“ Chez l’aveugle, la mémoire est nécessaire pour bien des actes de la vie quotidienne. Il leur faut de la mémoire plus ou moins consciente pour mettre sans hésitation la main sur un bouton de porte, pour donner des indications au guide qui les conduit à travers les rues de la ville, pour savoir, dans un repas, la place occupée par les convives autour de la table. Beaucoup d’aveugles font de leur mémoire un usage très méthodique, et savent, par exemple, le nombre de pas qui mesure chaque section d’un chemin qu’ils ont souvent occasion de parcourir, le nombre des marches d’un escalier, etc. ”
Émile Javal
Élements biographiques
Émile Javal (1839-1907), médecin ophtalmologue, ingénieur et homme politique français, incarne une figure polyvalente marquée par ses avancées en orthoptie et son implication sociale. Pionnier des recherches sur le strabisme, il conçut des instruments tels que l’ophtalmomètre, tout en développant des techniques de rééducation visuelle.
Son œuvre majeure, Entre aveugles (1903), explore la vie des non-voyants, combinant observations cliniques et réflexions sur l’adaptation sensorielle. Engagé dans la réforme éducative et la promotion de l’espéranto, son parcours allie rigueur scientifique et humanisme, illustrant une pensée transversale qui dépasse les frontières disciplinaires.
Citations de Émile Javal
Émile Javal,
Hygiène des écoles primaires et des écoles maternelles…
(1884)
“ Il faut que l'école normale soit un intermède entre les sept ans qu'ils ont passés à l'école rurale comme élèves et les trente ans qu'ils y passeront comme maîtres : en les surchargeant de travail, on risque fort de passer à côté du but. Les heures de liberté contribueront à en faire des hommes distingués. Si l'on nous objecte l'impossibilité de trouver tous les jours les heures de récréation indispensables, bien qu'à la rigueur notre rôle doive se borner à exposer des desiderata, nous répondrons que cette impossibilité n'est pas absolue. ”
“ Donner, par un traitement de complaisance, une consolation à un incurable, c’est l’empêcher d’organiser sa vie en prévision de l’échéance fatale. Il me paraît plus humain de faire pour ces aveugles ce que j’eusse voulu qu’on eût fait pour moi-même, et de les préparer peu à peu à leur sort. Si, par exemple, on prévoit que le patient sera condamné un jour à recourir à l’écriture Braille, n’est-ce pas un devoir d’utiliser le peu de vue qui lui reste pour lui enseigner les premiers éléments de ce procédé ? ”
