“ Celui qui peut revenir au principe de sa vie s’appelle constant. Mais celui qui ne peut revenir au principe de sa vie se pervertit et roule au hasard, comme s’il était entraîné par les flots. Que peut-il avoir de constant ? ”
Constant
Définition et enjeux
Le concept de « constante » désigne une notion fondamentale, présente dans la pensée philosophique, scientifique et littéraire. Lao Zi l’associe à la stabilité du principe originel, tandis qu’Alfred Fouillée souligne les lois naturelles régissant les phénomènes.
Benjamin Constant, quant à lui, explore la tension entre l’individuel et l’artificiel, et Oscar Wilde en fait le titre d’une comédie satirique. Ces approches, allant de l’orientalisme à la psychologie, révèlent une diversité de perspectives sur la constance, liée à la permanence, à l’ordre ou à la recherche d’identité.
Citations sur “Constant”
Louis Liard,
Revue des Deux Mondes
“ Il est en nous des notions et des vérités qui nous apparaissent comme les conditions de toute expérience possible. Pouvons-nous nous représenter un objet et le penser sans le placer dans le temps et dans l’espace, sans en faire une quantité, sans le rapporter à quelque chose qui le détermine, et sans le concevoir comme une variation dans un total constant ? ”
Alfred Fouillée,
Revue des Deux Mondes
“ Elles nous apprennent dans quel ordre constant s’accompagnent ou se suivent tels et tels phénomènes donnés, quelles que soient en nous les sensations qui nous les révèlent, quelles que soient en dehors de nous les actions qui les produisent. ”
“ Quoi de plus simple que d'imaginer que cet effort de la nature pour pénétrer en nous n'est pas sans une mystérieuse signification? Pourquoi cet ébranlement intime, qui paraît nous révéler ce que nous cache la vie commune, serait-il à la fois sans cause et sans but? ”
Jean-Marie Guyau,
Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction
“ Quelle est la fin, la cible constante de l’action ? devient donc, à un autre point de vue, celui-ci : Quelle est la cause constante de l’action ? Dans le cercle de la vie, le point visé se confond avec le point même d’où part le coup. ”
Oscar Wilde,
L'Importance d'être Constant
(1895)
“ J’ai manqué le dernier train ! Mon cher neveu, il me semble que vous faites preuve d’une certaine frivolité. Jack. Au contraire, tante Augusta, je viens juste de comprendre, pour la première fois de ma vie, la vitale Importance d’être Constant. ”
Antoine-Louis-Claude Destutt de Tracy,
Principes logiques
“ Tout par nos sensations et rien sans elles, voilà notre histoire ; et notre manière constante de les élaborer, c’est de nous ressouvenir en conséquence de sentir, et de vouloir en conséquence de juger. ”
Benjamin Constant,
Revue des Deux Mondes
“ L’individuel est fini, et quand j’aurai achevé de dire ce que je crois noble et bon, je ne crois pas que je trouve autre chose à faire dans ce monde. Je suis loin au reste de toucher à ce moment. Les idées se multiplient, et leur nombre devient effrayant. Vous m’aiderez à ranger ce chaos et vous marquerez à la mer ses bornes. ”
Benjamin Constant,
Revue des Deux Mondes
“ Je ne reparlerai du fond de moi-même, cher Prosper, que quand nous nous reverrons. Il y a du vrai dans ce que vous dites du factice. Sans doute il y a toujours sous le factice du réel, qui met en mouvement ce factice. Mais je distingue pourtant entre deux classes d’êtres, et vous aussi, puisque vous convenez que les anciens étaient différens de nous. Que ce soit l’individualité qui crée le factice est parfaitement juste. Aussi les anciens sont-ils d’autant moins factices qu’ils sont moins individuels. ”
Georges Clemenceau,
Au soir de la pensée
“ De plain-pied, nous voyons, en revanche, la connaissance humaine, toujours de relativité, errer, choir, et se relever par des suppléments d’expérience constante qui frayeront la voie aux interprétations à venir. ”
Henry Hollard, De l'homme et des races humaines (1853)
“ Que nous indique cette dépendance étroite, constante, universelle, de tous les phénomènes du monde physique ? Qu'ils rentrent dans un même fait général et qu'ils procèdent d'une même cause; en un mot, qu'une force commune pénètre la nature entière et la met à l'œuvre. ”
