“ Quand le gouverneur passait en voiture, les femmes le regardaient avidement derrière les rideaux, puis, ensuite, elles retournaient à leur fourneau ; elles ne s’étaient pas étonnées de ce que le gouverneur, toujours accompagné de gardes à cheval, se fût, tout à coup, mis à sortir seul, sans escorte ; telle la hache qui, si elle pouvait sentir, ne s’étonnerait pas de voir le cou nu. C’est dans l’ordre que le cou soit nu. De tous ces fils sombres, elles tissèrent une belle légende. Et ces femmes obscures, à la vie terne, réveillèrent la vieille loi antique, qui rend mort pour mort. ”
Leonid Andreïev
Résumé
Leonid Andreïev, dans Nouvelles, explore avec acuité les thèmes de la mort, de l’obscurité et des conflits sociaux à travers des récits concis et percutants. Les personnages comme Koukouchkine, Tchistiakof ou Sazonka incarnent des figures plongées dans des situations tragiques, souvent liées à l’assassinat, à l’argent ou à la violence.
Les citations révèlent une préoccupation pour l’humanité des individus face à la barbarie, comme dans le récit d’un ouvrier confronté à un gouverneur, ou d’étudiants impliqués dans un meurtre. L’œuvre, publiée en 1906, marie un style lyrique à une critique sociale implacable, dévoilant l’absurdité des autorités et la fragilité de l’âme humaine.
Citations de Nouvelles (Leonid Andreïev)
“ Mais Koussaka ne venait pas : il avait peur. Et de la façon tendre qu’on peut prendre quand on a une jolie voix et une jolie frimousse, lentement Lélia s’avança vers le chien, tout en frappant des mains, non sans craindre d’être mordue. — Je t’aime, Koussaka, je t’aime beaucoup. Tu as un gentil petit nez et des yeux si expressifs. Tu ne me crois pas, Koussaka ? Les sourcils de Lélia s’élevèrent ; elle avait elle-même un si joli petit nez et des yeux si expressifs que le soleil avait bien raison de baiser ardemment ses joues roses et tout son jeune visage d’une beauté naïve. ”
“ Et les étudiants se représentèrent nettement un Serbe assassiné, ce Boyovitch au visage d’une pâleur cadavérique et au nez crochu comme Raïko, mais avec une large blessure noire à la gorge. Avec un rire forcé, Kostiourine dit : — Cela n’a pas d’importance, il en reste encore tant ! Raïko se hérissa, pâlit, les poils de son menton fendu se mirent à trembler et sa voix devint métallique et tranchante : — Tu es un fourbe ! Pourquoi danses-tu la danse russe ? Tu n’as ni patrie, ni foyer ! Tu es pire qu’une bête ! Ce fut Tchistiakof qui répondit, comme si le reproche lui eût été adressé. ”
