“ «C'est celui qui en a quatre devant lui, dit Gudmund; l'homme à la chevelure foncée et au teint pâle, à la haute taille et à l'air hardi. Il me semble si redoutable que j'aimerais mieux l'avoir dans ma suite que dix autres. Et pourtant cet homme a une face de malheur.»--«Je vois, dit Skarphjedin, que c'est de moi que tu parles. Nous avons, toi et moi, des destins divers. J'ai été blâmé pour le meurtre d'Höskuld, godi de Hvitanes, et ce n'est pas sans raison. Mais toi, Thorkel Hak et Thorir fils d'Helgi ont raconté de fâcheuses histoires sur ton compte, et tu as pris cela fort à cœur.» ”
Résumé
La Saga de Njal, œuvre anonyme des Sagas islandaises du Moyen Âge, explore les enjeux de l’honneur, de la vengeance et des conflits familiaux dans un contexte sociopolitique nordique. Centrée sur les personnages de Njal, Gunnar et Skarphjedin, elle dépeint des querelles sanglantes, des assemblées (ting) et des rivalités entre jarls, illustrées par des dialogues marqués par la violence et la loyauté.
Les thèmes de la mort, de la justice et des liens familiaux y prennent une place centrale, reflétant les normes de la société viking. L’œuvre, riche en récits de meurtres et de réconciliations, met en lumière les tensions entre tradition et volonté individuelle.
Citations de La Saga de Njal ()
“ «Je t'en prie, dit-il, ami Thorgeir, accepte la paix qu'on te propose; il n'y a rien de meilleur que ce qui est bon.»--«Ce serait mal fait à moi, dit Thorgeir, de faire la paix en me séparant de toi, à moins que tu ne consentes à une paix semblable à celle que je ferai moi-même.»--«Je ne veux pas de paix, dit Kari. Je suis d'avis qu'à présent nous avons vengé l'incendie. Mais mon fils est toujours sans vengeance, et je crois que c'est à moi seul de le venger, et de voir ce que j'ai à faire.» ”
“ «Rappelle-toi, dit-elle, le soufflet que tu m'as donné; il m'est bien égal que tu te défendes plus ou moins longtemps.» Alors Gunnar chanta:«Chacun a ses hauts faits dont il peut tirer gloire. Voici que la renommée de ma femme effacera la mienne. Il ne sera pas dit qu'un chef comme moi ait prié pour si peu de chose. La femme est avide d'or, ce pain des dieux. Ce qu'elle fait là, il fallait l'attendre d'elle».«Chacun a de quoi se vanter, dit Gunnar; je ne te prierai pas davantage».--«Tu fais mal, dit Ranveig à Halgerd, et ta honte durera longtemps.» ”
“ «Si tu veux le savoir, dit Flosi, je vais te dire ce que je pense. Je pense que c'est ton père qui l'a donné, le drôle sans barbe; car ceux qui le voient ne savent pas si c'est un homme ou une femme.» Skarphjedin dit: «C'est mal parler d'insulter un vieillard, et jamais, jusqu'à ce jour, un brave homme n'a fait pareille chose. Vous savez bien qu'il est un homme, car il a engendré des fils avec sa femme; et pas un de nos parents n'est tombé percé de coups, près de notre domaine, que nous l'ayons laissé sans vengeance.» Là-dessus il prit le manteau, et jeta à Flosi un pantalon bleu. ”
“ Quel homme que ce Gunnar! Brave quand il faut l'être, mais ami de la paix, l'effroi de ses ennemis, et en même temps le plus noble des hommes. Il n'aime pas à se faire valoir devant les autres, à se vanter de sa renommée, à se mettre en vue, et pourtant il s'élève au-dessus de tous. Cette grandeur, cette véritable noblesse se communique à tout ce qui passe près de lui, jusqu'au chien Sam qui tout d'abord le reconnaît pour son maître, devine en quelque sorte sa pensée et donne sa vie pour lui en hurlant pour l'avertir. Sa querelle avec Halgerd n'en est que plus saisissante. ”
“ Et Skarphjedin chanta.«Tes paroles, femme couverte d'or, ne viennent pas jusqu'à nous, des guerriers tels que nous sommes; je vais nourrir aujourd'hui les loups et les aigles. Tu n'es qu'une femme qu'on jette dans un coin, une coureuse, et une prostituée. Nous, quand nous courons la mer sur nos vaisseaux, nous sommes de la race d'Odin.»«Tu me paieras cela avant de t'en retourner» dit Halgerd.Alors Helgi prit la parole et dit: «Je suis venu te demander, Thrain, si tu veux m'offrir quelque dédommagement pour les maux que j'ai soufferts en Norvège à cause de toi.» ”
