“ J’en atteste les nombreux aveugles-nés, qui fument la cigarette, et les fumeurs invétérés devenus aveugles, pour qui la pipe ou le cigare continuent à être le complément presque nécessaire du repas. Il arrive peut-être plus facilement à un aveugle qu’à un clair-voyant de fumer à froid sans s’en apercevoir aussitôt. Je n’ai pas l’expérience de la pipe ni de la cigarette. Si je soupçonne mon cigare d’être éteint, je l’entoure de ma main sans le toucher et si le cigare brûle, la chaleur rayonnante est alors facilement sentie. ”
Émile Javal
Résumé
Émile Javal, dans Entre Aveugles, examine les difficultés et les adaptations des personnes aveugles à travers des réflexions sur l’écriture Braille, la mémoire et les méthodes mnémotechniques. Publié à une époque où les innovations tactiles et phonographiques commencent à se développer, l’ouvrage montre comment des aveugles, tels qu’Aimé-Pâris, transcendent les contraintes de leur environnement.
En abordant la sténographie, la lecture par le toucher et les enjeux sociaux, Javal met en avant la nécessité de préparer les aveugles à leur situation, tout en valorisant leur autonomie et leur aptitude à s’adapter.
Citations de Entre Aveugles (Émile Javal)
“ Chez l’aveugle, la mémoire est nécessaire pour bien des actes de la vie quotidienne. Il leur faut de la mémoire plus ou moins consciente pour mettre sans hésitation la main sur un bouton de porte, pour donner des indications au guide qui les conduit à travers les rues de la ville, pour savoir, dans un repas, la place occupée par les convives autour de la table. Beaucoup d’aveugles font de leur mémoire un usage très méthodique, et savent, par exemple, le nombre de pas qui mesure chaque section d’un chemin qu’ils ont souvent occasion de parcourir, le nombre des marches d’un escalier, etc. ”
“ Donner, par un traitement de complaisance, une consolation à un incurable, c’est l’empêcher d’organiser sa vie en prévision de l’échéance fatale. Il me paraît plus humain de faire pour ces aveugles ce que j’eusse voulu qu’on eût fait pour moi-même, et de les préparer peu à peu à leur sort. Si, par exemple, on prévoit que le patient sera condamné un jour à recourir à l’écriture Braille, n’est-ce pas un devoir d’utiliser le peu de vue qui lui reste pour lui enseigner les premiers éléments de ce procédé ? ”
