“ Jamais on ne mit tant de raison à conspirer contre la raison. On a accusé la société de Jésus d’avoir persécuté Galilée. Elle a fait mieux que cela en travaillant avec une habileté incomparable à rendre impossible dans l’avenir le retour d’un autre Galilée, et en extirpant de l’esprit humain la manie de l’invention. Elle a rencontré devant elle cet éternel problème de l’alliance de la croyance et de la science, de la religion et de la philosophie. Si, comme les mystiques du moyen âge, elle se fût contentée de mépriser l’une et d’exalter l’autre, nul doute que le siècle ne l’eût pas écoutée. ”
Jules Michelet
Résumé
Des Jésuites de Jules Michelet, publié au XIXe siècle, révèle l’influence de la Société de Jésus sur la pensée, la religion et la science. L’auteur présente le jésuitisme comme une force hybride, mêlant foi et rationalisme, tout en critiquant son emprise sur les esprits par des pratiques d’instruction et de dénonciation.
À travers des réflexions sur la papauté, le protestantisme et l’autonomie intellectuelle, Michelet dénonce l’ambition de l’ordre de Loyola de dominer l’esprit humain. L’œuvre, à la fois historique et philosophique, souligne la tension entre liberté et obéissance, science et dogme, marquant une prise de position radicale contre une doctrine perçue comme antidémocratique.
Citations de Des Jésuites (Jules Michelet)
“ Voici quel était l’avantage d’un jour que s’était donné le jésuitisme, tout à la fois sur la réformation et sur la papauté. En portant au dernier degré la doctrine du libre arbitre, il complaisait aux instincts d’indépendance des temps modernes. Quelle force n’avait-il pas contre les protestants, lorsqu’il pouvait les convier à l’indépendance intérieure, qu’il les invitait à briser le joug de la prédestination et de la fatalité ! C’était un argument tout puissant, contre les protestants de France et d’Allemagne ; ils se sentaient ressaisis par l’instinct même qui les avait fait se détacher. ”
“ C’est le moment où la France assiégée, foulée, est contrainte de cacher ses couleurs, de renier dans sa loi le principe de la révolution, d’accepter ce qu’on veut bien lui octroyer d’air, de lumière et de vie. Au milieu de cette croisade de la vieille Europe, chacun emploie les armes qui sont à son usage. Dans ce débordement de milices de toutes les zônes, la papauté déchaîne aussi la milice ressuscitée de Loyola, afin que, l’esprit étant circonvenu comme le corps, la défaite soit complète et que la France agenouillée n’ait plus même dans son for intérieur la pensée de se redresser jamais. ”