“ «Est-ce vrai, dit Hrodny, que tu as juré un serment d'aller attaquer Njal, et de le tuer, lui et ses fils?» Il répondit: «C'est vrai.»--«Tu es un grand misérable, dit-elle, toi que Njal a sauvé trois fois, quand tu n'étais qu'un proscrit, traqué dans les bois.»--«Mais j'en suis là maintenant, dit Ingjald, qu'il y va de ma vie si je ne le fais pas.»--«Non pas, dit-elle, tu vivras, et tu seras un brave homme si tu refuses de tromper celui à qui tu dois plus qu'à personne.» ”
“ «Est-ce Skarphjedin vivant ou mort qui chante ainsi?» dit Grani, fils de Gunnar. «Peu nous importe» dit Flosi. «Cherchons les cadavres de Skarphjedin, et des autres qui ont brûlé ici.» dit Grani.--«Non pas, dit Flosi; il n'y a qu'un sot comme toi pour avoir une telle idée, au moment où dans le pays on se rassemble contre nous. Tel qui est à son aise à présent aura bientôt si grande peur qu'il ne saura où fuir. Voici mon avis, c'est que nous partions tous au plus vite.» Et Flosi s'en alla en hâte à l'endroit où étaient les chevaux, et tous les autres avec lui. ”
“ Elles dirent que c'était à Bergthorshval. «Que faisait Njal? dit Halgerd.--«Il avait de la peine à se tenir tranquille» dirent-elles.--«Que faisaient les fils de Njal? dit Halgerd. Ceux-là ont l'air d'être des hommes».--«Ils sont grands à voir, dirent-elles; mais ils ne se sont pas montrés encore. Skarphjedin aiguisait une hache, Grim emmanchait un épieu, Helgi mettait une poignée à une épée, Höskuld attachait une courroie à un bouclier».--«Il faut qu'ils aient quelque haut fait en tête» dit Halgerd.--«C'est ce que nous ne savons pas» dirent-elles.--«Que faisaient les gens de Njal?» ”
“ Le jarl Sigurd reconnut l'homme qui avait fait ce meurtre. Il cria: «Emparez-vous de Kari et tuez-le.» Kari avait été l'homme du jarl Sigurd, et nul n'avait plus d'amis que lui; personne ne se leva, malgré l'ordre du jarl. «On pourrait dire, seigneur, dit Kari, que c'est pour vous que j'ai fait ce que je viens de faire, et pour venger votre homme, Helgi fils de Njal.» Flosi prit la parole: «Kari, dit-il, n'a pas fait cela sans motif; car il n'y a point de paix conclue entre lui et nous. Ce qu'il a fait, il avait le droit de le faire.» Kari s'en alla, sans que personne se mît à sa poursuite. ”
“ «Nous ne sommes pas du même avis, vous et moi, dit Skapti. Vous croyez tous deux avoir fait de grandes choses, toi Gissur en attaquant Gunnar de Hlidarenda, et toi, Asgrim, en tuant Gauk, ton frère d'adoption.» Asgrim répondit: «Peu d'hommes disent le bien quand ils savent le mal, mais chacun te dira que je n'ai tué Gauk que lorsque j'y ai été forcé. On peut t'excuser de ne pas nous venir en aide, mais non pas de nous dire des injures. Je souhaite qu'avant la fin du ting, cette affaire tourne à ta honte, et qu'il ne se trouve personne pour t'en tirer.» ”
“ N'en tue jamais plus d'un dans une même famille, et ne romps jamais la paix que de bons et vaillants hommes auront faite entre toi et d'autres, et surtout dans cette affaire-ci».--«J'aurais cru, dit Gunnar, qu'il fallait moins que d'un autre attendre cela de moi».--«Je veux le croire, dit Njal, mais en cette affaire souviens-toi d'une chose: c'est que si cela arrive, tu trouveras bientôt la mort; autrement tu deviendras un vieillard». Gunnar dit: «Sais-tu quelle sera ta mort?»--«Je le sais» dit Njal.--«Et laquelle?» dit Gunnar.--«Celle qu'on eût pensé le moins» dit Njal. ”
