“ « Que tes bienfaits sont grands, ô Seigneur, notre Père, « Toi qui fis les péchés et la mort et l’enfer, « Le crime et le bourreau, la victime et le fer ! « Triple lâche, abusant de ta force infinie « Pour jouir de nos maux et de notre agonie, « Sache que nous valons mille fois mieux qu’un Dieu ! « Notre mépris te frappe au fond de ton ciel bleu, « Mais nous brûlons d’amour et de miséricorde : « Dieu, pour te rendre bon, que le Destin t’accorde « De n’être, un jour, qu’un homme, et de pouvoir souffrir « Et de pouvoir aimer enfin jusqu’à mourir !... » ”
Iwan Gilkin
Élements biographiques
Iwan Gilkin (1858-1924), poète belge d'expression française, incarne la tension spirituelle et philosophique du symbolisme belge. Lié à la Jeune Belgique, il explore les ténèbres existentielles, le désespoir religieux et la recherche de transcendance, sous l'influence de Baudelaire et Lautréamont.
Son œuvre majeure, La Nuit (1897), synthétise cette quête lyrique d'une « damnation artistique », tandis que ses drames, comme Savonarole ou Egmont, mêlent l'histoire à des réflexions métaphysiques. Son style, à la fois sombre et précis, révèle une conscience déchirée entre le mal et la rédemption.
Citations de Iwan Gilkin
“ Enfant trois fois heureux, qui ne vis qu’en mon cœur, Enfant que nul péché ne forcera de naître, Dans mon rêve ébloui, qui seul te donne l’être, Tu rayonnes d’amour, de joie et de bonheur. Je te vois tout mignon, mêlant tes boucles blondes Aux rayons chaleureux et dorés du soleil, Dansant parmi les fleurs comme un oiseau vermeil Et ravissant les bois de chansons vagabondes. Tu ris d’un rire clair, qui réjouit l’azur ; Tes baisers radieux s’en vont à tire d’ailes Aux quatre coins des cieux comme un vol d’hirondelles ; Tes yeux d’ange sont bleus comme un ciel toujours pur. ”
“ Reniant la clarté du dogme sidéral, J’ai plongé, plein d’effroi, dans la mer des ténèbres, Nageur désespéré, jouet des eaux funèbres, Qu’une implacable nuit prive de tout fanal. J’ai souhaité le Bien, je n’ai fait que le Mal. J’ai douté, j’ai cherché, j’ai scruté les algèbres ; Je connais le secret des énigmes célèbres Et je touche le fond de l’abîme infernal. Il ne me reste rien. Savoir, vertu, qu’importe ? Que me fait tout cela, puisque mon âme est morte Et qu’en mon sein glacé bat un cœur impuissant ? Ah ! bienheureux ceux-là qui peuvent encore dire, Espérant malgré tout dans les pleurs et le sang : ”