Benjamin Constant,
Adolphe : Anecdote trouvée dans les papiers d'un inconnu
(1867)
“ Cette manière de voir se fait remarquer dans leurs institutions et dans leurs moeurs, comme dans leurs productions littéraires. Nous avons des principes infiniment plus sévères, et nous ne nous en écartons jamais en théorie. ”
Benjamin Constant,
Revue des Deux Mondes
“ Je m’étonne, moi, de toutes celles que j’aurais à faire, et je crois que ma conscience littéraire me forcera, quand j’aurai tout rédigé et fait copier, à consacrer encore beaucoup de tems à des lectures et à des extraits que je sens m’être nécessaires. ”
“ Je comparais ma vie indépendante et tranquille à la vie de précipitation, de trouble et de tourment à laquelle sa passion me condamnait. Je me trouvais si bien d'être libre, d'aller, de venir, de sortir, de rentrer, sans que personne s'en occupât! ”
Benjamin Constant,
Le Cahier rouge de Benjamin Constant
“ Jean-H. Menos, Lettres de Benjamin Constant à sa famille, précédées d’une introduction d’après des lettres et des documents inédits, in-18, Paris, Albert Savine, 1888. IIIPORTRAIT DES PARENTS DE BENJAMIN PAR ROSALIE DE CONSTANT. M. Juste de Constant avait une figure imposante, beaucoup d’esprit et de singularité dans le caractère. Il était défiant, aimait à cacher ses actions, changeait facilement de principes et de façons de penser. Il eut des amis et des ennemis violents. Personne n’est aimable d’une façon plus piquante, personne n’a plus de moyens de se faire aimer jusqu’à l’enthousiasme ”
Benjamin Constant,
Le Cahier rouge de Benjamin Constant
“ Benjamin Constant enfant et adolescent, raconté, critiqué, jugé par lui-même, parvenu à l’âge mûr, nous a paru plus apte à faire comprendre son véritable caractère et à expliquer les contradictions de sa vie que tous les essais de psychologie dont il a été l’objet. ”
Benjamin Constant,
Le Cahier rouge de Benjamin Constant
“ Je vous avoue que j’ai découvert que je ne suis qu’une bête, je n’entends rien à tous les profonds raisonnements de mes compagnons, je pense à vous, je dis à Benjamin qu’il m’ennuie lorsqu’il me dit que tous les hommes sont malheureux, que toute la nature humaine est combinée pour notre malheur ; je lui cite des exemples, il me dit que ce n’est qu’une illusion et je finis par lui chanter une petite chanson. Rosalie de Constant, sa famille et ses amis (1758–1834) , par Lucie Achard, Genève, Eggimann, 1902. XIIIARRIVÉE À PARIS.Lettre de Charles de Constant à sa sœur Rosalie. ”
“ Presque toujours, pour vivre en repos avec nous-mêmes, nous travestissons en calculs et en systèmes nos impuissances ou nos faiblesses: cela satisfait cette portion de nous qui est pour ainsi dire, spectatrice de l'autre. ”
Benjamin Constant,
Du polythéisme romain considéré dans ses rapports avec la philosophie grecque et la religion…
(1833)
“ Quelque inconstans que nous soyons et quelque charme qu'aient pour nous nos changemens, nous demandons aux autres plus de persistance. Nous voulons savoir sur quoi compter à leur égard ; nous nous impatientons d'une mobilité dont les raisons nous échappent, de fluctuations auxquelles nous sommes étrangers ”
Oscar Wilde,
L'Importance d'être Constant
(1895)
“ Voilà, mon cher, la vérité pure et simple.Algernon. La vérité est rarement pure, et jamais simple. ”
Marcel Schwob,
Le roi au masque d'or
(1893)
“ Ne donnez pas plus de foi à ceux qui vous montrent la discontinuité, ou les différences individuelles, ou la liberté dans l'univers, qu'à ceux qui vous exposent sa continuité ou ses lois nécessaires. Souvenez-vous que vos mathématiques fondées sur la continuité dans le temps, l'espace et le nombre, suffisent à calculer des mouvement d'atomes, qui sont des tourbillons discontinus. Imaginez que la ressemblance est le langage intellectuel des différences, que les différences sont le langage sensible de la ressemblance. Sachez que tout en ce monde n'est que signes, et signes de signes. ”
Pierre Mille,
Revue des Deux Mondes