“ Alors Flosi s'approcha, il leva sa hache sur la tête de Helgi, et l'abattit d'un coup.Flosi vint près de la porte, et dit qu'il voulait parler à Njal, et aussi à Bergthora. Ils s'approchèrent. Flosi dit: «Je viens, Njal, t'offrir de sortir; tu n'as pas mérité d'être brûlé dans ta maison.» Njal répondit: «Je ne sortirai pas; je suis vieux, et je ne pourrais venger mes fils; et je ne veux pas vivre dans la honte.» Alors Flosi dit à Bergthora: «Sors, toi, femme; car pour rien au monde je ne veux te brûler.» ”
“ Snorri le Godi prit la parole: «Nous voici douze arbitres, dit-il, pour prononcer dans cette affaire. Je veux vous prier tous de ne soulever aucune difficulté qui les empêche de faire la paix».--«Voulez-vous, dit Gudmund, que nous bannissions quelqu'un d'eux du district, ou même du pays?»--«Ni l'un ni l'autre, dit Snorri, car souvent ces sortes de sentences ne sont pas exécutées, et bien des gens ont été tués pour cela, et bien des paix rompues. Mais je veux fixer une amende en argent si forte, que nul homme dans ce pays n'aura coûté plus cher qu'Höskuld». ”
“ Thorkel le Skald d'Elfara chanta sa défense dans ces vers:«Nous avons entendu conter la défense que fit Gunnar le vaillant, au Sud de l'Islande, Gunnar qui fendait la mer avec la proue de ses vaisseaux. Il en a blessé seize de ceux qui l'attaquaient; et il en a tué deux.»Et Thormod fils d'Olaf:«Parmi ceux qui jettent l'or à pleines mains sur la terre d'Islande, aucun ne s'est acquis, aux temps païens, plus de gloire que Gunnar. Il a pris, le briseur de casques, deux vies dans le combat. Ses armes en ont blessé douze, et quatre autres encore.» ”
“ «Je le croirais, dit Högni, si Njal me le disait; car on dit qu'il n'a jamais menti.»--«De tels prodiges signifient bien des choses, dit Skarphjedin; Gunnar s'est montré à nous, lui qui a mieux aimé mourir que de céder à ses ennemis: c'est un conseil qu'il nous donne.»--«Je n'arriverai à rien, à moins que tu ne veuilles m'aider» dit Högni.--«Et moi, dit Skarphjedin, je me rappellerai comment Gunnar s'est comporté après le meurtre de votre parent Sigmund. Et je te donnerai toute l'aide que je pourrai. Mon père l'a promis à Gunnar, toutes les fois que toi, ou sa mère, vous en auriez besoin.» ”
“ Skamkel dit: «L'offre est honorable, mais la partie n'est pas égale: les hommes libres du pays sont tes amis, et ils ne sont pas les amis d'Otkel».--«J'offrirai donc, dit Gunnar, de prononcer moi-même et d'en finir sur le champ. Je t'engagerai mon amitié et je compterai tout l'argent dès à présent, et l'amende que je t'offre c'est une double amende». Skamkel dit: «Tu n'accepteras pas cela; il est insensé de le laisser prononcer lui-même, quand c'est à toi de le faire». Otkel dit: «Je ne veux pas te laisser prononcer, Gunnar». ”
“ Gunnar dit: «Compte le donc. Je suis prêt à le prendre». Et ils comptèrent toute la somme jusqu'à la dernière pièce d'argent. Höskuld dit: «Jouis en maintenant comme tu l'as acquis». Alors Gunnar chanta:«Les hommes qui ont acquis de la gloire dans les combats peuvent jouir de leurs biens sans crainte. Nul ne me disputera mes richesses les armes à la main. Mais si nous versions le sang à cause d'une femme, mal nous en prendrait, à nous les vaillants guerriers».«Tu en seras mal récompensé» dit Hrut. «Il en sera ce qu'il pourra» dit Gunnar. Höskuld et les siens rentrèrent dans leurs huttes. ”
“ «Poursuivons-les, dit Kolskegg; prends ton arc et tes flèches, tu viendras bien à portée de Thorgeir fils de Starkad.»Gunnar chanta: «Quand nous ne ferions pas plus de carnage que celui qui est fait déjà, nos bourses seraient bientôt vides, s'il faut payer pour tous ceux que nous avons couchés par terre. Écoute mes paroles, mon frère, en voilà assez.»Gunnar répondit: «Notre bourse sera bientôt vide, s'il faut payer l'amende pour tous ces morts que voilà.»--«Tu ne manqueras jamais d'argent, répondit Kolskegg; mais Thorgeir n'aura ni paix ni cesse, que ses machinations n'aient amené ta mort.» ”
