René Schwob

Élements biographiques

René Schwob Le vrai drame d'André Gide (1932)

Car si Gide essaya d'amuser sur la terre l'insatisfait appétit de son âme, c'est vraiment Dieu que l'Enfant prodigue nous convia à chérir ; que lui-même ne se doutait pas qu'il poursuivait, loin des liens familiaux, jusqu'au fond du désert.
Ce dont l'œuvre de Gide — et singulièrement ce traité — par l'absurde nous convainc, c'est donc que le bonheur ne se livre qu'à celui qui ne le cherche pas ; que celui qui le désire pour lui-même, il aboutit à la détresse d'Œdipe ; qu'il importe enfin de n'aspirer qu'au plus entier sacrifice de soi.
Source : Gallica

René Schwob Le vrai drame d'André Gide (1932)

Etre à soi-même un parfait univers, hélas ! et d'apparences qui se suffisent, les Faux-Monnayeurs vont, mieux encore que les Caves, établir que c'est là l'inéluctable : être un miroir qui se promène.
La vie enfin n'est plus devant Gide qu'un décor défoncé ; où l'on se tue, sans doute, où l'on fait semblant encore de s'aimer, mais comme dans un rêve solitaire.
Et l'ennui d'un monde partagé entre les convenances et le goût du plaisir, voilà ce que les Faux-Monnayeurs, mieux qu'aucun livre de morale ou d'apologétique établissent : un univers inhabitable parce que l'homme y est seul.
Source : Gallica

René Schwob Le vrai drame d'André Gide (1932)

Si Gide ne connaît pas la vertu de l'anéanitssement de soi, c'est qu'entre l'amour de son art et l'amour de Dieu s'étendent les sables où André Walter s'enlisait. Et comme il ne conçoit aucun moyen de les survoler, il s'est immobilisé dans l'illusion de s'être à soi-même échappé.
Pour Gide, comme pour tant d'autres, l'état de l'esprit qui se vide de soi pour aimer Dieu n'est pas distinct de l'abêtissement. Qu'une telle inaction dépasse l'intelligence même et toute action, les dangers qui le menacent dans l'inaction de l'intelligence l'ont empêché de le comprendre.
Source : Gallica

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