“ Vous êtes venue, je vous écoute. — Antarès, je viens te parler d’affaires de cœur. — Ah ! ah !... le cœur, Olivia !... Parlez-moi sur le talmud, posez-moi une difficulté hébraïque ; mais le cœur est une langue que je ne parle pas. — Je veux causer avec toi de deux hommes. — Olivia a de l’amour !... Pauvre nature humaine, comme elle délire ! — Antarès, je ne te parle pas d’amour. — Vous me parlez de deux hommes. Vous les aimez ? — Je ne sais. — Ils vous aiment, alors ? — Oui. — Votre réponse est bien hardie, miss, fit le vieillard en ricanant. D’ailleurs, je connais ces deux hommes. ”
Angelo de Sorr
Élements biographiques
Angelo de Sorr, pseudonyme de Ludovic Sclafer (1822-1881), écrivain français dont l’œuvre combine récits fantastiques, études de mœurs et chroniques sociales. Né en Gironde, il s’impose à Paris comme journaliste et auteur, marquant la littérature par des textes comme Le Vampire (1852), où s’entrelacent psychologie et intrigue gothique.
Son style, à la fois ironique et introspectif, explore les subtilités des sentiments humains, tandis que ses collaborations et ses activités éditoriales (notamment chez Sartorius) révèlent une carrière tumultueuse, ponctuée de farces et de créations journalistiques audacieuses.
Citations de Angelo de Sorr
Angelo de Sorr, Le Fantôme de la rue de Venise… (1869)
“ L'amant ne va pas à la femme, c'est la femme qui va à l'amant. Il émane de la femme qui veut se perdre un fluide qui enveloppe le jeune homme et l'attire. J'ai eu bien des femmes, monsieur le comte, que je n'aurais jamais pensé à aimer; j'en ai aimé, ou plutôt désiré quelques-unes que je n'ai jamais possédées. C'est que celles-là, monsieur le comte, avaient près d'elles un mari qui savait remplir leur coeur, et répondre même à ces fièvres peu connues qui s'allument à certaines heures dans le cerveau de la femme la plus fidèle. ”
“ Si inerte que soit un cœur, si dur que soit un caractère, si féroce que soit une ame, il est toujours, dans la nature féminine, une heure où la femme se laisse prendre par un sentiment vainqueur. C’est pourquoi, certain jour, une nouvelle se répandit dans les salons de Londres : Miss Olivia de Firstland épousait lord Horatio Mackinguss. Pour elle-même, pour son cœur, la fille du duc n’avait jamais vu que cet homme à ses pieds ; car cette héritière avait un genre de beauté trop sévère pour insinuer la rêverie dans une jeune tête en quête d’amour. ”
