“ Que me voulez-vous ? me dit-elle ; ne suis-je pas seule, seule dans l’univers, seule sans un être qui m’entende ? Qu’avez-vous encore à me dire ? ne m’avez-vous pas tout dit ? tout n’est-il pas fini, fini sans retour ? laissez-moi, quittez-moi ; n’est-ce pas là ce que vous désirez ? Elle voulut s’éloigner, elle chancela ; j’essayai de la retenir, elle tomba sans connaissance à mes pieds ; je la relevai, je l’embrassai, je rappelai ses sens. Ellénore, m’écriai-je, revenez à vous, revenez à moi ; je vous aime d’amour, de l’amour le plus tendre. ”
Benjamin Constant
Élements biographiques
Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830), intellectuel, romancier et homme politique franco-suisse, incarne la tension entre implication politique et exploration psychologique. Impliqué dans les luttes révolutionnaires et restauratrices, il défend le libéralisme et le régime parlementaire, tout en sondant les subtilités du sentiment amoureux dans ses œuvres majeures, Le Cahier rouge (1807) et Adolphe (1816).
Ces textes, à la fois autobiographiques et introspectifs, révèlent une méditation sur la liberté individuelle et les conflits intérieurs, marquant son influence durable sur le romantisme et le discours politique de son époque.
Citations de Benjamin Constant
Benjamin Constant,
Lettres de Benjamin Constant à Madame Récamier…
(1882)
“ J'irais plutôt dans une église, j'irais au pied de cette croix, symbole de la douleur et de la pitié que n'ont pas les hommes, j'irais frapper de mon front le marbre, moins dur que vous ne l'avez été pour moi, et je prierais tant que l'angoisse s'apaiserait. Je ne vous demande pas quand je vous verrai. La manière dont vous me voyez doit vous faire si peu de plaisir! C'est malgré vous, en courant. Il n'y a pas un de vos amis avec qui vous n'aimiez mieux être. Dites-vous seulement que ce m'est un grand bonheur de vous voir. Ce n'est pas, je le sais, un motif pour vous de rien faire. ”
Benjamin Constant,
Œuvres politiques
“ Il y a une morale commune fondée sur le calcul, sur l’intérêt, sur la sûreté, et qui peut à la rigueur se passer de la religion. Elle peut s’en passer dans le riche, parce qu’il réfléchit ; dans le pauvre, parce que la loi l’épouvante, et que d’ailleurs, ses occupations étant tracées d’avance, l’habitude d’un travail constant produit sur sa vie l’effet de la réflexion. Mais malheur au peuple qui n’a que cette morale commune ! c’est pour créer une morale plus élevée que la religion me semble désirable : je l’invoque, non pour réprimer les crimes grossiers, mais pour ennoblir toutes les vertus. ”
