Catherine Bernard

Résumé

Catherine Bernard Laodamie, reine d’Épire (1689)

De marquer l’interêt que l’amour m’y fait prendre.
ARGIRE.
Parlez, Madame ; un Trône a des charmes trop doux,
Et vous verrez bientôt Gelon à vos genoux.
Sacrifiroit-il tout pour un amour frivole :
Du Trône ou de l’amour, c’est l’amour qu’on immole ;
Il vaut mieux être Roi qu’être parfait Amant.
LA REINE.
Quoi donc ! il m’aimeroit pour regner seulement ?
Ah ! si sa passion pour moi n’est pas sincere,
Je sçaurai démêler un si faux caractere ;
Non, si le Trône seul est l’objet de ses vœux,
Qu’il ne s’attende point d’être jamais heureux.
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Catherine Bernard Laodamie, reine d’Épire (1689)

Celui que votre cœur, Madame, doit aimer ?
LA REINE.
Quand on a pour objet le bien de son Empire,
Aux suffrages du Peuple on doit souvent souscrire ;
Par ses vrais interêts le Peuple est éclairé,
Il faut être Heros pour en être adoré.
Sur les biens qu’il reçoit son choix se détermine,
Et le cœur d’une Reine où la gloire domine,
Un cœur qui ne fuit point d’aveugles mouvemens,
Peut sur un choix si sûr regler ses sentimens.
GELON.
Ah, Madame, quel choix quand la foule décide !
Le Peuple que souvent son seul caprice guide,
Pour de foibles vertus peut prendre un fol amour.
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Catherine Bernard Laodamie, reine d’Épire (1689)

GELON.
De quelle prompte horreur ai-je l’ame saisie ?
Un éternel adieu ! Vous m’arrachez la vie.
Où suis-je, juste Ciel ! ai-je bien entendu ?
Un éternel adieu, Madame, m’est-il dû ?
LA PRINCESSE.
Il le faut, je le dois ; la Reine est ma rivale.
On vous appelle au Trône, & ma flâme fatale
S’opposeroit aux vœux que font tous nos États,
Pourroit vous dérober le fruit de vos combats,
Démentiroit le Ciel qui pour vous se déclare ?
Hé ! que seroit de plus une haine barbare ?
Non, non, connoissez mieux l’amour qu’on a pour vous :
Si je vous aimois moins, vous seriez mon époux.
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