“ Jupiter. — Que j’étais Amphitryon. C’est Alcmène qui avait remporté sur moi la victoire. Du coucher au réveil, je n’ai pu être avec elle un autre que son mari. Tout à l’heure, j’ai eu l’occasion de lui expliquer la création. Je n’ai trouvé qu’un langage de pédagogue, alors que devant toi tout mon langage divin afflue. Veux-tu que je te l’explique, tiens, la création ? Mercure. — Que vous la refassiez, à la rigueur, j’accepte. Mais je n’irai que jusque-là. Jupiter. — Mercure, l’humanité n’est pas ce que pensent les dieux ! Nous croyons que les hommes sont une dérision de notre nature. ”
Jean Giraudoux
Résumé
Amphitryon 38, pièce de théâtre de Jean Giraudoux (1929), allie comédie et mythologie dans une réinterprétation audacieuse du mythe d’Amphitryon. Alcmène, reine de Thèbes, devient le cœur d’un conflit divin opposant Jupiter à son époux, tandis que Mercure, déguisé en Sosie, provoque les malentendus.
L’œuvre aborde les thèmes de la fidélité, de la dualité entre humain et divin, ainsi que des rapports de pouvoir, avec un langage à la fois raffiné et compréhensible. Giraudoux y équilibre ironie et sérieux, mettant en valeur la résistance d’Alcmène face aux lois immortelles.
Citations de Amphitryon 38 (Jean Giraudoux)
“ Jupiter. — Amitié ! Quel est-ce mot ? Explique-toi. Pour la première fois, je l’entends. Alcmène. — Vraiment ! Oh ! alors je suis ravie ! Je n’hésite plus ! Je vous offre mon amitié. Vous l’aurez vierge... Jupiter. — Qu’entends-tu par là ? C’est un mot courant sur la terre ? Alcmène. — Le mot est courant. Jupiter. — Amitié... Il est vrai que, de si haut, certaines pratiques des hommes nous échappent encore... Je t’écoute... Lorsque des êtres se cachent comme nous, à l’écart, mais pour tirer des pièces d’or de vêtements en loques, les compter, les embrasser, est-ce là l’amitié ? ”
“ Amphitryon. — C’est de l’axiome et du syllogisme seuls que l’armée tient ses vérités. Jupiter. — Tu crois aux vérités de l’axiome et du syllogisme. Amphitryon. — À elles seules, mais en esclave. Alcmène. — Amphitryon ! Jupiter. — Laissez votre mari, Alcmène... et tu leur as obéi, dans ta vie, à ces lois d’axiome et de syllogisme ! Amphitryon. — Et je leur obéirai toujours. Elles font la dignité humaine. Jupiter. — C’est un axiome qui t’a fait épouser Alcmène ? Amphitryon. — Cent axiomes. Que la solitude est un fléau pour l’homme. Que l’amour est l’amour. Qu’Alcmène est Alcmène ! ”