“ Mais voici cependant qu’au monde désolé un immense espoir apparaît, un espoir sûr, clair, patient, sorti de deux principes lentement dégagés par la science moderne, celui de l’unité de la substance et celui de l’évolution. au-delà de l’esprit et de la matière, vieux mots qui n’expriment que des phénomènes, cette substance réside, calme, sereine, impersonnelle, inconnaissable, et l’esprit et la matière, que nous sentons et voyons, indivisibles et égaux sortent d’elle éternellement, s’engendrant sans cesse l’un l’autre, d’un mouvement infini, d’un flux harmonieux. ”
Alfred Gilly, La science du langage (1865)
“ Voilà pourquoi la forme verbale de sa pensée, répondant avec justesse à la nature des choses, d'une part exprime, par la fluidité de la conjugaison, l'existence multiple et la succession des êtres finis, et, de l'autre, par l'absence de temps et de modes bien accentués, l'existence une et toujours identique à elle-même de l'être infini. ”
Achille Comte, Traité complet d'histoire naturelle… (1844-1849)
“ Je pense, donc j'existe, est la célèbre formule de cette doctrine élevée qui n'admet comme certain que l'existence même du moi, laquelle se révèle continuellement et nécessairement à la conscience, comme confondue avec la pensée. ”
Parfait-Louis Monteil,
Un discours du colonel Monteil
(1897)
“ Mais, direz-vous, il est bien peu de son temps, et surtout du nôtre, celui qui vient nous leurrer de ces vains mots ; il oublie que notre siècle, essentiellement scientifique et pratique, a trouvé des formules nouvelles qui excluent de la vie l'expérience et suppriment le mirage des illusions? — Oui, je sais, la vie en équation, c'est moderne, c'est simple. ”
Auguste Laugel,
Les Études Philosophiques en Angleterre - M. Herbert Spencer
“ C’est par l’expérience. Toute impression prolongée, en se révélant à notre conscience, nous donne l’invincible sentiment d’une réalité extérieure, d’une réaction, d’une résistance et par conséquent d’une force. ”
Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling,
Bruno ou Du principe divin et naturel des choses
“ Or, dans le fini ou la réalité, l’éternel se reflète par les idées de la cause et de l’effet, dont la première, dans le reflet, est la simple possibilité de l’effet, tandis que la seconde en est la réalité. ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Quand ce sentiment diminue, celui de l’existence décroît proportionnellement : ses divers degrés mesurent l’énergie, la pureté, la grandeur de la vie humaine ; et quand il est éteint, le phénomène intellectuel a péri. ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Elle dont le caractère propre est l’arbitraire et la contingence, comment constituerait-elle celui de la nécessité et de l’universalité qui distingue certaines notions qui s’élèvent irrésistiblement dans l’intelligence de l’homme ? ”
“ Ellénore gardait le silence. Que craignez-vous ? repris-je. Qu’est-ce que j’exige ? Ce que vous accordez à tous les indifférents. Est-ce le monde que vous redoutez ? Ce monde, absorbé dans ses frivolités solennelles, ne lira pas dans un cœur tel que le mien. Comment ne serais-je pas prudent ? n’y va-t-il pas de ma vie ? Ellénore, rendez-vous à ma prière : vous y trouverez quelque douceur. ”
Jean Jaurès,
De la réalité du monde sensible
(1892)
“ Si l’infini, si l’être, en un sens qui nous dépasse, ne disait pas moi, comment ces innombrables parcelles de l’être, qui ont conscience d’elles-mêmes dans toutes les hauteurs, dans toutes les profondeurs de l’univers, pourraient-elles dire moi ? Il n’y a pas, à l’éveil d’une conscience nouvelle, création de conscience, mais, si j’ose dire, adaptation de la conscience absolue à un point de vue particulier. ”
E. Caro, La Philosophie de Goethe. — V.…
“ La simplicité et la généralité des lois, la variété prodigieuse des combinaisons, des actions et des réactions des phénomènes, la complexité des détails qui s’entrecroisent à l’infini sur la trame vivante de l’univers, n’y a-t-il pas dans ces vues une source d’émotions vives, poétiques, profondément neuves, grandes comme l’infini ? ”
Gabriel Bernard, Justice et grâces implorées près le roi des Français… (1832)
