Ernest Pérochon

Nêne (1920)

Résumé

Ernest Pérochon Nêne (1920)

Près d’une haie, comme elle n’avait pas de sabots, une épine lui entra dans le talon si profondément que le cœur lui devint froid et que ses larmes jaillirent. Elle ne s’arrêta pas cependant, continua de courir en boitillant ; dans l’ouche aux chèvres son pied s’enfonça dans la vase d’une rigole d’égout ; son jupon mouillé claquait sur ses jambes.
Le petit s’étant calmé, à l’aise maintenant dans cette étoffe tiède ; la course le secouait et il commençait à trouver cela bien amusant. Quand Madeleine fut arrivée dans la maison et voulut le coucher, il se débattit et se cramponna à son cou.
Source : Gutenberg

Ernest Pérochon Nêne (1920)

Son père parlait beaucoup et, volontiers, du temps pas encore loin où, devant Michel, la vie était comme un chemin fleuri.
— Tu as dormi, père ?
Le vieillard s’était assis sur la paille à côté de lui.
— Pas longtemps : les mouches sont dévorantes... Et toi ?
— Oh ! moi !...
La parole resta suspendue et le vieux y sentit la fêlure du chagrin. Il ne bougea pas, mais ses paupières battirent.
Entre le père et le fils il n’y avait jamais eu rien de désobligeant et ils avaient l’un pour l’autre une belle affection d’homme, une tendresse silencieuse, mais vigilante et profonde.
Source : Gutenberg

Ernest Pérochon Nêne (1920)

La menotte se crispe, violente : tu ne t’en iras pas !
Madeleine n’ose plus bouger. Elle attend encore, elle se sent bien sotte ! Ses joues brûlent, ses jambes frémissent. S’il vient quelqu’un, on se demandera ce qu’elle fait, immobile, près de ce berceau. L’heure passe ; va-t-elle, dès le premier jour, faire attendre les hommes pour le repas de midi ?
Non ! l’enfant se réveille et, tout de suite, crie. Elle le lève en hâte.
Il la regarde un instant, il promène ses mains sur la figure inconnue ; puis, rassuré, il jase et joue. Il pince le nez de Madeleine, pique ses yeux, tire ses cheveux.
Source : Gutenberg

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