“ Qui fera danser ce soir Rika Let dans la salle du Cygne d’Or ?... Personne... Non, baezine Verhulst, ce n’est pas fête pour tout le monde... Et, des pleurs humectant ses longs cils d’or comme l’aiguail accroché aux barbes des épis, machinalement elle se mire dans un fragment de glace, pendu sous une petite Notre-Dame de Montaigu. Elle ne se trouve pas plus laide que mainte de ses compagnes honorées des attentions d’un cochet ardent et réjoui. Laide, Rika ? Non, certes. À moins que la moisson soit laide en août sur le champ des Verhulst, les nattes blondes de Rika émerveillent. ”
Georges Eekhoud
Résumé
"Kermesses", de Georges Eekhoud, est une collection de récits axés sur les fêtes rurales belges, explorant les tensions entre tradition et modernité. À travers des personnages comme Rika Let et la famille Domus, l'auteur dépeint la vie villageoise, les rivalités familiales et les ambigüités des relations amoureuses.
Les thèmes de la kermesse, des coiffes brodées et des conflits de classe s'entrelacent dans un cadre rural imprégné de sensibilité. L'œuvre, publiée en 1901, mêle réalisme social et symbolisme, illustrant comment les festivités cachent des désirs et des luttes intimes, comme le révèle la citation sur le "martial visiteur" ou les "maléfices" de la vieille Zanne.
Citations de Kermesses (Georges Eekhoud)
Georges Eekhoud,
Kermesses
(1884)
“ Dans la main crispée de Kors le Noir, exsangue, le 4 canif ouvert brillait comme pendant la nuit du charme. Entre deux ritournelles de loure pincée et sonnée dans.la salle du Cygne d'Or, la plaine muette, tragique, autour de la ferme Verhulst, fut réveillée par un dissonnant éclat de rire. En ce moment, Kors, délirant, immola sa baezine à coups de couteau... Elle tomba sans crier.. N'était-il pas dit dans l'incantation : « je te commande, ô plante charmée, de m'amener l'homme qui me blessera comme je te blesse? ». ”
“ Non, la bonne Zanne Hokespokes tient parole. Ce mignon couteau à manche d’écaille de tortue est désormais un gage pour Rika. Ses doigts carressent le fil de la lame, comme s’ils glissaient le long de la moustache naissante du brigadier et elle voudrait se mirer dans les yeux noirs du bienvoulu comme elle le fait dans le métal étincelant. À force de se fixer sur la tache lumineuse, ses yeux se fatiguent ; l’hypnotisme la renverse sur sa couchette, et pressant le précieux canif contre sa poitrine, elle s’endort pour rêver du martial visiteur. IIITarata ! ”
