Résumé

Portrait de Pierre Mille Pierre Mille Revue des Deux Mondes

Le Dieu des chrétiens, qui permet la douleur et le mal, ne lui paraissait plus qu’un faux dieu, et les cultes chrétiens, asservis au monde, des cultes méprisables. Il lui fallait une croix. Quand Oliphant lui parla de Brocton et du Prophète, son cœur s’enthousiasma. « Vivre la vie, » n’était-ce pas sentir en soi Dieu lui-même, communier avec lui vraiment, physiquement, aimer en son époux, non plus lui-même, mais l’humanité, mais l’univers, exaltant ainsi l’amour jusqu’aux extrêmes limites que puisse supporter l’âme humaine ?
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Portrait de Pierre Mille Pierre Mille Revue des Deux Mondes

L’humanité est arrivée à une sensibilité nerveuse qui n’est pas une maladie, mais le commencement de la santé ; jamais nul siècle plus que le nôtre n’a eu de ces hommes qui perçoivent l’influx divin. Ils souffrent, ils jouissent avec une acuité subtile que leurs ancêtres n’auraient jamais imaginée, avec une telle puissance qu’eux-mêmes s’étonnent de voir que tout devient conscient en eux, que toutes leurs sensations physiques se spiritualisent, que cette vieille séparation de la matière et de l’esprit disparaît, que les deux ne font qu’un, n’ont jamais été qu’un.
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Elle, la femme de jadis, est un homme-femme, pleine d’une force immense. Cette vision partielle des choses cachées que son reste de féminité donnait à l’homme et qu’on nommait l’intuition ou le sentiment, elle l’a tout entière et la verse à son époux. Alors, devenus un, à la onzième heure du monde, ineffablement puissans, ils voient les véritables formes des êtres, et leur essence réelle. Tels qu’ils sont, ils ne peuvent plus mourir. Leur naissance n’a été qu’une mort à leur spiritualité primitive, leur mort n’est plus qu’une naissance au monde réel dont celui-ci est seulement l’image.
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