Ernest Pérochon

Résumé

Ernest Pérochon Les Gardiennes (1924)

Francine, es-tu donc fâchée ? Moi, je ne t’ai rien fait !...
Dans la ruelle qui menait au canal, elle ralentit un peu sa marche et regarda sa lettre ; elle l’avait si bien froissée que les jambages de son nom avaient l’air de danser sur l’enveloppe. Elle l’étira, l’aplatit entre ses paumes, puis, furtivement, la glissa dans son corsage.
Elle arriva à la Cabane les yeux ensoleillés.
La Misangère était là, l’air grave ; devant elle, Léa tout en pleurs et, dans un coin, Maxime, cachant son Visage. Francine s’arrêta court : en vérité elle ne pouvait tomber plus mal !
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Ernest Pérochon Les Gardiennes (1924)

La Misangère était sur la route, immobile, à quinze pas d’elle et la regardait !
Francine reprit sa boîte et, sans crainte, s’avança ; personne ne l’intimidait plus. Elle leva les yeux franchement vers son ancienne patronne. Celle-ci ne bougeait pas ; la plus grande émotion se lisait sur son visage.
Ayant donné le bonjour sur un ton indifférent, Francine passait... Mais l’autre dit :
— Francine, j’aurais à te parler... ne veux-tu point m’écouter ?
La servante s’arrêta, étonnée. La Misangère la regarda avidement et n’eut plus de doute ; elle balbutia :
— Où vas-tu, malheureuse ?...
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Ernest Pérochon Les Gardiennes (1924)

Francine resta seule, au cœur de cette journée silencieuse...
Ce Georges !... Il avait écrit à ses parents, à sa sœur ; il avait envoyé une carte à Maxime, une autre, dernièrement, à Marguerite Ravisé. Il avait pensé à tout le monde, du moins à tous ceux qu’il aimait... Francine ne pleurait point, ne soupirait même point.
Les choses se passaient ainsi, il ne pouvait en être autrement... Les gens de ce pays, pourquoi se les imaginer différents de ceux qu’elle avait déjà connus ? Ils n’étaient pas plus méchants que d’autres, ni meilleurs.
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