Pierre Villey

Résumé

Pierre Villey Revue des Deux Mondes

Chez les aveugles comme chez les clairvoyans, il existe autant de formes d’intelligence que d’individus. Il y en a de dissipés ; il y en a de capricieux et de prime-sautiers. Chez les mieux doués cependant une certaine pondération se reconnaît souvent. A culture intellectuelle égale, il y a souvent, je crois, plus d’équilibre et de jugement chez l’aveugle bien doué que chez le clairvoyant. Et cela n’est pas pour nous étonner : la vue, disions-nous tout à l’heure, est le sens des distractions.
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Pierre Villey Revue des Deux Mondes

Dans presque tous les esprits, toujours le mot aveugle évoque la même image pitoyable et fausse. Derrière ces yeux éteints, cette face sans vie, le premier mouvement est de supposer que tout s’est assoupi, l’intelligence, la volonté, les sensations, que toutes les facultés se sont engourdies et comme stupéfiées. Et puis, habitués que sont les clairvoyans à ne rien faire sans l’aide de leurs yeux, tout naturellement il leur semble que si la vue venait à leur manquer, ils seraient aussitôt incapables de toute activité.
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L’obstacle n’est plus dans la nature des idées, mais dans l’indigence des moyens dont dispose l’aveugle pour se les assimiler. Le clairvoyant les doit pour la plupart à la vue, et il n’est point de route qui puisse les conduire à l’esprit avec autant de rapidité ni autant de précision. Le mobilier de l’intelligence semble donc devoir toujours rester assez rudimentaire. C’est l’objection capitale, celle qu’on retrouve au fond de tous les étonnemens dont nous parlions. A tous ceux qui me l’expriment, invariablement je pose toujours la même question : connaissez-vous Helen Keller ?
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