“ Je dis que mon père existe... je le sais... je le sens ! Car ce soir il m’a bercée dans ses bras, et j’étais si contente... Monsieur, rendez-moi mon père ! Car vous savez vous-même qu’il existe ; car... Oh ! je m’arrête, tant il me vient des choses affreuses à la bouche... Épuisée par l’effort énergique qu’elle venait de faire, Philomène s’écrasa sur un fauteuil et se mit à pleurer lourdement. Verteuil demeurait debout, hagard, épouvanté presque. Une rage effroyable grondait en lui, une rage qu’il essayait de dompter. Il essaya de rire, ce fut un rictus lugubre qui écarta ses lèvres. ”
Jean Féron
Résumé
Le mendiant noir de Jean Féron, publié en 1925, explore les tensions entre opulence et pauvreté à travers le destin tragique de Philippe Vautrin, un héritier tombé du trône, et de Philomène, une jeune fille en quête de tendresse.
Les thèmes de l’identité, de la vengeance et de la condition sociale s’entrelacent dans un récit marqué par des dialogues percutants et des symboles comme la besace ou la rapière. L’œuvre, à la croisée du réalisme et du fantastique, questionne l’illusion du pouvoir et la fragilité des liens familiaux, illustrée par les relations conflictuelles entre Verteuil, Maubèche et le Lieutenant de Police.
Citations de Le mendiant noir (Jean Féron)
“ À la vue de Philippe, Nolet sourit, se leva, referma le coffre et dit : — Reprenez tout cela, mon ami, je n’ai plus besoin de rien ! Philippe pâlit et recula. — Non ! dit-il, c’est à vous ! — J’aime mieux ma besace, répliqua Nolet avec un sourire contraint, c’est tout ce qui me reste. Reprenez, Philippe Vautrin. Vous êtes jeune, et avec cet or... — Non ! interrompit Philippe Vautrin avec un air farouche. Ma jeunesse me suffit à moi, par elle je parviendrai à reconquérir la fortune. Mais vous, Nolet, vous êtes vieux, faible, et bientôt vous ne pourrez plus même mendier, Gardez cet or ! ”
“ Mais il est entêté et présomptueux, il m’assure que je l’aimerai plus tard, qu’il saura se faire aimer, comme si l’amour était une marchandise qu’on fabrique, qu’on vend et qu’on achète. Mais il a la force pour lui : il s’appuie sur la volonté de mon oncle. — Mais il vous aime, lui ? interrogea Saint-Alvère, pensif. — Lui ?... se rebella la jeune fille. Ah ! je vois bien que vous ne connaissez pas M. le Lieutenant de Police ! Ne savez-vous pas qu’il aime fort les plaisirs de la vie ? ”
