ami, fais bien attention : veille sur notre fortune. Les rues sont pleines de voleurs, ne laisse pas enlever ton portefeuille. Que deviendrions-nous ? ”
“ Pourtant, c’est plus que de l’amitié qui palpite en mon cœur. C’est véritablement, réellement l’amour ! J’aime Riquette, de toutes les forces, de toutes les puissances de mon âme. Ainsi l’ai-je aimée, dès le premier jour de notre rencontre ! Mais, depuis quelque temps, mon corps aussi est tout ému par elle et désire sa chair... Et pourtant, je reste toujours simplement son ami... Je pourrais être son amant. Pourquoi n’ai-je pas cueilli sur la bouche de l’adorée le victorieux baiser ; pourquoi n’ai-je pas, dans une étreinte heureuse, cueilli tout le parfum et tout le régal de sa beauté ? ”
“ Nos babils édifiaient les châteaux en Espagne de notre prochaine retraite : nous avions décidé que nous irions au pays du ciel toujours bleu et de la mer d’azur. Nous habiterions, là-bas, une petite villa fleurie comme un nid, et cachée dans les mimosas, les orangers, les roses. — Nous dormirons sur des lits de fleurs, me disait Riquette. Nous effeuillerons des œillets, des tubéreuses, et nous nous aimerons au milieu des parfums. Nous vivrons des rêves, nous nous croirons au paradis des fées. ”
Les vacances de Riquet et Madeleine… (1870)
“ Alors Riquet cria plus fort : — William ! William se retourna, mais continua de marcher en allant à reculons. — Ne peux-tu pas retourner avec moi au bois chercher des perce-neige ? — Non. Mon temps de récréation est écoulé. — Alors j'irai seul, dit Riquet, car j'en ai promis à Madeleine. — C'est bon, dit William, en se retournant pour continuer son chemin. — Il va à ses études, dit Riquet d'un ton de dédain. Il est toujours fourré dans ses études. Je ne voudrais pas être au collége et avoir tant à étudier, quand tous les livres seraient en or. ”
Louis Amédée Decampe, Éloge de Pierre-Paul Riquet : couronné par l'Académie des jeux floraux dans le concours de 1809… (1812)
“ RIQUET laissait crier les malveillans, et leur répondait par des prodiges : heureux s'il n'avait jamais eu que l'envie à confondre et la calomnie à repousser ! Mais la fortune le destinait encore à de plus cruelles épreuves. ”
“ Plus encore que M. Bergeret, j’aime Riquet. Le chien Riquet, Anatole France s’en doute bien un peu, est le plus humain de ses personnages. Il met en Riquet, le malicieux, toute l’humanité instinctive qu’il veut railler. Riquet a « l’âme religieuse. » Il vénère « la salle à manger comme un temple, la table comme un autel. » Il classe naïvement les hommes en bons et en méchants. Il aboie « pour épouvanter les méchants. » Comme la sœur de M. Bergeret, il sait « juger les personnes » et mépriser celles qui sont méprisables. ”
Anatole France,
L’Anneau d’améthyste
“ Riquet connaissait ce sourire. Il vit fort bien que son maître se moquait de lui. C’est ce qu’il n’aimait pas. Il cessa d’agiter sa queue et se mit à marcher la tête basse, le dos rond et les pattes écartées en signe de mécontentement. Et M. Bergeret lui dit encore : — Mon pauvre Riquet, cet oiseau, que tes ancêtres auraient croqué vif, t’effraie. Tu n’as pas faim comme eux ; aussi tu n’as pas d’audace comme eux. Une culture raffinée t’a rendu poltron. C’est une grande question de savoir si la civilisation n’affaiblit pas chez les hommes le courage en même temps que la férocité. ”
Jacques Fernay, Un grand Français du XVIIe siècle…
“ Le cœur de Riquet, si généreux, si oublieux des injures, resta tout attristé de cette trahison.Un jour qu'à Bonrepos sa femme l'interrogeait sur le jeune ingénieur qui n'y avait pas paru depuis longtemps, Riquet raconta toute l'histoire de l'épître au roi.—Là, vous avais-je pas prévenu, monsieur, s'écria sa femme, de vous défier de lui? Mais non, vous ne saurez jamais vous mettre en défiance de qui que ce soit. Et qu'avez-vous fait? demanda-t-elle, comme le chevalier de Clerville avait dit: qu'allez-vous faire? ”
Les vacances de Riquet et Madeleine… (1870)
“ Vous direz tout bas ,à Sara que vous allez faire une course en charrette pour moi et qu'elle peut aller avec vous, si elle veut. Ne restez pas à serrer vos joujoux et vos livres, mais descendez m'attendre dans la cour. — Bien, répondit Riquet. Il se faisait toujours une fête de conduire la charrette, pour aller n'importe où ou pour faire n'importe quoi. Ils retournèrent donc tous deux dans la chambre de Madeleine. Riquet alla donner, à voix basse, son message à Sara, et Lafaine s'approcha de nouveau du lit de la malade. ”
Les vacances de Riquet et Madeleine… (1870)