“ Mais les parties constitutives de cette ESSENCE, ces parties dont la substance, jusqu'en ses moindres atomes, est éternellement mouvante pour fonder la VIE de I'ÊTRE, la vie indispensable en la perfection ! ces parties toujours errantes, forcées de quêter cette substance hors d'elles-mêmes, changeant incessamment et de volume et d'aspect, en leurs trafics perpétuels, en leur confusion nécessaire : la VIE est une mutation spontanée et non interrompue de matières , de formes et de situation. ”
Michel Arthur Castle, Phrénologie spiritualiste : nouvelles études de psychologie appliquée (1862)
“ Ces lois persistent à travers le temps et l'espace, unissant le passé, le présent et l'avenir, donnant à l'esprit les concepts d'unité, d'infini, et le forçant à admettre que le commencement n'a jamais été, et que la fin ne peut être; vérités intuitives de pure intelligence, contrastant avec la révélation, non moins intuitive, de cause première. ”
Félix Ravaisson,
De l’habitude
“ Or, à mesure qu’on s’élève dans l’échelle des êtres, on voit se multiplier et se définir les rapports de l’existence avec les deux conditions de la permanence et du changement dans la nature, l’espace et le temps ; et la permanence et le changement sont les conditions premières de l’habitude. ”
Georg Wilhelm Friedrich Hegel,
La Logique subjective
“ En d’autres termes, le devenir est la vraie forme ou la vérité de l’Être, et le changement, qui est à la fois la négation de l’Être et du non-être, se trouve, pour cela même, la vérité de l’Être et du néant. ”
Alfred Russel Wallace,
La Sélection naturelle
“ Ce principe, si on l’a constamment présent à l’esprit, jette une vive lumière sur presque tous les problèmes élevés de la science et de la philosophie, et spécialement sur ceux qui se rapportent à notre propre existence consciente. ”
Friedrich Nietzsche,
Considérations inactuelles
“ Leur moyen, c’est d’affirmer : « Voyez, ce qui est grand existe déjà ! » À vrai dire, cette chose grande qui existe déjà les regarde tout aussi peu que celle qui est en train de se former. Leur vie en témoigne. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
(1843)
“ Or, pour ce qui me touche, je sens à merveille et je vois clairement que tous les événements de la vie s'enchaînent dans un ordre prévu dès l'origine des choses ; le principe de la vie et du mouvement est une force réelle, logique et immuable. ”
“ Les éléments du grand tout ont dans leur ensemble l’ordre et la règle pour invariables conditions d’existence, et en même temps l’inépuisable variété, image d’un pouvoir infini et d’une activité infatigable, préside à tous les détails de la vie. ”
Auguste Comte,
Cours de philosophie positive.…
“ Nous pouvons donc nous borner ici, pour notre démonstration fondamentale, à caractériser le principe général de l'inévitable tendance élémentaire qui entraîne finalement l'esprit humain vers une philosophie positive de plus en plus exclusive, dans toutes les parties quelconques du système intellectuel. ”
Émile Saisset, Revue des Deux Mondes
“ Ces mêmes objets qui apparaissent dans notre monde sous la condition de la limite, du mélange et du mouvement, la pensée du vrai philosophe les contemple au sein du monde idéal, simples, infinis, immobiles, harmonieux. ”
E. König, La Science du vrai, philosophie théorique et pratique… (1844)
“ Notre tendance vitale, quelque caractère différent qu'elle prenne, nous porte donc toujours à une conscience plus nette de nous-mêmes et de la vérité, et ce résultat est également important pour la pratique et pour la théorie. ”
Edouard Le Roy, Revue des Deux Mondes
“ Dans cette conception de l’être, la conscience est partout, comme la réalité originelle et fondamentale, toujours présente à mille et mille degrés de tension ou de sommeil et sous des rythmes infiniment divers. ”
Émile Saisset, Revue des Deux Mondes (1859)
“ Tandis que je fais effort, à travers la durée qui s'écoule, pour rassembler les fragments dispersés de ma vie et réaliser imparfaitement quelques- unes de mes puissances, lui, concentré dans un présent immuable, jouit de la plénitude absolue de son être éternellement épanoui. Je trouve partout des limites, soit dans les êtres qui m'entourent et me pressent, soit dans le nombre, la forme et le degré de mes puissances. Il est, lui, l'être sans limites, l'être unique en son genre, l'être à qui rien ne peut manquer. ”
