“ Il louche vers les cruches. Son orgueil l’abandonne. Il s’affale, peu à peu, puis tout d’un coup, sur ses talons. Il regarde la porte. — Non ! non ! Blasquez ne viendra pas, tu ne sortiras plus, et tu es dans ta tombe. Regarde-la une dernière fois, pendant qu’il y fait clair. Tu ne verras plus la clarté. Mais tes victimes, ces deux-ci, qui sont des mortes, savent voir tout, dans les ténèbres, et je les accroche au mur, pour qu’elles jouissent de ta peur, jusqu’à ce que ta soif les fasse jouir de ta mort. ”
Edmond Haraucourt
Résumé
La Peur, d'Edmond Haraucourt, est un roman intense qui explore les frontières de la souffrance humaine à travers des personnages comme Anne-Marie, Blasquez, Céline ou Berthe, plongés dans des situations de tension extrême. Les thèmes de la soif, de la peur, des actes violents et de l’angoisse traversent l’œuvre, souvent illustrés par des images brutales et symboliques, comme la scène où un personnage boit « leur vie, leur sang » pour survivre.
L’auteur combine violence corporelle et mentale, interrogeant la nature des liens humains et la recherche de liberté. Le texte, marqué par une prose poétique et troublante, révèle une préoccupation pour la fragilité de l’âme face aux forces du destin.
Citations de La Peur (Edmond Haraucourt)
“ Les rubis et les topazes du vin, ou les opales de l’absinthe n’ont pas, pour un ivrogne, les splendeurs de ce diamant potable, et quand le flot se rue en torrent dans ma gorge, c’est de la vie que je bois, — leur vie, leur sang, et je dessèche leurs artères en inondant les miennes ! Le jour s’écoule. Le soir vient. Jusqu’ici, leur soif n’est qu’un tourment ; un supplice, pas encore... La nuit descend : les étoiles brillent, comme des âmes heureuses ; Barbara et Catalina observent de là-haut. Je ne souperai pas ce soir, pour déguster la faim. ”
“ Un brusque afflux de sang lui monta du cœur à la tête, et, les yeux noyés, la face élargie par un rire muet, il tendit les paumes vers la rondeur de ces hanches. Mais la femme, soit qu’elle perçût le bruit ou qu’elle sentît l’approche, se retourna et, d’instinct, elle se mit debout, tandis qu’il reculait, intimidé : elle n’avait pas vu le geste libidineux, mais le gars lui semblait bizarre, avec son rire bête et ses deux bras ouverts. Brusquement, il cessa de rire, et sa mine devint féroce : comme on empoignerait une arme, il saisit la gourde pendue à son côté, et téta du courage. ”
