“ On admire le dessin de Raphaël et l’on a raison : mais ce n’est pas en lui-même qu’il faut l’admirer, ce n’est pas pour des lignes équilibrées avec plus ou moins d’adresse : on doit l’aimer pour ce qu’il signifie : ce qui en fait tout le mérite, c’est la sérénité délicieuse de l’âme qui voyait par les yeux de Raphaël et s’exprimait par sa main, c’est l’amour qui semble s’épancher de son cœur sur toute la nature. Ceux qui, n’ayant point cette tendresse, ont cherché à emprunter au maitre d’Urbino ses cadences linéaires et les gestes de ses personnages n’ont exécuté que des pastiches très fades. ”
Auguste Rodin
Résumé
L’Art, essai d’Auguste Rodin, explore la nature de la création artistique à travers la sculpture et la peinture. Publié dans les années 1870, il interroge la relation entre l’artiste, la nature et l’âme humaine, en soulignant l’importance du « caractère » et de la vérité profonde dans l’œuvre. Rodin défend l’immortalité du désir face à la fragilité de la chair, tout en analysant les techniques de modelage et la nécessité d’une vision apaisée.
Les thèmes de la souffrance, de la beauté et de l’expression émotionnelle traversent ses réflexions, illustrées par des exemples de sculptures et des références à Michel-Ange ou Rembrandt. L’ouvrage insiste sur l’unité des arts, tous exprimant les sentiments humains à travers des moyens divers.
Citations de L’Art (Auguste Rodin)
“ Car ce qu’on a devant soi, c’est la détresse infinie d’une pauvre âme falote qui, éprise de jeunesse et de beauté éternelles, assiste impuissante à l’ignominieuse disgrâce de son enveloppe ; c’est l’antithèse de l’être spirituel qui réclame la joie sans fin, et du corps qui s’en va, se dissout, s’anéantit. La réalité dépérit et la chair agonise ; mais le rêve et le désir sont immortels. Voilà ce que Rodin a voulu nous faire entendre. Et je ne sache pas qu’aucun artiste ait jamais évoqué la vieillesse avec une crudité si féroce. ”
“ Depuis, surtout dans les derniers temps, je suis revenu à l’Antique. Les thèmes favoris de Michel-Ange, la profondeur de l’âme humaine, la sainteté de l’effort et de la souffrance sont d’une austère grandeur. Mais je n’approuve pas son mépris de la vie. L’activité terrestre, si imparfaite qu’elle soit, est encore belle et bonne. Aimons la vie pour l’effort même qu’on y peut déployer. Pour moi, j’essaie de rendre sans cesse plus calme ma vision de la nature. C’est vers la sérénité que nous devons tendre. Il restera toujours en nous assez de l’anxiété chrétienne devant le mystère. ”
