“ Tu n’iras point là-bas comme les autres. Tu lui diras d’abord de te rendre les nôtres, Et qu’elle est une gouine, et le vent un bandit, Et que c’est moi, ta grand’mère, qui te l’ai dit. Et si pour t’attirer, levant ses jupes vertes, Elle t’offre son ventre et ses cuisses ouvertes, Tu cracheras dedans pour lui montrer le cas Qu’il faut en faire. Dis, tu n’iras point, mon gas ? Jure-le, jure ! — Et lui, soûlé par sa colère, Jetait aussi dans l’eau des galets pour lui plaire. Et jurait par serment, en crachant vers le flot, Qu’il ne serait jamais pêcheur ni matelot. ”
Jean Richepin
Résumé
"La Mer" de Jean Richepin, poème lyrique et métaphysique, explore la relation complexe entre l'homme et la mer, symbole de liberté et de destruction. À travers des images puissantes de flots, de brise et de souffle, l'œuvre mêle réflexions existentielles, évoquant le pêcheur comme figure centrale, et un langage poétique dense.
Les thèmes de l'ombre, des larmes et des humains s'entrelacent, révélant une quête de sens dans la nature. Les citations révèlent une tension entre fascination et crainte, illustrant la mer comme mère et menace, dans une structure poétique riche en métaphores.
Citations de La Mer (Jean Richepin)
“ Ô mer, que dans tes eaux leur feu se désaltère ! Images, verbes, vers, allez, prenez l’essor, Ruez-vous dans son gouffre, assaillez son mystère. Et tâchez d’être aussi brillants que son trésor, Mots aux casques d’argent lourds de joaillerie, Mots caparaçonnés de diamants et d’or ! Sainte mère de Dieu, car c’est toi la patrie De l’homme, et Dieu naquit dès que l’homme eut rêvé ; C’est de ton horizon et de sa rêverie Que pour la prime fois le spectre s’est levé. Ô spectre vague, qui d’abord des flots émerges, Tu leur dois d’être au monde, à nous d’être achevé. ”
“ Rogue, lisez boyaux de morue en compote, Salés, mais corrompus. Et l’on s’en galipote, Quand on veut bien parer l’amorce de rigueur, Les dix doigts jusqu’au coude et le nez jusqu’au cœur. N’empêche que la pêche en juin ne soit plaisante ! Rien de plus fin que la sardine agonisante Qui frétille et qui meurt avec de petits cris Comme si le canot était plein de souris. Et puis quoi ? Faut-il pas faire manger le monde ? Et sans la gueldre infecte, et sans la rogue immonde, Bonsoir à la sardine, et vous ne l’auriez pas, Riches, pour vos hors-d’œuvre, et gueux, pour vos repas. ”
