Résumé

Jules Giguet Les boueux : à ceux qui se souviennent (1921)

Mais pourquoi, Cyrano ?
CYRANO
Tu ne t'en rends pas compte ?
Avec accablement.
Ah ! regarder monter pendant des jours, des jours, Sans arrêt, ces héros plus glorieux toujours Dans le rayonnement de leur apothéose, Songer qu'ils sont tombés pour une grande cause, Étendus dans leur gloire ainsi qu'en un linceul.
Et se dire : « Ma mort n'a servi qu'à moi seul ! »
Ah ! sentir qu'on avait l'âme d'un mousquetaire, Qu'on eût pu noblement se détacher de terre Pour s'envoler léger vers un monde tout neuf, Et songer : « Je suis mort assommé comme un bœuf! »
Source : Gallica

Jules Giguet Les boueux : à ceux qui se souviennent (1921)

Près des héros obscurs entassés dans ce noir, Si tu pouvais, tandis que seul je les vénère, Descendre un peu, ce soir, dans un rayon lunaire !
Le Ciel est adorable et le sol est affreux, Mais si tu te glissais un instant dans nos creux, Le long de ce canal de boue ensanglantée, Cyrano, tu verrais comme la Voie lactée
Est peu de chose auprès de ce fangeux « boyau » ; Et là tu me dirais franchement, Cyrano, Si le Ciel est plus beau de clartés sidérales Que n'est beau cet enfer de nos grandeurs morales !
Source : Gallica

Jules Giguet Les boueux : à ceux qui se souviennent (1921)

De votre obscur charnier vous aidez à la vie, En vous décomposant vous nous affermissez, Et la France sauvée et debout ne s'appuie Qu'à vos corps entassés.
Morts puissants, votre vie est plus forte et plus ample, Vous avez, en tombant dans les gluants terreaux, Fait jaillir sous le poids d'un formidable exemple Des moissons de héros !
Morts éloquents, la mort ne vous a pas fait taire, Et vos voix, que renforce encor l'Éternité, Montent du peu de vous qu'en souvenir, la Terre Garde en elle incrusté.
Source : Gallica

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