“ Oh! pour différentes raisons, répondit Lafaine ; et il traversa rapidement la cour à cheval et se dirigea vers la grille. Riquet trottait à son côté, en se tenant à l'étrier.-Pour bien des raisons, dit-il, d'abord il est détraqué et je crains qu'il ne parte pas ; et, s'il part, je crains qu'il ne me jette par terre ; et, s'il ne me jette pas par terre, je crains qu'il ne tue un des hommes; et, s'il ne tue pas un des hommes, je crains qu'il n'atteigne pas l'ours. ”
Jacques Fernay, Un grand Français du XVIIe siècle…
“ Riquet attira ses filles auprès de lui.—Ne me querellez pas, dit-il, ne soyez pas jalouses, mesdemoiselles, continua-t-il en les embrassant; mon canal aussi n'est-il pas un de mes enfants? mais je ne l'aime pas mieux que vous; là, êtes-vous contentes?—Ouais, vous l'aimez trop, monsieur Riquet, dit une voix grondeuse à ses côtés. Vit-on jamais un homme si passionné pour une machine comme ça?Riquet se retourna à cette apostrophe, et vit sa femme qui, assise, tricotait en marquant par des hochements de tête significatifs toute son indignation. ”
Les vacances de Riquet et Madeleine… (1870)
“ Pendant que Riquet était ainsi occupé, Lafaine dit : — Je pense que le Maréchal s'est sauvé de la remise, parce que vous essayiez de lui mettre sa croupière ? - Oui, répondit Riquet d'un air honteux; mais comment savez-vous cela? — Tiens ! je pensais bien que vous voudriez lui passer la croupière. Je vous avais bien dit que vous n'obéiriez pas à mes ordres. Voilà bien les garçons! Ils sont si désireux de montrer ce qu'ils savent, qu'ils gâtent tout ce qu'ils font en voulant trop faire. ”
Les Vacances, récits et aventures… (1870)
“ Comment , dit Riquet , il me semble que tu ne pouvais plus rien faire ? – Oh ! je savais fort bien que si je disais au commis qui j' étais , et comment je me trouvais dans une semblable position , il trouverait moyen de me loger quelque part : il n' y a jamais eu d' hôtel si plein qu' on n' y pût trouver place pour quelqu' un , le cas échéant . J' aurais très-bien pu , à défaut de lit , me coucher sur un des canapés du salon , ou dans le cabinet de lecture ”
Jacques Fernay, Un grand Français du XVIIe siècle… (1884)
“ Et accoudé, il regarda avidement cette eau qui semblait le faire renaître. Elle descendit ainsi longtemps; à la fin Riquet, lassé mais rafraîchi, s'endormit d'un sommeil paisible. —Mademoiselle, déclara le médecin, après avoir tâté le bras de Riquet et considéré attentivement sa physiononie reposée, une détente s'est opérée, le pouls est calme, il est sauvé ! — Dieu soit loué! répondit Marie avec ferveur. Fermez la fenêtre, monsieur. Maintenant expliquez ce qui vient de se passer à maman qui nous regarde avec des yeux agrandis par l'étonnement, continua la jeune fille riant de joie. ”
Jacques Fernay, Un grand Français du XVIIe siècle…
“ Consolé, réconforté par cette voix, celle de sa conscience, Riquet relevait la tête, et se remettait courageusement à son œuvre.Il est bien malheureux, celui qui ne comprend plus le langage de cette compagne fidèle de l'homme, celui qui ne sait plus suivre ses inspirations, ou se consoler avec elle d'une injustice subie. ”
Jacques Fernay, Un grand Français du XVIIe siècle… (1884)
“ Un bûcheron s'avança : — Au nom de tous, dit-il, après avoir consulté du regard les autres prisonniers, au nom de tous, monsieur Riquet, je vous le promets. — Sergent, faites ouvrir les rangs, commanda Riquet, et laissez ces gens en liberté. - Vive monsieur le baron ! crièrent les paysans, tandis que les femmes, pleurant de joie, entouraient Riquet en le comblant de bénédictions. Riquet rendit le poupon à Germaine : — Soignez bien votre mari, lui dit-il, il paraît malade et blessé gravement. — Oh! il l'a bien mérité, celui-là, murmura Pierre en grognant. ”
Jacques Fernay, Un grand Français du XVIIe siècle…
“ Riquet tira de sa poche, sa médaille, et, pour en éviter la peine aux cordeliers, il se mit à lire lui-même la devise, ou plutôt à l'ânonner, car, ne sachant pas le latin, il prononçait tout de travers: terraque-potence-arbitre orbis. Lorsqu'il leva les yeux, il vit les deux cordeliers se consulter du regard; les sourcils du plus grand se froncèrent légèrement, tandis que le petit rougissait encore un peu plus.—Quoi! s'écria Riquet alarmé, cette devise est-elle donc sotte ou impertinente? Y voyez-vous quelque faute? ”
Léon de Wailly, Les vacances de Riquet et de Madeleine (1908)
“ Riquet, après avoir conseillé de les mettre à l'abri, pensa qu'il était temps de songer au dîner, et d'allumer du feu pour faire cuire les œufs et les pommes apportés. — Voilà justement un endroit des plus propices, dit une des fillettes, ce tronc creux qui ressemble vraiment à une cheminée! — Quel dommage que nous n'ayons pas d'allumettes. dit Riquet. — Ramassons d'abord du bois, reprit la fillette ; Lafaine ne saurait tarder, et il a toujours des allumettes dans ses poches. ”