“ «Je suis venu ici, dit Usvif, pour te réclamer le prix du meurtre de mon fils». Höskuld répondit: «Ce n'est pas moi qui ai tué ton fils, ni qui ai conseillé sa mort; mais tu es excusable de chercher quelque dédommagement». Hrut prit la parole: «Le nez, mon frère, dit-il n'est pas loin des yeux; il est nécessaire que tu mettes fin aux mauvaises paroles et que tu lui payes une amende pour son fils. Tu rendras meilleure de la sorte l'affaire de ta fille. C'est le seul moyen de faire taire les gens au plus vite; et moins on parlera de ceci, mieux ce sera». ”
“ Flosi répondit: «Je partirai de Skaptartunga, et je passerai, venant du Nord, devant le Jökul d'Eyjafell. De là je descendrai dans le Godaland; et j'arriverai, en chevauchant dur. Je vais maintenant vous dire tout mon plan: quand nous serons rassemblés, nous marcherons, la troupe tout entière, sur Bergthorshval; nous attaquerons les fils de Njal par le fer et par le feu, et nous ne nous séparerons pas, que tous ne soient morts. Tenez notre projet secret, car il y va de notre vie. Et maintenant, montons à cheval, et retournons chez nous.» ”
“ Flosi leur donna à tous de bonnes paroles, mais il ne promit rien. Alors Hal de Sida dit à Flosi: «Veux-tu tenir ta parole, et m'accorder ma demande comme tu as promis de le faire, quand j'ai aidé à sortir du pays ton parent Thorgrim, fils de Digrketil, après qu'il eut tué Hal le rouge?»--«Je veux bien, beau-père, dit Flosi; car tu ne me demanderas rien qui ne soit pour me faire honneur».--«Je veux donc, dit Hal, que tu fasses la paix au plus vite, et que tu prennes pour arbitres des hommes de bien. Par là tu gagneras l'amitié de ceux qui sont les meilleurs parmi nous». ”
“ «C'est vrai, dit Bergthora, mais nous ne nous en faisons point de reproches l'un à l'autre; pour toi, ton mari Thorvald n'était pas sans barbe, et pourtant tu l'as fait tuer.»--«Il me sert de peu, dit Halgerd, d'avoir pour mari l'homme le plus brave d'Islande, si tu ne venges pas cela, Gunnar!» Gunnar se leva d'un bond; il quitta la table et dit: «Je m'en vais chez moi; et toi tu ferais mieux de te disputer avec tes gens que dans la maison des autres. Je suis redevable à Njal de toutes sortes d'honneurs, et je n'ai pas envie d'être ton jouet». ”
“ Njal et Gunnar chevauchaient ensemble, revenant du ting. Njal dit à Gunnar: «Promets-moi, mon camarade, que tu garderas cette paix, et que tu te rappelleras ce que nous avons dit ensemble. De même que ton premier voyage t'a fait grand honneur, celui-ci t'en fera un plus grand encore. Tu reviendras plein de gloire et tu deviendras un vieillard, et pas un dans le pays n'osera te marcher sur le pied. Mais si tu refuses de partir, et que tu rompes la paix jurée, tu seras tué, et c'est triste à penser pour ceux qui étaient tes amis». Gunnar dit qu'il n'avait pas l'intention de rompre la paix. ”
“ À côté de Njal est Bergthora. Elle s'attache à lui comme le flot qui vient laver le pied de la montagne. Elle aussi sent au fond du cœur le courroux et la vengeance,--peut-être l'auteur a-t-il pensé que telle est la nature de la femme, toute les fois qu'elle s'épanche violemment au dehors,--mais c'est la vengeance contre un ennemi, contre une femme ennemie. Elle excite ses fils, mais elle met tranquillement sa tête sur le sein de son mari; la volonté de son mari est pour elle une loi, et son unique plaisir est ce qu'elle voit dans les yeux de son mari. ”
“ Gunnar et Kolskegg remontèrent à cheval, leur besogne finie. Ils rentrèrent chez eux, remontant la rivière au grand galop. Gunnar sauta à bas de son cheval et se retrouva debout: «Bien galopé, mon frère», dit Kolskegg. Gunnar répondit: «Ce sont les propres paroles de Skamkel, le jour où ils ont fait passer leurs chevaux sur moi».--«Tu as vengé cela maintenant» dit Kolskegg.--«Je ne sais pas, dit Gunnar, si je puis passer pour un homme moins brave que les autres, parce que j'ai plus de peine qu'un autre à me décider à tuer les gens». ”
“ Skarphjedin était là, sa hache levée. Il rit en montrant ses dents, et dit: «J'avais cette hache à la main quand j'ai fait un saut de douze aunes au travers du Markarfljot, pour tuer Thrain fils de Sigfus; ils étaient huit contre moi, et pas un d'eux ne me toucha. Mais moi je n'ai jamais levé une arme contre un homme, sans le frapper.» Et là-dessus il poussa de côté ses frères et Kari, et vint droit à Thorkel. «Choisis, Thorkel Hak, lui dit-il. Ou bien rengaine ton épée et va t'asseoir, ou bien je te plante ma hache dans la tête, et je la fends en deux jusqu'aux épaules.» ”
“ Flosi et ses gens restèrent devant l'incendie jusqu'au matin. Et voici venir vers eux un homme à cheval. Flosi lui demanda son nom. Il s'appelait Geirmund et dit qu'il était parent des fils de Sigfus. «Vous avez fait là de grandes choses» dit-il. «On les appellera grandes, et mauvaises aussi, dit Flosi. Mais il n'y a plus rien à y faire maintenant.»--«Combien y en a-t-il de morts?» dit Geirmund. Flosi répondit: «Njal et Bergthora sont morts, et tous leurs fils, et Thord fils de Kari, et Kari fils de Sölmund, et Thord l'affranchi. Mais il peut y en avoir d'autres encore que nous ne savons pas.» ”
“ La noce finie, Thorvald retourna chez lui avec sa femme et Thjostolf. Thjostolf chevauchait à côté d'Halgerd, et ils étaient toujours à parler ensemble. Usvif se tourna vers son fils et lui dit: «Es-tu content de ce que tu as fait? Vous entendez-vous bien?»--«Très bien, dit Thorvald, elle est douce au possible avec moi; tu vois toi-même qu'elle rit à chaque mot.»--«Ce rire là ne me semble pas si bon qu'à toi, dit Usvif, mais nous verrons cela plus tard.» ”
“ La vie de Gunnar, la mort de Njal, la vengeance de Kari sont autant d'événements qui, pris séparément, peuvent faire l'objet d'un récit, et ici, tout mêlés qu'ils sont à bien d'autres événements, ils tiennent ensemble et forment un tout. Chaque personnage, pris en lui-même, est peut-être plus remarquable que Njal, mais là encore c'est le comble de l'art, ou plutôt c'est la nature même que d'avoir su mettre chaque personnage à sa vraie place, en face des autres, pour laisser Njal s'élever au-dessus de tous. ”
“ Il dit: «Qui a ôté de là nos boucliers?»--«Tes fils sont sortis, et les ont pris avec eux» dit Bergthora. Njal mit vivement ses souliers à ses pieds, et sortit. Il s'en alla derrière la maison et vit qu'ils montaient la colline. Il dit: «Où allez-vous ainsi?» Et Skarphjedin chanta:«Toi qui possèdes de vastes terres, et de grandes richesses, tu as des moutons que nous allons poursuivre, d'une course folle. Ils n'ont pas plus de sens que les moutons qui paissent l'herbe, ceux qui ont forgé contre nous des chansons de moquerie; c'est ceux-là que je vais combattre». ”
“ Gunnar tantôt frappait, tantôt lançait des javelots, et nombre d'hommes reçurent la mort de sa main. Kolskegg l'aidait bien. Karl sauta sur le vaisseau de son frère Vandil, et ils combattirent ensemble tout le jour. Un moment, sur le vaisseau de Gunnar, Kolskegg prit du repos. Gunnar le vit et chanta:«Tu as pris plus de soin, vaillant corbeau, des aigles voraces qui mangent les hommes morts, que de toi-même. Demain plus d'un viendra ici, boire le breuvage des loups; mais toi, tandis que tu tires l'épée, tu souffres les tourments de la soif». ”
“ Voici que les hommes rentrent chez eux, venant du ting. Quand Gunnar arriva chez lui, il dit à Sigmund: «Tu es plus que je ne croyais un homme de malheur et tu emploies mal tes bonnes qualités. J'ai fait pourtant ta paix avec Njal et ses fils; fais en sorte maintenant qu'il ne t'entre pas une autre mouche dans la bouche. Nous ne nous ressemblons guère, toi et moi. Tu aimes à railler et à dire du mal, et ce n'est pas mon humeur. Si tu t'entends si bien avec Halgerd, c'est que vous avez même humeur tous les deux». Et Gunnar parla encore longtemps, lui faisant de grands reproches. ”
